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« Honneur à notre élue » Isabelle Carré en résonance éthique avec la « res publica »

Alors que la pièce de Marie Ndiaye finissait sa tournée de création, trois jours avant le premier tour de l’élection présidentielle française 2017, place serait faite désormais au scrutin grandeur nature… bien qu’au-delà de la fiction théâtrale, un doute systémique pouvait subsister !

 

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HONNEUR A NOTRE ELUE
© Giovanni Cittadini Cesi

 

En effet, la dramaturge ayant placé délibérément son anti-héroïne sur un piédestal fantasmagorique, « Notre élue » était censée y incarner la probité et l’honnêteté à elle seule sur son nom, après avoir pleinement comblé, au terme de son mandat, les attentes des électeurs prêts à la reconduire à son poste de maire dans leur petit village du bord de mer.

Cependant, il était tout aussi légitime que l’opposition se manifeste avec persuasion, de façon à faire oublier sa défaite précédente et puisse ainsi, à son tour, faire les preuves de son efficacité politique.Voici donc Isabelle Carré en confrontation directe avec Patrick Chesnais dans un jeu de rôles où l’irrationnel pourrait prendre sa pleine démesure.

 

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HONNEUR A NOTRE ELUE
© Giovanni Cittadini Cesi

 

L’opposant, conscient néanmoins de la haute valeur de l’élue et de ses compétences reconnues, il lui faudrait, pour atteindre l’objectif de sa propre victoire convoitée, la survenance d’un énorme « coup fourré » opposable à son adversaire pouvant ainsi remettre fondamentalement sa droiture en question au regard du concitoyen.

C’est alors que, comme par sortilège ou coup surnaturel du destin, se présente au domicile familial de l’élue, un couple de « petits vieux » (Chantal Neuwirth & Jean-Paul Muel) prétendant être ses parents, jadis abandonnés par leur fille ingrate, initiant ainsi un cycle de diffamation publique qui, par la suite, ne cesserait de croître, alors même que, très discrète sur son passé, l’élue avait jusqu’à présent toujours affirmé que son père et sa mère n’étaient plus en vie.

Pour accroître le sentiment d’étrangeté et de malaise généralisé parvenant à gangrener la quiétude de ses enfants et de son mari, sa réponse totalement inattendue offerte à ce harcèlement intrusif sera pourtant d’accueillir ce couple, de l’héberger et de le prendre totalement en charge.

La seule et unique raison invoquée par Madame la Maire, encore en titre, à son hospitalité sans réserve sera l’engagement de son intégrité reconnue par le bon sens commun ainsi que sa croyance en la puissance irréversible d’une justice immanente.

 

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HONNEUR A NOTRE ELUE
© Giovanni Cittadini Cesi

 

Ne voulant donc point, par fierté et orgueil, engager des polémiques en répondant à une vilénie par la dénégation, tout en s’abaissant ainsi au niveau « petitesse » de ses détracteurs, la candidate à sa propre réélection préfère a contrario leur ouvrir grande la porte de son cœur, espérant ainsi la rédemption et un juste retour des choses.

Bien entendu, comme il se doit, l’élue ne sera pas reconduite par les électeurs, fortement troublés par l’impact de ce soi-disant « retour du refoulé » parental pendant que l’opposant quoique confus, lui, savourera son triomphe dans une compassion fort opportunément affichée.

Point d’intention moraliste à ce conte cruel conceptualisé par Marie Ndiaye et mis en scène au Rond-Point avec scénographie hautement technologique par Frédéric Bélier-Garcia, avec à la clef deux nominations aux Molières 2017 (auteur francophone & comédienne Théâtre public), mais toutefois une problématique subsiste avec persistance :

Pourquoi donc, en certaines conjonctures, l’être humain est-il capable d’accompagner les forces autodestructrices dans leur œuvre de sape et, ainsi de manière quasi inhibée, regarder médusé s’effacer sa propre destinée sous ses pieds ?

Mais pourquoi aussi, en l’occurrence, alors que durant son précédent mandat de maire, l’élue a dû affronter de nombreuses luttes démocratiques et, sans doute, souvent les gagner en affichant avec vigueur sa conviction et sa détermination, pourquoi donc soudain ne pas être en mesure de se défendre, avec aplomb, face à une « apparente » calomnie privée ?

L’honnêteté et la probité, par excellence, auraient-elles une face cachée où résiderait un démon encore plus fort que l’ambition humaine la plus idéalisée ?

 

photos 1, 2 & 3 © Giovanni Cittadini Cesi

photo 4 © Theothea.com

 

HONNEUR A NOTRE ELUE - **.. Theothea.com - de MARIE NDIAYE - mise en scène FRÉDÉRIC BÉLIER-GARCIA - avec ISABELLE CARRÉ, PATRICK CHESNAIS, JEAN-CHARLES CLICHET, CLAIRE COCHEZ, ROMAIN COTTARD, JAN HAMMENECKER, JEAN-PAUL MUEL, CHANTAL NEUWIRTH, AGNÈS PONTIER & CHRISTELLE TUAL - Théâtre du Rond-Point & tournée 

 

 

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HONNEUR A NOTRE ELUE
© Theothea.com

 


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