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Il était une fois Hitchcock…

Rares sont les cinéastes qui peuvent se targuer d’avoir marqué à tout jamais l’histoire du septième art. Au même titre qu’Orson Welles, Stanley Kubrick ou Sergio Leone, Alfred Hitchcock fait incontestablement partie de cette caste tant convoitée. Trois décennies après sa disparition, Sacha Gervasi lui rend un hommage légitime dans le bien nommé Hitchcock. Un biopic qui ne se montre cependant jamais à la hauteur de son sujet.

Le film biographique est un sous-genre qui possède ses propres références, nombreuses et hétéroclites. Les cinéphiles citeraient volontiers Milos Forman (Amadeus), Tim Burton (Ed Wood), Oliver Stone (JFK) ou encore Kevin Macdonald (Le Dernier roi d’Écosse). Une liste tout sauf exhaustive. Aujourd’hui, c’est le Britannique Sacha Gervasi qui vient leur emboîter le pas, dressant sans ambages le portrait d’Alfred Hitchcock, un monument du septième art. Mais la filiation s’arrête toutefois là : on ne décèlera pas chez l’ancien scénariste de Steven Spielberg le génie de ses illustres prédécesseurs. La teneur de son biopic rappellerait plutôt le My Week with Marilyn de Simon Curtis. Une livraison mineure, mais pas dénuée d’intérêt.

L’histoire de Hitchcock trouve ses racines dans la genèse de Psychose, un projet scabreux qui deviendra l’une des pièces maîtresses de son créateur. On y découvre un cinéaste quelque peu essoufflé, en mal d’inspiration et vaguement abandonné par la Paramount, qui refuse de s’impliquer dans ce qu’elle considère comme un nouveau caprice hitchcockien. Se résignant finalement à engager des fonds personnels, le Britannique décide de prendre la réalisation du film à bras-le-corps.

Adaptation d’un roman de Stephen Rebello, Alfred Hitchcock and the Making of Psycho, l’œuvre de Sacha Gervasi ne se contente pas de conter l’envers du décor, la face cachée du landerneau hollywoodien. Elle lève en plus le voile sur la vie sentimentale du réalisateur, ingrat envers son épouse, Alma Reville, et irrépressiblement attiré par ses jeunes comédiennes. Hitchcock revient d’ailleurs, plus généralement, sur les relations complexes qu’entretenait le maître du suspense avec la gent féminine, qu’il accusait sans scrupules de fourberie et d’infidélité.

 

Un staff chevronné

Pour incarner avec brio le névrosé Hitch, il fallait un habitué, un spécimen déjà rompu à l’exercice. C’est là qu’Anthony Hopkins entre en piste. Après de longues et fastidieuses recherches, il nous gratifie d’un travail d’orfèvre, faisant valoir un mimétisme pour le moins troublant. Des intonations à la gestuelle, il habite littéralement son personnage, transfiguré de surcroît par un physique de circonstance. Si les prothèses et le maquillage entravent quelque peu la libre expression de son talent brut, sa prestation n’en reste pas moins remarquable. Mieux encore : pour accompagner le commandant Hopkins, Sacha Gervasi peut compter sur un solide trio féminin, composé des inégales Jessica Biel, Scarlett Johansson et Helen Mirren. Mention spéciale pour cette dernière, qui campe avec maestria une femme abîmée par le succès – et les excès – de son mari.

L’équipe technique n’est pas en reste. On y retrouve notamment un chef opérateur adulé par la profession, Jeff Cronenweth, et le compositeur attitré de Tim Burton, Danny Elfman. Le premier travaille régulièrement avec David Fincher – excusez du peu –, tandis que le second a manifesté toute l’étendue de son talent de Pee-Wee’s Big Adventure (1985) à Frankenweenie (2012) – une omniprésence très précieuse à l’œuvre burtonienne. Quid du scénario ? C’est John J. McLaughlin, auteur de Black Swan et de la série Carnivàle, qui s’y colle. S’il ne suscitera certainement pas une vague d’enthousiasme, il s’agit néanmoins d’un gage de sérieux.

