• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Il faut Je ne veux pas » Musset & Besset à L’ Oeuvre

« Il faut Je ne veux pas » Musset & Besset à L’ Oeuvre

Après sa création à Montpellier, un diptyque de choc Musset-Besset est à l'affiche à Paris, au Théâtre de l’Oeuvre avec un curieux adage pour titre : « Il faut je ne veux pas », sorte de maxime composée de 2 propositions antagonistes :

« Il faut » marque une obligation, une nécessité mais cette brève formule est contrebalancée par un « je ne veux pas » marquant une volonté individualiste qui vient se heurter au devoir moral.

Ce titre excentrique est dû à la juxtaposition de deux textes soumis au dilemme que suscite cette alternative comportementale conjuguée au masculin-féminin.

Jean-Marie Besset met en parallèle un texte de Musset « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » et un texte écrit par lui : « je ne veux pas me marier ».

Dans les deux cas, l’amour déclaré par l’homme est mis à rude épreuve par la gente féminine.

Dans la pièce de Musset, la marquise, jeune veuve, se moque de son prétendant, elle ne se contente pas de badinage ou de bluette au sujet de sa joliesse ou de son charme.

Elle se méfie et veut avoir affaire à de sincères sentiments ; il lui faut le gage du mot rassurant de mariage, qu’elle extorquera en malmenant le comte qui, devant les ruses de la dame, doit ouvrir la porte pour partir ou la refermer si son choix est bien de l’épouser ; pas d’alternative possible, on ne reste pas entre deux portes en plein courant d’air.

Chez Besset, notre damoiselle de trente ans, en robe Piet Mondrian, est une vraie contemporaine de notre siècle, étudiante en mathématiques, qui, à la veille de l’engagement marital, va jouer et prendre le risque de tout remettre en cause et peut-être briser un amour apparemment sans faille.

Le jeu espiègle devient, ici, joute verbale et même physique, la jeune femme se rebelle ; son fiancé, croyant lui faire plaisir, est véritablement pris au dépourvu, en la rejoignant ce soir, par surprise à la veille de leurs noces, car elle le met directement en cause :

Pourquoi n’est-il pas avec ses copains ? Pour sa part, elle aspirait à une solitude réflexive.

De cette fortuite irruption en découlera un rejet inattendu de l’institution du mariage.

Ces mises à l’épreuve se passent, en une même unité de lieu, dans un appartement bourgeois parisien avec vue sur le Parc Monceau d’où seuls quelques éléments de décor et du mobilier, tel un lit à même le sol remplaçant le canapé Louis-Philippe et une chambre en désordre remplaçant le salon aristocrate, suggèrent le passage du 19 au 21ème siècle.

Situant, donc, les deux confrontations dans ce même lieu, le metteur en scène permettra aux fantômes romantiques d'observer, tels des voyeurs, les héros d'aujourd'hui, par un jeu d’apparences derrière la transparence d’un mur.

Le même comédien joue dans les deux pièces, car le prétendant, même s’il est aujourd’hui un mordant financier nommé Tigrane, n’a-t-il pas un comportement semblable, à deux siècles de distance, devant sa promise ? Ne serait-il pas ce conquérant éternel avec des désirs de possession, qui ne sait toujours pas ce qu’une femme attend d’une relation en couple ?

Adrien Melin sera cet homme chahuté, un peu engoncé chez Musset face à la malicieuse cruauté de la marquise, blonde et espiègle Blanche Leleu ; il deviendra plus séducteur et pétillant en homme moderne face à la cérébrale mathématicienne, tonique et sensitive brune Chloé Oliverès qui, avec son « je ne veux pas » devant le code social, exprime son envie de modeler le désir de l’autre sexe, en refusant définitivement la tutelle masculine.

Très rohmérien, Jean-Marie Besset, dans une transition progressive entre deux époques, montre, avec finesse et élégance, deux révoltes féminines épousant respectivement leur siècle qui, à la fois malignes et intelligentes, pourront aboutir à leurs fins, en un similaire élan de détermination et d’interrogation soit, selon le cas, pour conclure au mariage, soit pour y renoncer.

visuel affiche - photo © Marc Ginot

IL FAUT JE NE VEUX PAS - **.. Cat.S / Theothea.com - de Alfred de Musset & Jean-Marie Besset - mise en scène : Jean-Marie Besset - avec Blanche Leleu, Chloé Olivères & Adrien Melin - Théâtre de l'Oeuvre

 


Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (3 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires