• mercredi 22 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Il y aura du sang
25%
D'accord avec l'article ?
 
75%
(8 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Il y aura du sang

Sorte de « Barry Lyndon » du XXIe siècle, filmé à la lumière du pétrole, « There will be Blood » nous plonge dans la vie de Daniel Plainview, un égoïste, qui aurait fait sienne la sentence : « Ce n’est pas sorcier de gagner beaucoup d’argent, quand on ne veut que gagner de l’argent » (un témoin, dans « Citizen Kane »).

Dans le film de Paul Thomas Anderson, l’or noir est partout : il se substitue à l’eau bénite pour un simulacre de baptême, il est le sang qui couvre les mains de Daniel, il est le noir présage, souligné par la musique d’Arvo Pärt.

Ce film est aussi l’histoire de la collusion et du combat hypocrite d’une religion contre l’autre : celle d’un dieu contre celle de l’argent. L’"opium du peuple", force quasi impossible à contourner, d’abord ennemi naturel, devient l’indiscutable allié d’une soif de conquête, parce que relevant des mêmes mécanismes. Comment ne pas mettre en parallèle les prêches de l’industriel et de l’apprenti pasteur, qui tous les deux font rêver un village entier, et le maintiennent, l’un dans un avenir perpétuellement repoussé, l’autre dans un au-delà à géométrie variable ?

There will be Blood, en plus d’explorer les limites des relations entre les êtres humains, dans le portrait d’un misanthrope, donne à voir une œuvre à la cohérence rare.


P. T. Anderson l’a bien compris : sans le son, pas d’image. Ici, le son est un commentaire riche, un décor, une respiration, un personnage. Tour à tour soulignant la solitude (scène d’ouverture), la brutalité des conditions de travail et le risque mortel de celui-ci, la lente transformation des hommes en pantins au service d’autre chose que d’eux-mêmes (Daniel Plainview, aussi cupide soit-il, ne profite jamais vraiment de sa fortune), le son est partout, et quand il disparaît, c’est fort à propos.

Ce film est donc autant à écouter qu’à regarder.
Par sa facture maintenant classique, qui le met dans la filiation des grands chefs-d’œuvre du muet, comme le Cuirassé Potemkine, de Sergeï Eisenstein, ou Greed, de Erich von Stroheim, par son intégration du son, par son intrigue ô combien proche de celles qu’affectionnaient Welles, Bergman, Kubrick (pour résumer, un homme, seul), There will be Blood pourrait ressembler au résultat d’une indigestion de chefs-d’œuvres estampillés.

Ce qui le met à l’abri de ces critiques est l’incontestable maîtrise derrière tout cela, le sens de la mesure, la volonté du maître, partout perceptible, l’originalité des prises de position, dans un Hollywood qui n’a de cesse de nous livrer des films à gros budgets, à la musique de plus en plus pompeuse et indigente, et des films "indépendants" qui nous content la vie des personnages comme de petites saynètes sans importance. C’est parce que There will be Blood se met en porte-à-faux avec tout cela qu’il est original et unique.

Are you William Blake ?




par Martin Lucas (son site) lundi 3 mars 2008 - 1 réaction
25%
D'accord avec l'article ?
 
75%
(8 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération