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Infâmes et belles coutures

L’exposition "Les Messagers", d’Annette Messager, au Centre Pompidou, jusqu’au 17 septembre. Une traversée palpitante de l’univers de cette affabulatrice du réel.

Par Patrice Lanoy, pour Le complot des papillons

Faut-il être inquiet ? Rassuré ? On hésite. Va et revient. Peu à peu cela se glisse en vous. Devient comme vous. Et vous comme lui, le "chose".

Une histoire vient se proposer à vos pieds. Les vagues de vent se font fortes. Des créatures descendent du ciel et narguent le Rouge. D’autres sont dessous, dans cette lave qui enfin respire.

Cela s’appelle "Casino". C’est une oeuvre d’Annette Messager, exposée à Beaubourg jusqu’à la fin de l’été. Cela a obtenu le Lion d’or de la Biennale de Venise 2005, mais peu importe. Car c’est à voir, comme tout le reste de ce travail qui vous emporte loin.

Cette exposition est une minirétrospective et permet de bien comprendre le parcours de l’artiste née en 1943, une des plus influentes que l’art français fasse circuler sur la scène internationale. Images, détournement, jonglerie avec le savant et le populaire le plus simple, des coutures complexes de parachutes pilotés par ordinateurs aux sacs poubelles entassés comme par nos malades de la vie.

Bon cela commence dans l’entrée du hall, avec l’oeuvre géante, "La Ballade de Pinocchio à Beaubourg" : chutes de corps suspendus, et promenade de pelochon parmi une armée de traversins, Pinocchio en selle.

Mais c’est plus intime et fort que cela.

Brins de laines, images déconstruites et reconstruites, murs de souvenirs ("mes voeux", "mes trophées") chimères, entassements de peluches, structures gonflées et dégonflées, appareils en mouvements cycliques et lents, tout paraît inoffensif. Puis l’on s’arrête. On observe. On tente de discerner le coeur de l’oeuvre qui bat. Et alors on rentre dans son monde, englouti dans le buvard...

Le mouvement, c’est la chose nouvelle dans l’oeuvre d’Annette Messager. Et la présentation maîtresse est "Articulés-désarticulés", qui propose au regard des formes inconnues, et pourtant si douces et familières. On est exactement entre l’horreur et le bonheur. Sur le fil. Pendule entre les deux. Faut-il craindre des êtres nés de nos pulsions et de nos terreurs, ou les embrasser, se rouler avec eux dans une régression enfantine et rassurante ?

On est sur la scène du monde. Soumis aux tentacules de ses tentations. Formes et textures, aller-retour incessant entre les tissus, la manière de broder et de coudre, de suspendre, de mettre en mouvement, de rayonner dans l’espace font d’Annette Messager une créatrice qui nous est immédiatement intime, et redoutable et puissante.

Il faut encore retourner voir "les taches noires", plumes suspendues entre ciel et terre. Légèretés incarnées. Qui viennent en vous au fur et à mesure que vous regardez.

21 h 00. Fermeture. On était bien, entre "L’Attaque des crayons" et "Le Tapeur". Il aura fallu que les gardiens viennent nous dire dix fois de partir.

Centre Pompidou, Paris 6 juin - 17 septembre

par patrice lanoy (son site) lundi 2 juillet 2007 - 0 réaction
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