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"Into the Wild" - Quête spirituelle

Attention : cet article mentionne des éléments du film.

Nous sortons d’Into the Wild un peu groggy. Et pour cause, nos yeux sont encore marqués par la beauté des paysages sublimes que nous avons traversés avec le héros, des rencontres que nous avons faites avec lui, du tragique de sa mort, et surtout par la prégnance des questionnements auxquels ce film nous renvoie. De courts extraits des poèmes de Sharon Olds ont une importance autant esthétique que pour la structuration, le “balisage” du film.

Justement, la mise en exergue du début du film nous avait prévenus : le héros (incarné avec brio par Emile Hirch) apprendra également de ses péripéties en milieu naturel et des relations humaines qu’il tissera. Sean Penn les traitera similairement. Comme les décors qui depuis les forêts enneigées de l’Alaska jusqu’aux déserts de l’Arizona, en passant par les étendues de béton, de verre et d’acier d’une metropole, sont d’une grande beauté, mais souvent d’une grande hostilité.

Car Into the Wild c’est le récit d’un voyage dans toute l’Amérique du Nord : celui de Chris McCandless, dit Alex "Supertramp" ("Super-Clochard"). Voyage dans l’espace, certes, mais aussi quête spirituelle de la vérité. Quelques citations tombent ça et là comme des pépites de poésie, et mettent des mots sur les sentiments éprouvés par Alex, qui gagnent rapidement le spectateur.

L’histoire est divisée en chapitres marquant le lent cheminement vers la sagesse. Chris s’éloigne d’une révolte adolescente, des traumatismes causés par des parents qui impliquent leurs enfants dans leurs querelles, de réussites scolaires qui lui ouvrent les portes d’Harvard. Son voyage est une fuite en avant où il nous entraîne loin du matérialisme, loin aussi des constructions subjectives de beauté, de justice, d’équité, mais en quête de Vérité. Nette, brute, sauvage. Et pourtant que d’humanisme au long d’Into the Wild. Le meilleur moyen de régénérer des idéaux galvaudés serait-il de se détourner de leurs avatars boiteux et d’y revenir une fois seulement qu’on en a affronté l’essence ?

Alex est téméraire au cours de ses voyages, parfois à l’excès. Sean Penn nous rappelle qu’il faut respecter les choix des individus, qui disposent d’eux-mêmes, en insistant sur les dégâts que peuvent causer les parents à leurs enfants. Dès lors, son héros n’est plus un irresponsable : il est libre. Il ne met en danger que sa propre existence.

En tout cas, la critique de la société est vive. Alex n’est pourtant pas devenu asocial. Ni la solitude pesante. Et le héros conserve son attitude en presence d’autres humains. L’attention et le silence. La sagacité. Le respect. Affranchi des attentes qui pesaient sur lui, de l’essentiel de ses biens, des pressions de sa famille, Alex s’émancipe aussi de la colère, du conflit et de la rebellion. C’est ainsi qu’il obtient petit à petit la sérénité qu’il manquait à son évolution spirituelle. Nul n’est prophète en son pays. Ce départ sans donner de nouvelles ressemble d’avantage à une nécessité qu’à une fuite.

Pourtant la tentation du retour est parfois pressante. A plusieurs reprises, il en faut peu pour qu’Alex ne revienne à la vie “normale”. Après deux ans d’aventures il semble prêt à rentrer à la fin de son expérience en Alaska. Il a fini son apprentissage. Il a accédé à la sagesse après avoir affronté tant d’épreuves. Il peut transmettre son message désormais. Impossible : nous sommes au dégel et la rivière en crue est infranchissable. Il va devoir continuer, survivre coûte que coûte. Il finira par s’empoisonner avec une plante toxique. Accablé par la faim, Alex s’est peut-être suicidé. Le film ne l’envisage même pas (au contraire une scène le montre se débattre et se sortir de la rivière en crue dans laquelle il glisse par mégarde) : c’est en confondant deux plantes qu’il se condamne. Le héros laisse un dernier témoignage, annoté dans un des livres qui l’accompagnent depuis le début de son aventure : “Le bonheur n’existe que s’il est partagé.” Un panneau laissé remercie pour la vie qu’il a eu, et porte comme signature son vrai nom : Chris McCandless, comme un signe de réconciliation.

Par ses choix narratifs, le film nous conte l’histoire précocément interrompue d’un prophète. Le prénom original du héros (Chris), son changement de nom (il abandonne McCandless, qui est proche de “candle less” : “sans bougie”), son éclat, sa volonté, son rejet, son errance. On sera également marqué par cette scène où Alex filmé d’en haut, nu, se laisse dériver sur le dos, le corps en croix le long d’une rivière. Par ailleurs les figures majeures des trois monothéismes (Moïse, Jésus, Mahomet), ont chacune leur tour expérimenté une traversée du désert, lors de laquelle elles se sont retrouvées face à elles-mêmes.

Pourquoi cette approche en filigrane ? Difficile d’être certain. Peut-être pour rappeler que certains chemins se parcourent seuls, que la sagesse ne passe pas nécessairement par la prêche (en tant que prêcheur comme en tant qu’ouaille) et pour valoriser la quête spirituelle qui, quelle que soit la forme qu’elle prend, est indispensable au bon épanouissement des Hommes.

