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Hommage à la Franco-Américaine Louise Bourgeois

Dans notre espace d’acculturation médiatique actuel, sur fond de bling bling bleu azur des plus décérébrés, je trouve que la mort de la grande artiste Louise Bourgeois (1911-2010) a eu bien peu d’écho dans la presse et dans le quotidien de nos concitoyens, à l’exception de la presse artistique spécialisée. Imaginons si Johnny mourait demain – ce que je ne lui souhaite pas -, c’est toute la Patrouille de France qui serait convoquée sur les Champs pour rendre hommage à la bête de scène ! Pourtant, Louise Bourgeois était aussi une drôle de bête à sa façon, voire un monstre. En outre, elle n’était pas d’origine belge, mais française, même si exilée aux Etats-Unis et naturalisée américaine depuis fort longtemps (1951). Mais, comme on dit, nul n’est prophète en son pays.

En Amérique et en Angleterre, sa fortune critique était immense, elle ne cessa d’inspirer, de par son engagement pour le corps-matériau, ses formes sexuées ambigües et son féminisme affirmé, des plasticiens comme Robert Gober, Sarah Lucas, Tracey Emin, Jana Sterbak, Kiki Smith, Cindy Sherman, Mike Kelley. Indéniablement, ils – et ELLES - ont beaucoup regardé Louise Bourgeois. Cette femme-artiste, c’était… Louise Attaque. Bien sûr, il y avait ses Spiders canoniques, d’une puissance plastique ensorcelante, et il y avait aussi la fameuse photo (1982) de Mapplethorpe la montrant souriante en train de porter un énorme phallus nommé Fillette - ces icônes de l’art contemporain en ont fait un personnage mythique. Mais Louise ne s’arrêtait pas à ça, il y avait chez elle une véritable pensée à l’œuvre : son tissage revisitait la condition de la femme et son « assignation à résidence » en tant que femme au foyer (sa mère était tapissière) ; son trauma d’enfance (un père autoritaire adepte des amours ancillaires) dictait un grand nombre de ses œuvres-exorcismes ; ses formes cellulaires (femmes-maisons, nids, refuges, tanières rouge sang, volutes d’organes et de viscères, spirales de protubérances mammaires) ne cessaient d’interroger violemment l’entre-deux de nos existences (féminin/masculin, ordre/chaos, organique/géométrie) et le corps-fonction de la femme, entre objet sexuel et figure maternelle.

Chez elle, il fallait remonter les fils de l’araignée pour atteindre le cœur de sa démarche autobiographique : une réflexion sur l’érotisme, la mort, l’intime, les « frontières intérieures », l’émotion, la pensée du corps - « Mon corps devient le matériau et j’exprime ce que je sens à travers lui. » A sa mort, le 31 mai 2010, j’ai bien sûr pensé à ses œuvres mais j’ai surtout pensé à la « femme-matrice » qu’elle était. Je me souviens encore, lorsque j’étais étudiant en arts plastiques, de son statut de phare, en tant que caisse de résonance, pour moult de mes camarades filles et, à coup sûr, des expositions d’importance sur la (re)présentation de la femme et la place prépondérante de la sexualité dans la vie, telles Féminin masculin, le sexe de l’art à Beaubourg (1995*) et elles@centrepompidou (2010**), n’auraient pu avoir lieu sans le travail (séminal) de fond de cette femme-totem qu’était Louise Bourgeois. 

* Féminin masculin, le sexe de l’art, Grande Galerie, 24 octobre 1995 – 12 février 1996, Centre Georges Pompidou, Paris.

** elles@centrepompidou, artistes femmes dans les collections du Musée National d’Art moderne, 27 mai 2009 – 21 février 2011, Centre Georges Pompidou, Paris, cf. ici : http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/44638F832F0AFABFC12575290030CF0D ; et pour en savoir plus sur Louise Bourgeois, de l’intérieur, je vous conseille ce documentaire : Louise Bourgeois… l’araignée, la maîtresse et la mandarine (2008) de Marion Cajori et Amei Wallach, voir la bande-annonce ici : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18924840&cfilm=146497.html

 

 

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1 réactions à cet article    


  • Pierre de Vienne Pierre de Vienne 14 juin 2010 11:44

    Bonjour,

    Merci pour votre article, même si je ne partage pas la même admiration que vous pour cette artiste.
    Il me semble en effet que la postérité n’aura pas beaucoup de bienveillance pour la fascination opérée par Louise Bourgeois sur ses contemporains.A mon avis l’importance de son oeuvre est largement surestimée et pour moi correspond plus à la coincidence d’une production pathologique avec le désir de la critique qui a trouvé là l’objet idéal, le terreau riche de significations exemplaires : l’enfance, le trauma du père, la sexualité, l’émancipation des femmes ect... Dés lors, on donnera à cette artiste les moyens de sa démesure, sans recul, la laissant fabriquer les monstres lambdas d’une imagination somme toute banale. 
    Il reste donc son oeuvre, pour moi pas très intèressante, bric à brac cauchemardesque, encombrant bazar bien moins stimulant que l’oeuvre d’un Odilon Redon par exemple. Il est vrai que lui ne souffrait pas de notre maladie moderne : le goût pour un gigantisme exemplaire. 
    Bon voilà, la postérité fera le tri. ( et me donnera peu être tort )
    Cordialement
    Pierre.

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