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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Il y aura du sang

Il y aura du sang

Sorte de « Barry Lyndon » du XXIe siècle, filmé à la lumière du pétrole, « There will be Blood » nous plonge dans la vie de Daniel Plainview, un égoïste, qui aurait fait sienne la sentence : « Ce n’est pas sorcier de gagner beaucoup d’argent, quand on ne veut que gagner de l’argent » (un témoin, dans « Citizen Kane »).

Dans le film de Paul Thomas Anderson, l’or noir est partout : il se substitue à l’eau bénite pour un simulacre de baptême, il est le sang qui couvre les mains de Daniel, il est le noir présage, souligné par la musique d’Arvo Pärt.

Ce film est aussi l’histoire de la collusion et du combat hypocrite d’une religion contre l’autre : celle d’un dieu contre celle de l’argent. L’"opium du peuple", force quasi impossible à contourner, d’abord ennemi naturel, devient l’indiscutable allié d’une soif de conquête, parce que relevant des mêmes mécanismes. Comment ne pas mettre en parallèle les prêches de l’industriel et de l’apprenti pasteur, qui tous les deux font rêver un village entier, et le maintiennent, l’un dans un avenir perpétuellement repoussé, l’autre dans un au-delà à géométrie variable ?

There will be Blood, en plus d’explorer les limites des relations entre les êtres humains, dans le portrait d’un misanthrope, donne à voir une œuvre à la cohérence rare.
P. T. Anderson l’a bien compris : sans le son, pas d’image. Ici, le son est un commentaire riche, un décor, une respiration, un personnage. Tour à tour soulignant la solitude (scène d’ouverture), la brutalité des conditions de travail et le risque mortel de celui-ci, la lente transformation des hommes en pantins au service d’autre chose que d’eux-mêmes (Daniel Plainview, aussi cupide soit-il, ne profite jamais vraiment de sa fortune), le son est partout, et quand il disparaît, c’est fort à propos.

Ce film est donc autant à écouter qu’à regarder.
Par sa facture maintenant classique, qui le met dans la filiation des grands chefs-d’œuvre du muet, comme le Cuirassé Potemkine, de Sergeï Eisenstein, ou Greed, de Erich von Stroheim, par son intégration du son, par son intrigue ô combien proche de celles qu’affectionnaient Welles, Bergman, Kubrick (pour résumer, un homme, seul), There will be Blood pourrait ressembler au résultat d’une indigestion de chefs-d’œuvres estampillés.

Ce qui le met à l’abri de ces critiques est l’incontestable maîtrise derrière tout cela, le sens de la mesure, la volonté du maître, partout perceptible, l’originalité des prises de position, dans un Hollywood qui n’a de cesse de nous livrer des films à gros budgets, à la musique de plus en plus pompeuse et indigente, et des films "indépendants" qui nous content la vie des personnages comme de petites saynètes sans importance. C’est parce que There will be Blood se met en porte-à-faux avec tout cela qu’il est original et unique.

Are you William Blake ?


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1 réactions à cet article    


  • del Toro Kabyle d’Espagne 3 mars 2008 19:26

     Il y aura donc du son ...

     C’est entendu.

     J’appréhende tout de même le saut dans les salles obscures. Peur d’un je ne sais déjà-vu.

     (j’ai apprécié votre billet)

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