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Interview de Barbara Bouley-Franchitti

Barbara Bouley-Franchitti, directrice artistique de la Cie de théâtre Un Excursus, nous parle de sa nouvelle création, dont elle vient de finir l'écriture : Connexions Spectrales

Trois spectres féminins, à la fois revenants et rescapés de la guerre de Troie, se lancent, tour à tour, dans un pamphlet anti-guerre. Bêtes éternellement traquées par des visions d’horreurs mais libérées des cris et des larmes accumulés pendant des siècles d’inactivités souterraines, elles font retour, au point de départ de la tragédie, afin de mettre le clan des guerriers en accusation. Leurs bourreaux, en effet, perpétuent le crime. Dans une parole qui, peu à peu, trouve son reflet incarné dans les corps, elles poussent un chant d’alarme et dansent pour dire que la démesure répétée des hommes de guerre asphyxie toujours nos âmes et cause la perte de la fragile beauté du monde.

Aurélie Steunou-Guégan : Connexions Spectrales est ton premier texte dramatique. Pourquoi, as-tu ressenti, en plus de la mise en scène, le désir d’écrire ?

Barbara Bouley-Franchitti : Petite fille, j’ai vu mon père pratiquer l’écriture en amateur. Il a écrit plus de 800 poèmes d’une sublime simplicité mais n’a jamais été publié. Je pense qu’il en a beaucoup souffert. La prise de conscience que sur ce chemin se présenteraient des épreuves douloureuses, m‘en a écartée et j’ai préféré la voie de la mise en scène, voie parallèle à l’écriture. J’ai toujours travaillé à l’adaptation de textes dans mes créations. J’avais besoin alors de l’écriture d’un autre pour adosser mon imaginaire.

Se lancer seule dans l’écriture est un acte singulier qui demande énormément de confiance en soi. Il me fallait un déclic. Au cours du programme de recherches que nous avons ouvert avec Un Excursus autour du mythe de l’Orestie, de la guerre de Troie et de la démocratie, j’ai pris de nombreuses notes de lectures, d’impressions visuelles et sonores, réflexions. Sont nés six carnets de notes. En 2008, la cie a réalisé le film documentaire Et maintenant la quatrième partie de la trilogie commence…, comme une première synthèse de ces carnets. J’ai écrit la voix témoin du film en une semaine. Les retours ont été très positifs. Je crois que la nécessaire confiance en soi est née à ce moment là. Dans la foulée, j’ai commencé l’écriture des spectres féminins de Connexions spectrales.

L’écriture de ce texte a donc pris plus de deux ans ?


Pour entrer dans l'écriture dramatique, il faut ouvrir une parenthèse particulière dans sa vie afin de pouvoir se positionner volontairement à l'écart du brouhaha du monde. Un temps que j’ai du mal à m’accorder. Cet espace solitaire, cette « chambre à soi » (comme la nomme si justement Virginia Wolf) où l’on peut sereinement faire retour en soi afin d’étudier précisément comment entrer en communication directe avec « un public inconnu » pour parler de ses « visions obsédantes connues », est très difficile à construire, quand on est femme, mère et que l’on doit, au quotidien, gérer les travaux d’une compagnie théâtrale. C’est pourquoi, ce texte ne voit le jour que maintenant.

Qu’as-tu eu envie de raconter avec ce texte ?


Depuis l’adolescence, cet âge vivifiant où l’on se bat, avec générosité, engagement et une foi démesurée pour un idéal, je me suis placée volontairement du côté des plus faibles. Dans mon parcours artistique, en marge des institutions, j’ai toujours donné la parole aux petites voix, voire même aux sans-voix à ceux et celles qui ne trouvent pas résonnance dans l’Histoire, tant le discours des vainqueurs y est omniprésent. Dans ce premier texte, les femmes du mythe de l’Orestie, éternelles victimes de l’esprit dominant (patriarcal et conquérant), ces femmes rescapées dont on n’entend jamais la voix reviennent pour nous parler de l’absurdité du sacrifice et de la guerre. J’ai écrit ce texte à l’aube, accompagnée par la voix ab-joy du rossignol, dans l’espoir, toujours naïf et incertain, que l’hourvari de ces femmes et leur tentative de connections avec les victimes de toutes les guerres, lointaines et récentes, soient accompagnés, dans nos esprits, de tonnerre et de pluie. Pour qu’un jour la guerre ne soit plus perçue, dans notre anima, comme une fatalité. Pour que le temps d’une représentation, dans une sublime communion avec les morts, nous puissions faire exister, ensemble, quelque chose de nouveau sous le soleil.

Peux-tu nous expliquer le choix des comédiennes Anne 
Lasmezas Nadège Milcic  ?

Nadège travaille depuis 2003 avec la cie. C’est une artiste inventive avec qui j’ai beaucoup de plaisir à travailler. « La polymorphe aux fenouils », comme je la nomme, m’amène sur les chemins inexplorés d’un texte. Elle est toujours force de propositions et jamais dans les clichés de jeux de l’acteur. Anne est plus réservée, plus fragile. Je l’ai connue au CNSAD de Paris où nous étions toutes deux élèves de Madeleine Marion et de Pierre Vial. C’est une comédienne incarnée, rare, qui ne sait pas tricher et nourrit tous ses personnages d’émotions et de vibrations intenses. Ces deux comédiennes très différentes sont aussi danseuses et le dernier spectre, celui des troyennes, fait appel à cette discipline.

Comment se sont passées les premières répétitions qui ont eu lieu à Gare au Théâtre (avec l'aide de RAVIV)
 ?

Bien. J’ai consulté beaucoup de sites de photographes de guerre durant l’écriture de ce texte. J'ai commencé par partager ces images d’inspiration avec l’équipe et nous avons échangé sur les motivations, les mouvements, le rythme de ce texte. Le ressenti des comédiennes est une « denrée » vitale à la mise en route de chacune de mes créations. J’ai demandé au chorégraphe Christophe Cheleux d’accompagner ces premiers essais. Et avec Vincent Gabriel, le créateur lumières de la cie, nous avons écrit un premier brouillon technique.


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