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Hommage à Stockhausen

Avec Karheinz Stockhausen vient de mourir un des plus grands compositeurs du XXe siècle, une figure symbole aussi de la musique contemporaine, auteur extraordinairement prolifique d’une oeuvre monde où chaque réalisation est encore pour la postérité source d’étonnement et d’émerveillement.

Il était né à Mödrath, près de Cologne en 1928 et avait achevé sa scolarité à la Staatliche Hochschule für Musik où il avait étudié le piano et la pédagogie. Stockhausen appartient à la génération qui a profité de la défaite du nazisme pour découvrir la musique atonale, notamment aux fameux cours de Darmstadt, où il découvrira l’oeuvre de Messiaen, essentiellement les Modes de valeur et d’intensité. A Darmstadt il créera l’audacieux Kreuzspiel pour 8 instruments.

C’est précisément pour suivre l’enseignement de Messiaen qu’il séjournera un an à Paris, et en profitera pour participer au groupe de musique concrète de la RTF, qui à cette époque suscitait tous les espoirs. Stockhausen y réalise la première synthèse de spectres sonores avec des sons sinusoïdaux produits électroniquement. A la différence de Pierre Schaeffer, qui était surtout un ingénieur et un chercheur, Stockhausen est un vrai compositeur de sons électroniques. Il réalise des oeuvres qui n’appartiennent plus à la musique concrète au sens strict, et peut être à ce titre considéré comme un des pères de la musique électronique. A son retour à Cologne, il travaille au studio du WDR qui accueillera aussi Ligeti. De cette époque, datent le fascinant Punkte (Points) qui illustre ses idées sur les "points temporels", créé par Boulez en 1963, mais aussi les "études électroniques", et bientôt le fameux Chant des adolescents, réalisé en 1956, inspiré d’un épisode de la Bible. Stockhausen a apprivoisé et domestiqué l’électronique sans jamais se laisser fasciner par elle. Il est un des inspirateurs directs en ce sens des recherches de l’Ircam.

Stockhausen a multiplié les travaux dans plusieurs directions : la première est l’exploration de l’aléatoire. La XIe, OEuvre pour piano, créée en 1956, est une oeuvre absolument ouverte, qui abandonne à l’initiative du pianiste le choix de la combinaison des cellules musicales. C’est aller beaucoup plus loin que ce que fera Boulez avec sa 2e sonate, mais aussi plus loin que Cage, dont le concerto, composé de façon aléatoire, ne s’en remettait pas à l’angoissante liberté du pianiste.

Une autre ensemble d’innovations concerne l’événement musical en lui-même. Stockhausen a créé le concept de "Raummusik", musique spatiale, pour désigner un ensemble d’oeuvres tributaires d’un lieu donné pour leur exécution. Il profitera des expositions universelles (Osaka en 1970) et des réunions de plein-air pour réaliser des concerts-événements qui exploitent de façon rituelle les possibilités d’un lieu, ainsi du magnifique Sternklang (Bruit d’étoile) créé à Berlin en 1971, Inori en 1974, ou de Prima ora exécuté sur la cathédrale de Milan en 2003, sans oublier l’utilisation des hélicoptères. Sternklang est une "musique de parc" destinée à accompagner l’observation des étoiles et des constellations. Chacune d’entre elles est nommée par un choeur. Les propos désastreux qui lui inspirèrent les attentats de septembre 2001, qui lui vaudront une mise en quarantaine limitée, tiennent aussi à cela : il y a vu naïvement "une des plus grandes oeuvres d’art de notre époque", déclarant que Ben Laden avait réalisé en quelques minutes ce que, lui, cherchait à faire en plusieurs heures. Il y a, tout simplement, vu une forme de "Raummusik". Ces propos irresponsables témoignent néanmoins, au 2e degré, de l’importance qu’avait pour lui l’événement dans l’art. On dit que Carré, créé en 1960, est à l’origine du plan de la salle de concert de la Cité de la musique, inspiré par Boulez.

Enfin Stockhausen fut aussi, comme Messiaen, un compositeur attiré par la spiritualité indienne, qui ne séparait pas musique et kosmos. Sur ce point, il se distinguait au sein de sa génération de l’agnostique Boulez, et du communiste Nono. La musique était pour lui plus que de la musique. C’est cette inspiration qui l’a poussé à s’atteler, pour les vingt dernières années de sa vie, à la rédaction du grand opus Licht, d’une durée de 22 heures. La comparaison avec le Ring de Wagner est celle qui vient le plus souvent à l’esprit, et il sera d’ailleurs question un temps de la créer à Bayreuth. Il nous reste à attendre une exécution intégrale en France.

Pas de doute, l’Allemagne et le monde viennent de perdre un des grands créateurs de notre époque.


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3 réactions à cet article    


  • Tonio Tonio 10 décembre 2007 15:37

    En plus ce qu’il y’a de bien avec ses oeuvres, c’est que si on s’endort un petit quart d’heure on a pas perdu grand’chose, au réveil la composition est toujours en train d’explorer les mêmes thématiques jusqu’à être bien certaine d’avoir gratté jusqu’à l’os (proprement, plus deux trois fois encore pour vérifier).

    C’est de la musique pédagogique, elle donne à l’auditeur le temps nécessaire pour l’analyse.

    Ceci mis à part, c’était un très grand compositeur !


    • Lucrezia 10 décembre 2007 18:18

      Tout à fait d’accord ... dommage qu’il ne soit pas passé du stade de recherche musicologique au stade de « production » d’oeuvres pour le public !


    • Jean-Paul Doguet 10 décembre 2007 21:25

      Tonio, Je respecte vos sarcasmes et je les trouve sincères et vrais, mais je ne partage pas vos réactions. Les seules oeuvres qui m’aient ennuyé de lui sont les études électroniques, même s’il savait très bien les présenter (la présentation était effectivement plus intéressante que l’oeuvre). Par contre les oeuvres symphoniques m’ont marqué. Je me rappelle « carré » et « Sternklang » ou « Ylem », sans oublier en électronique « Le chant des adolescents ».

      Lucrezia, Comment peut-on lui reprocher de ne pas avoir écrit pour le public, alors qu’il a donné des grands concerts rituels ? On peut sans doute lui reprocher de ne pas avoir écrit pour le « grand public », mais on pourrait le dire de tous les compositeurs atonaux, et même à la limite de toute avant-garde. C’est un grief dangereux qui revient à demander à un artiste de chercher à tout prix la communication de masse.

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