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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Hunter S. Thompson : Dernier tango à Las Vegas : Gonzo Papers (...)

Hunter S. Thompson : Dernier tango à Las Vegas : Gonzo Papers (2010)

Pour beaucoup, l'œuvre de Hunter S Thompson se résume au fantastique et délirant Las Vegas parano, superbement porte à l'écran il y a quelques années avec un Johnny Depp plus vrai que nature dans le rôle du grand écrivain. Grand écrivain, Dites-vous ? Oui, carrément, n'ayons pas peur des mots, car rare sont ceux qui, en littérature, ont eu l'audace d'inventer un style, un genre même, a part entière et Thompson est de ceux-là. Si l'on se retourne sur le XXIème siècle qui vient de s'achever et plus encore sur sa deuxième moitie, si riche cinématographiquement et musicalement parlant, à part le gonzo journalisme dont Thompson est le père assume et l'un des rares représentant, quelle autre aventure aussi radicale a-t-elle été testée sur le papier ? A ma connaissance rien de comparable, rien d'aussi déjanté, d'aussi extrême, d'aussi addictif. C'est pour cela que l'on est vraiment en droit de se réjouir de l'heureuse initiative des éditions Tristam qui se sont mis en tête de publier l'intégralité de l'œuvre non encore traduite en France de l'écrivain qui décida de nous quitter un jour de 2005. 5 tomes sont prévus et, même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'inédits en ce qui concerne les 2 premiers qui viennent de paraître, il n'en reste pas moins qu'ils renferment quelques-unes des pages les plus passionnantes qu'a pu écrire l'auteur, en tous cas jusqu'à ce que l'on puisse juger de l'ensemble de son œuvre une fois traduite.

Je vous l'accorde, la politique n'est pas toujours passionnante, surtout sur le papier et qui plus est encore quand il s'agit d'histoires qui ont plus de 30 ans maintenant et qui mettent en scène des hommes dont, pour la plupart, nous n'avons jamais entendu parler et sur lesquels on a bien du mal à mettre un visage, a l'exception près du haï Nixon, personnage principal du Fear and Loathing on the Campaign Trail qui occupe une grosse partie de ce premier tome. Il s’agit donc d’une plongée au cœur de la campagne présidentielle américaine de 1972, avec un Thompson embendded (comme on ne disait peut être pas encore à l’époque) dans les bagages du camp démocrate où l’auteur peut se livrer à loisir à son activité favorite. Couvrir les faits, rien que les faits tous les faits, avec une dose de subjectivité, d’ironie, d’analyses personnelle souvent juste, parfois quelque peu bancale, aidé en cela par de grands renforts d’alcool et de substances plus ou moins licites. Du grand n’importe quoi sur un sujet sérieux serait-on alors sans doute amener à penser, si Hunter S Thompson ne faisait pas preuve, à cette occasion d’un extraordinaire lucidité quant aux choses politiques, au microcosme des types qui gravitent dedans (une belle bande d’escroc en particulier dans l’équipe du futur vainqueur) mais ce qui frappe surtout c’est l’originalité et la finesse de ses analyses qui font que, près de 40 ans plus tard, (re) lire ces pages reste toujours aussi passionnant et instructif quant au fonctionnement de nos démocraties.

Hunter déteste profondément Nixon et son système, et l’élection de ce dernier (avec lequel il n’a finalement qu’un seul point commun, la passion du football US) sera un événement aussi douloureux pour lui, que sera jubilatoire la longue descente aux enfers du président, et sa démission finale, au moment du scandale du Watergate, superbement relaté aussi dans cet ouvrage, sans que pour autant l’on ne perde son temps à descendre dans les détails techniques de l’affaire. Il faut lire ses pages pour ressentir toute la passion, la hargne et l’effervescence de l’auteur en ces heures sombres pour l’Amérique, Personne, sans doute ne racontera plus jamais la politique comme Thompson l’a fait au long des quelques papiers ici rassemblés. Non, car la politique est, pensent les milieux autorisés, comme disait Coluche, affaire bien trop importante pour être traitée par des journalistes tout à fait incontrôlables et capable de penser par eux même en dehors des sentiers battus. Un journaliste qui assiste, assez impuissant finalement, à la mort du rêve américain, préférant se perdre dans l’alcool, les drogues et une certaine folie.

Plus encore que lorsqu’il couvre les campagnes de Nixon ou de Carter, la folie de Thompson atteint un paroxysme, qui n’est pas sans rappeler Las Vegas Parano (dont on retrouvera d’ailleurs au hasard de ces quelques 460 pages, l’avocat Oscar Acosta plus fou et énigmatique encore), lors de l’épisode de la grande chasse au requin, où Thompson, pour se remettre de la claque de l’élection de Nixon part au Mexique couvrir un concours de pêche au gros auquel participe quelques fortunés convives. On s’en doute, le tout se fini à tombeau ouvert dans un déluge d’alcool et de drogues incontrôlé, un tourbillon qui se lit d’une traite entre fièvre et parano.
 
Afin d’être vraiment complet, il faut aussi noter que ce premier tome aborde une partie méconnue et pourtant importante de l’œuvre de l’auteur, à savoir son activité de journaliste sportif, au travers d’un portrait de Muhammad Ali toujours dans le plus pur style gonzo.

C’est donc avec impatience que l’on attend la suite de l’œuvre de cet écrivain trop méconnu sans doute car trop cynique et dangereux. Excès, humour et capacité d’analyse sont-ils les ennemis du grand écrivain ? Toute proportion gardée, allons demander, en bons petits français que nous sommes, son avis à …. Victor Hugo ? ;)

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5 réactions à cet article    


  • Johnny Marocco 29 mars 2011 14:08

    A ce sujet, procurez-vous d’urgence (par contre il est très dur à trouver) Gonzo : life and work of Harry S.Thompson, un docu EXCEPTIONNEL, qui remet tout dans son contexte, et le ferait presque passer pour un « prophète ». A voir également Where the Buffalo Roam (plus facile à trouver celui-ci), avec Bill Murray, un grand moment de cinéma et de biographie.


    • crew.koos crew.koos 29 mars 2011 14:28

      Excellent documentaire en effet, avec Johnny Depp (grand fan du Dr Gonzo) à la lecture !

      Pour ceux qui ont la TV d Orange, je sais que le documentaire est dispo en VOD (c’est d’ailleurs là que je l’ai vu)

      Amicalement


      • Vilain petit canard Vilain petit canard 29 mars 2011 14:53

        Je lai trouvé mais sans sous-titres. Où peut-on le trouver avec ?

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