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Toni Morrison, 2012.

 
Si jamais le Prix Nobel de Toni Morrison vous était sorti de l'esprit, quelques pages de Home suffisent amplement à se le remémorer, tant la justesse et la puissance de son écriture justifient pleinement la prestigieuse distinction.
 
Dans l'Amérique des années 1950, juste après la guerre de Corée, Frank et Cee, frère et sœur noirs séparés par la vie, cheminent, au propre mais surtout au figuré, jusqu'à se retrouver dans la bourgade du Deep South dans laquelle ils ont grandi.
 
Évocation à la fois de l'après-guerre et des années 1930 marquées par la grande crise, la peinture en trompe-l’œil de la société a quelque chose de presque irréel pour qui n'est pas Américain. Le statut d'étranger dans son propre pays défie l'entendement, dérange et blesse. Toni Morrison n'est jamais dans la démonstration, ne déroule aucune thèse et reste fidèlement attachée à l'âme de ses personnages ; c'est là toute la force de son écriture.
 
Frank et Cee, enfants malmenés au possible par l'existence et jeunes adultes plutôt paumés, explorent leurs capacités de résilience en regagnant leur ville, haïe, mais pas tant que ça à bien y réfléchir. Ils réparent ce qui peut l'être, acceptent de vivre avec leurs fantômes et aspirent à la plus grande liberté, celle que l'on s'octroie à soi-même lorsque l'on accepte de se pardonner.
Un livre bouleversant, où le héros vient périodiquement apostropher son auteur, qui assume ainsi pleinement sa subjectivité.
"Comme tout travail forcé, la récolte du coton brisait le corps mais rendait l'esprit libre pour des rêves de vengeance, des images de plaisir illégal - voire d'ambitieux projets d'évasion. Ces grandes pensées étaient entrecoupées par les petites. Un autre médicament pour le bébé ? Que faire pour le pied d'un oncle, tellement enflé qu'il ne peut pas le faire entrer dans sa chaussure ? Est-ce que le propriétaire se contentera de la moitié du loyer cette fois-ci ?" p. 125 et 126.
 
 "[...] elles mettaient en pratique ce que leur avait enseigné leurs mères durant cette période que les riches appelaient la Grande Crise et eux, la vie." p.129.
 
" « [...] C'est comme s'il y avait une petite fille, ici, qui attendait de naître. Elle est quelque part, tout près, dans les airs, dans cette maison, et elle m'a choisie pour que je la mette au monde. Et maintenant, il faut qu'elle se trouve une autre mère. » Cee éclata en sanglots. 
 
« Allons, petite. Ne pleure pas, murmura Frank.
 
- Pourquoi ? Je peux être malheureuse si je veux. Ça, tu n'as pas à essayer de le faire partir. Ça ne doit pas partir. C'est juste aussi triste que ça doit l'être et je ne vais pas fuir la vérité uniquement parce qu'elle fait mal. » Cee ne sanglotait plus, mais les larmes coulaient encore sur ses joues." p. 138 et 139.
 

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