 

L’ambition et la paresse

Très attendu, l’ambitieux Hitchcock a tout du pétard mouillé. Malgré un encadrement technique de premier choix, il peine à émerger et se fourvoie à plus d’une reprise. Orphelin de scènes mémorables, il ne parvient jamais vraiment à décoller, se traînant trop souvent dans l’ornière d’une superficialité coupable. Pourtant, ce double récit – la genèse de Psychose et le couple Hitchcock-Reville – avait largement de quoi interpeller le public. Il s’agissait sans conteste d’une matière première abondante et, surtout, fascinante. Mais était-il seulement possible de la transposer dans un long métrage dépassant à peine les 90 minutes ?

Si les coulisses du cinéma bénéficient d’un traitement soigné, les séquences plus intimistes viennent régulièrement parasiter la narration. De toute évidence, Sacha Gervasi peine à trouver le juste équilibre entre ses deux terrains de jeu. C’est d’autant plus regrettable que le scénario fait très justement la part belle au rôle prépondérant tenu par Alma, capable de réécrire des scripts et de monter des films, mais surtout de réguler la folie créatrice d’Hitch, de la baliser, de lui conférer un sens et une voix. En revanche, là où le réalisateur tape dans le mille, c’est dans le développement d’un portrait au mieux nuancé : il ne verse jamais dans l’hagiographie béate, se moquant de l’angélisme partisan comme de sa première communion. C’est ainsi qu’il couronne le maître du suspense dans une scène et le taxe de boulimie et d’alcoolisme dans une autre, sans négliger non plus sa jalousie maladive et sa misogynie à peine feutrée.

Hitchcock possède de réelles qualités : des dialogues bien ficelés, des traits d’humour qui bonifient le récit, un montage efficace ou encore une photographie sur laquelle il y a peu à redire. Même s’il se contente souvent d’effleurer les thématiques abordées, il compile néanmoins une somme d’informations non négligeable. Sa paresse se révèle en revanche bien trop évidente pour être pardonnée : peu de trouvailles visuelles, une narration trop lisse et académique, des personnages secondaires sacrifiés, un cinéma de suggestion qui oublie de creuser la psychologie de son héros – ou le fait au moyen d’hallucinations grotesques. Tout cela vient contrecarrer les ambitions – démesurées ? – de Sacha Gervasi, sans pour autant couler le film, honnête du début à la fin.

Certains affirmeront, sans doute avec raison, qu’un réalisateur plus aguerri aurait mieux appréhendé le projet. On pense aux très hitchcockiens Roman Polanski, David Fincher ou Brian De Palma. Mais cela reviendrait à taire l’essentiel : le meilleur ambassadeur d’Alfred Hitchcock restera à jamais son cinéma, une vénérable institution saluée par tous les amateurs du genre.

 


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3 réactions à cet article    


  • L'enfoiré L’enfoiré 4 février 2013 14:20

    Un film que j’aimerai voir, pourtant.

    Des films d’Hitchcock me reviendraient en mémoire comme Vertigo, les Oiseaux, Fenêtre sur cour, 
    Si les femmes Les actrices qui avaient sa préférence Janet Leight, Grace Kelly, Tippi Hedren
    et Alma sa femme qui sans elle, n’aurait pas été du vrai Hitchcock.
    Lui qui apparaissait dans ses films comme s’il voulait laisser autre chose qu’un réalisateur, de lui dans un jeu de cache-cache, Mais, aussi, parce qu’il adorait que l’on parle de lui comme un people avant l’heure.

    • bakerstreet bakerstreet 5 février 2013 01:02

      Savez vous que le père d’Hitckock qui était le copain d’un commissaire de police, fit coffrer Hitchcock, le temps d’une après midi, derrière les barreaux, pour lui donner une leçon
      De cette expérience, qu’Hich se rappellera longtemps avec terreur, date peut être bien la naissance d’un génie !

      Il faut lire absolument les dialogues Truffaut-Hitchcock : Truffaut se faisant intrerwieveur du maitre, qu’il adorait, et lui faisant préciser ses intentions, ses difficultés, film après film...Un régal


      • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 5 février 2013 09:23

        Bon article nuancé et bien écrit. Le film manque de souffre et de souffle mais reste à voir pour le jeu remarquable des acteurs. 

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