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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Il fallait y penser

Il fallait y penser

Ça devait arriver…

A force de nous inonder littéralement de litres de livres lors de la rentrée littéraire, il fallait s’y attendre. On imaginait bien que les jurys des concours ne pouvaient pas physiquement, mentalement dirais-je même, avaler 300 pages fois le nombre de bouquins sélectionnés (ça commence à en faire du papier mâché). Il fallait d’autres critères, plus ou moins objectifs, un peu comme lorsque l’on recrute un candidat et qu’on lui demande s’il porte des slips ou des caleçons. On imaginait bien les jurys lire ce qu’on pouvait dire sur les livres sélectionnés, ou lire la première et la dernière page, ou pire juste la lettre d’accompagnement, ou la 4ème de couv’. Bon, ben maintenant mes chers amis auteurs, il va falloir fignoler la 111ème et la 112ème page. Ça s’invente pas.

Je crois que ça a commencé avec un prix britannique, inspiré par Ford Madox Ford (ça non plus, c’est un nom qui ne s’invente pas) qui pensait que la lecture de la page 99 seule suffisait à juger un livre, l’argument étant en gros que l’on a pas besoin de boire la mer entière pour savoir quel goût elle a, une seule gorgée suffirait (en espérant que c’est pas la gorgée dans laquelle les bretons pissent).

L’express a même une rubrique « Les test de la page 99 » où les livres sont jugés sur la seule fois de la page 99 (même « 50 nuances de Grey », alors que la page 69 était somme tout beaucoup plus tentante, mais le proctocole, pardon le protocole, c’est le protocole).

Il y a eu ensuite, donc, le Prix de la page 111.

Il se trouve que j’ai un peu de sympathie, comme ça à l’instinct, pour ce prix. Non pas que j’aime particulièrement les palindromes, mais je vois que dans le jury, il y a Julien Blanc-Gras, et que j’ai adoré son bouquin « Comment devenir un Dieu vivant ? » (même s’il ne sait pas écrire Thrash Metal – qu’il écrit Trash metal – ce qui fait de lui un Dieu pas super omniscient, mais bon je m’égare carrément). Finalement, juger un livre comme un prix littéraire, ça se base sur des critères parfois débile. Au moins, là c’est clair maintenant. Dont acte.

Mais ce n’est pas fini, car je découvre maintenant le prix de la Page 112,

le nom étant un hommage au film « Hannah et ses sœurs » de Woody Allen, et pas du tout un hommage au Prix de la page 111. En effet, dans une scène de ce film magnifique, Elliott lance à sa belle-sœur « n’oublie pas le poème, p112, ça me rappelle toi ».

Cette incapacité d’absorber l’ensemble de la production littéraire (pour les critiques comme pour les lecteurs) me fait penser à l’inventivité de certaines petites maisons d’édition.

Connaissez-vous la rentrée littéraire en 3 mots ?

L’article de libération relatant cette nouvelle forme de promotion des livres m’avait beaucoup fait rire car il parlait de la maison d’édition où était sorti mon premier roman (contrat rompu depuis : lien). Le journaliste s’y amusait (et nous avec) d’une certaine Guilaine D. qui avait écrit sur l’enveloppe où était prisonnier le livre (sans doute à jamais se disait-elle) trois mots pour le résumer. Ce qui donnait : « Judéité, Trouble bipolaire, Filiation ».

Cela avait d’ailleurs somme toute fonctionné puisque le valeureux journaliste avait eu l’audace d’ouvrir le paquet pour y trouver « Clown Blanc, Nez Rouge » aux éditions Kirographaires. J’avoue quand même que ce qui m’avait le plus fait rire était les dernières lignes, citant la quatrième de couv’ : « Lorsqu’il découvre que sa mère a été une résistante et qu’une partie de sa famille a été déportée, Jacques s’interroge. Qui est-il vraiment : Juif ? Egyptologue ? Dépressif ? Entrepreneur ?  ». En tout cas, pour le lecteur, inutile de chercher, c’est clairement la dépression qui le guette.

Pour en revenir à nos moutons, ces deux prix viennent en tout cas s’ajouter à une liste impressionnante, la France comptant pas moins de 2 000 prix littéraires !

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que cela va réduire grandement la taille des bouquins (franchement plus de 300 pages, c’est pénible à finir et c’est lourd dans ma sacoche). Pourquoi s’emmerder à écrire plus de 113 pages désormais ? En plus, si on s’arrête à 112, on risque de gagner les deux prix (tout le monde sait que les deux dernières pages sont les plus chiadées avec la première et la biographie de l’auteur (je parle même pas de la couverture… tiens d’ailleurs ça manque ça le prix littéraire de la plus belle couverture)).

Bon, pour les écrivains, il va falloir bien viser quand même, ce serait con que la 111ème page tombe entre deux chapitres (difficile de juger un livre sur la seule foi de « Chapitre 14 »).

Allez comme je suis sympa avec nos amis éditeurs, voici quelques nouvelles propositions de prix (je les sens un peu secs en ce moment) :

  • Le prix littéraire de la plus belle tranche
  • Le prix littéraire de la meilleure 4ème de couv (désolé, Kirographaires, c’est pas gagné avec votre « Nez Rouge »)
  • Le prix littéraire de la meilleure bio d’écrivain
  • Le prix littéraire de la meilleure ponctuation
  • Le prix littéraire du livre avec le moins de fautes d’orthographe (je crains que Kiro ne soit exclus de nouveau)
  • Le prix littéraire de la plus belle page de remerciement
  • Le prix littéraire de la couverture qu’on a envie d’arracher pour afficher dans ses chiottes
  • Le prix littéraire du bouquin que l’on parcourt d’un derrière distrait
  • Le prix littéraire du bouquin comptant le plus de fois le mot « fromage »
  • Le prix littéraire du titre le plus long
  • Le prix littéraire du titre sans la lettre « c » (au moins, on sera sûr qu’il y aura pas trop de cul)

Je pense qu’on peut facilement arriver à 3 000 prix littéraires. Laissez-moi deux jours.

A vous dégoûter d’écrire des livres, sans parler de les lire.

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Retrouvez tous les articles inutiles de Jean-Fabien sur : http://www.jean-fabien.fr


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4 réactions à cet article    


  • Radix Radix 4 décembre 2012 12:37

    Bonjour

    Vous avez oublié le prix littéraire des bouquins primés aux prix littéraires et que personne ne lira !

    Radix


    • Fabienm 4 décembre 2012 13:44

      ha oui, c’est une bonne idée de prix ça ! smiley


    • SANDRO FERRETTI SANDRO FERRETTI 4 décembre 2012 13:25

      J’ai lu la 11eme ligne, et comme dans un vieux Bashung, j’ai murmuré « faut savoir dire stop ».
      J’sens comme un vide dans votre prose : Y- a-t-il quelqu’un pour me remettre Johnny Kidd ?

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