Peut-être aussi parce qu’en réalisant qu’il s’agit d’une histoire vraie un frisson nous parcourt l’échine. L’histoire d’une déconstruction et d’une reconstruction pure et authentique. Une histoire qui nous rappelle que les voyages servent à comprendre où l’on se trouve.

par Johan (son site) lundi 14 janvier 2008 - 19 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par fabien (xxx.xxx.xxx.213) 14 janvier 2008 13:46
    fabien

    Critique en forme d’éloge...
    Je n’ai pas ressenti les mêmes impressions à la vision de ce film.
    Dès le départ, dans le traitement musical tout en lourdeur des séquences, j’ai su que ce film ne raconterait rien d’autre qu’une petite rebellion ratée.
    je serai curieux de lire le livre, pour savoir si Sean Penn a trahit la vision de l’auteur ou si son récit ne se résume qu’à un empilement de scenes proprettes illustrant le backpacking, le voyage en sac à dos, le routard moterne.
    Dans le film, rien n’est traité correctement, on s’installe à peine dans un univers qu’on le quitte pour le suivant, et le découpage du film n’a pas de signification profonde pour le héros.
    Le chapitrage qui suivrait une évolution spirituelle n’a que peu de rapport avec les événements rapportés. La famille est utilisée comme déclencheur, les parents et la soeur n’ont pas d’épaisseur, de consistance.
    Le témoignage de la soeur est d’ailleurs anecdotique, sans valeur, banal.
    Jamais le héros n’est confronté à l’absurdité de sa démarche, fuite en avant en réaction à la trahison de son père, violent puis volage.
    Jamais le réalisateur ne fait l’économie de la pudeur, du doute, de la remise en question où s’enracine toute quête spirituelle.

    La fin est dérangeante, car voyeuriste. Déjà trop long, il aurait été intéressant de le terminer par une pirouette, un cut abrupt, couper au moment où il mange les plantes, faire un fondu, expliquer la fin par une incrustation sobre sur fond noir et laisser la photo du héros devant le bus faire le lien entre la fiction et le réel.
    Les citations paraissent empruntées, imprimées sur l’image pour forcer le spectateur à les absorber, sans questionner leur sens.
    Son refus de la sexualité est aussi étrange, parce non expliqué : est-ce par peur de l’intimité, de l’attachement ?
    Trop de questions soulevées ne trouvent ni réponse ni ouverture.
    Je n’ai pas aimé ce film. Il est trop gentil, trop bien pensant.
    La morale en est trop claire : si vous sortez des sentiers battus, vous finissez seul, et jeune.

  • Par Frédéric Guinot (xxx.xxx.xxx.130) 14 janvier 2008 13:33
    Frédéric Guinot

    Un petit mot pour indiquer que le scénario d’ "Into the Wild" est tiré en effet d’une histoire vraie, mais aussi retranscrite après une longue enquête par le journaliste et écrivain Jon Krakauer dans le livre éponyme.

    Sur

    http://www.youtube.com/watch?v=ZVSR4zEJvtg

     on peut écouter Jon raconter l’aventure de son livre.

    Rappelons aussi que Krakauer a brillament relaté la tragique expédition sur l’Everest en 1996 à laquelle il a participé dans un livre lui-aussi mémorable "Into thin Air".

     

  • Par Actias (xxx.xxx.xxx.34) 14 janvier 2008 14:16
    Actias

    Je l’ai vu et j’ai du mal a emmettre un avis objectif sur ce genre de film, ca me rappelle beaucoup de souvenirs. Je n’ai jamais osé partir comme le héros du film, tout ce que je peux dire c’est que jamais je ne me suis sentit aussi proche de la Liberté et du bonheur que seul au bord d’une route, avec pas d’argent et pas de destination.

  • Par fabien (xxx.xxx.xxx.213) 14 janvier 2008 14:18
    fabien

    Le site de wikipédia ( en anglais) offre un éclairage nouveau sur cette histoire :
    Tout d’abord, il s’agit d’une biographie publiée 4 ans après la mort du héros, et qui a fait découvrir son héros. Le livre eût un grand succès aux Etats Unis, où il resta deux ans sur la liste des meilleurs ventes du New York Times.
    C’est donc ce mélange prisé par les américains de romanesque et de journalisme, qui peut amener toutes les dérives comme de grandes réussites ( dans les réussites, citons Cold Blood - Sang Froid de Truman Capote).
    Il est dit aussi que le livre trace des parallèles entre l’expérience de l’auteur et celle de McCandless, et qu’il raconte également l’histoire d’un second vagabond nommé Everett Ruess.
    Tout ceci laisse planer de forts doutes sur la valeur de témoignage du livre.
    De quelle manière l’auteur se permet il d’intervenir dans l’organisation des faits ?
    Ce qui est également interessant, et qui n’est pas soulevé dans le film, c’est la bêtise de la mort du héros.
    Il est rapporté que McCandless peut aussi être considéré, du point de vue de spécialistes de l’Alaska, comme un jeune homme simplement stupide, peu prévoyant, aux actes inconsidérés.
    Qu’il n’avait passé que peu de temps à s’informer des conditions réelles de vie dans le grand nord.
    Qu’il n’avait même pas une carte de l’endroit où il se trouvait.
    Qu’on pouvait, selon cet éclairage, penser que McCandless s’est suicidé.

    C’est un point de vue moins romantique, mais plus réaliste sur la génèse de ce film.

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