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« Il était une fois en Anatolie »

Petits arrangements avec soi-même...

Je me suis sentie immergée quasi instantanément dans ce film d’atmosphère, le fait que la nuit soit omniprésente une bonne partie du film facilitant, à l’instar des personnages, le vagabondage de l’esprit. Tout est tellement juste dans ce film, et ce, d’emblée, que déjà, j’ai envie de saluer cette magie qui nous fait oublier qu’on est dans un film de fiction.

Je me demande au fond si le fait de caster et faire jouer des acteurs inconnus (enfin peut-être qu’ils sont très connus en Turquie) n’est pas un sacré atout ; c’est très très rare que j’arrive à m’immerger complètement dans un film, car souvent, le fait que les rôles sont joués par des acteurs que je reconnais, fausse le jeu (même dans les meilleurs films). Là, ça n’est pas été le cas, et dès les premières minutes, je me suis sentie comme une petite souris, témoin privilégiée d’une histoire avant tout authentique, réellement vécue !


Même si, au fond, l’histoire en elle-même a peu d’importance. Car elle n’est que prétexte à ce qui se joue dans les relations, et chez chacun des personnages (tour à tour solitaire, individualiste, égoïste – puis relié… - cf le choix final du médecin, qu’on peut interpréter comme un choix très compassionnel), elle n’est que prétexte au fait qu’on se rend compte que chacun, à sa manière, s’arrange avec la réalité. Question essentielle : à quel point d’ailleurs un événement extérieur à soi réactive des choses personnelles, où commence l’identification projective face à l’autre… quelle est la part de soi-même et de la vie des autres dans nos pensées, nos idées, nos choix…

De plus, je n’ai pas senti du tout de jugement de la part du cinéaste, juste un constat, probablement amer, sur le fait qu’on se ment tous à soi-même, que notre équilibre est toujours fait de petits arrangements, souvent pathétiques… mais néanmoins tellement humains. Aucun jugement par contre sur le fait que l’homme serait potentiellement mauvais (peut-être par contre le fait que l’homme est facilement esclave de ses passions charnelles, amoureuses…), mais surtout le constat que nos vies ne sont que doutes, incertitudes, rebondissements… - même (surtout ?) derrière les discours rationnalisés et (apparemment) convaincus, et que finalement, on ne peut jamais rien maîtriser !

Et j’ai senti aussi, et chez chacun des personnages, y compris les plus antipathiques d’emblée (le commissaire ou le maire par ex…), de l’empathie de la part du cinéaste, une humanité dans son regard, probablement parce qu’il s’inclut aussi dans ces hommes et femmes qu’il filme pourtant au plus près, au cordeau, sans complaisance. Même si on peut déduire que le personnage du médecin est celui qui lui « ressemble » le plus.

Beaucoup de mystère et d’interrogations en tout cas dans ce film un peu étrange, film d’atmosphère avant tout, avec des scènes magiques, parfois irréelles tellement elles ont l’air oniriques (notamment celle avec la fille du Maire), et paradoxalement, beaucoup d’évidences, dans ce qui est proposé très très finement, comme un « possible » et sûrement pas comme une « Vérité »…

C’est un grand cinéaste que Nuri Bilge Ceylan – dont personnellement, je vois pour l’instant très peu de points faibles. Il sait très bien filmer (photographie magnifique – utilisation très pertinente du hors champ : la scène de l’autopsie, par ex, a été assez éprouvante), choisir ses acteurs, les diriger (cf le fait qu’on oublie très vite qu’on se trouve dans un film), et surtout, il sait distiller une atmosphère très particulière, avec toujours un point de vue singulier et très fin, fait de doutes et d’intuitions. D’ailleurs, moi qui ne suis pas du tout fétichiste des DVD, j’ai pourtant déjà acheté « Uzak », « Les trois singes » et « Les climats » (et c’est évident que j’achèterai – aussi – « Il était une fois en Anatolie » !).

Bande annonce :



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