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Irving Penn, Les « Petits Métiers » - Fondation HCB jusqu’au 25 juillet 2010

Irving Penn nous a quitté l’automne dernier à l’âge de 92 ans. Photographe des stars, il s’attacha également à répertorier ce qu’il nomma les « Petits Métiers ». Ces professions d’habitude perçues comme sans qualification, manuelles, mal payées, que l’on rencontrait alors dans les quartiers populaires des grandes villes en expansion au début des années 1950. Et c’est une partie de ce travail que la Fondation Henri Cartier-Bresson nous propose de redécouvrir.

A tour de rôle, à Paris, Londres ou New York, les bouchers, rempailleurs, ramoneurs, cireurs de chaussures ou autre pompier défilèrent face à l’objectif, en « habits », certains armés d’un outil de travail afin de mieux les reconnaître, de chasser le doute, au cas où.

Photographe de studio, Penn extrayait ses modèles de leur environnement. Il les décontextualisait là où avant lui, dans l’entre-deux-guerres, August Sander avait presque systématiquement tenu à conserver le lien entre le milieu et le sujet, jugeant les deux intimement mêlés au point de ne pouvoir se décider à les séparer, à prendre l’un sans l’autre de crainte de manquer son but. Car Sander, de ses propres aveux, avait désiré créer une galerie d’archétypes de la société allemande de l’époque de Weimar sans toutefois y parvenir. Car à trop vouloir recenser, à trop collectionner les visages et les personnalités, il démontra au contraire comme l’humanité est composée d’individualités, d’hommes et de femmes uniques, parfois éloignés de l’image que nous pouvons (ou pouvions) en avoir. L’Allemand ne possédait pas un type particulier, n’était pas ce « blond aux yeux bleus » comme la prôna ensuite le nazisme qui vit dans l’œuvre de Sander l’antithèse de ses affirmations quant à la race aryenne.

Penn, extirpant ses sujets de leurs « biotopes », avait-il plus de chance de parvenir à offrir au spectateur un panorama d’hommes et de femmes « symboles » ? Avait-il trouvé, par cette astuce, une technique lui permettant de réussir ? La question finalement n’est pas même de savoir si tel était son objectif, déclaré ou non. L’intérêt est de considérer son œuvre au regard de celle de Sander car inévitablement, c’est à celle-ci que le spectateur la confronte.

Les photographies, prises au début des années 50, sont toutes en noir et blanc. Certains tirages sont argentiques d’autre sont au platine. Pour l’amateur « lambda », ceci est un détail mais pour le connaisseur, il peut être intéressant de le mentionner.

Les modèles posent debout pour la plus part, soigneusement centrés, sur un fond composé d’un tissu tendu, celui-là même utilisé pour immortaliser Audrey Hepburn ou des chasseurs de Nouvelle Guinée.

Pas de champs donc, ni de rue ou de mur qui, mêmes flous comme chez Sander par la faible profondeur de champ voulue, auraient pu apporter un élément supplémentaire à la lecture.
Les poses sont pour la plupart maladroites, laissant effleurées ci et là une certaine tension, un malaise face à l’objectif auquel un bon nombre semble être peu habitué. A l’inverse pourtant, certains, espiègles, s’affichent avec fierté, le sourire au bout des lèvres, heureux d’avoir été sélectionnés parmi ce que la faune urbaine offrait de mieux.

La première différence entre l’approche de Penn et de Sander, se situe quant à la distance entre le photographe et son sujet. Alors qu’elle varie considérable chez Sander, elle est bien plus constante chez Penn, désireux de prendre ses sujets de plein pied, d’une manière quasi scientifique, en vue de créer un répertoire. Cette invariabilité peut certes quelque peu lassé le spectateur en fin de course, mais offre en contrepartie le désengagement nécessaire pour éviter d’insuffler trop de subjectivité. Chez Sander par contre, il est impossible de ne pas « palper » une histoire derrière chaque personnage révélé, d’imaginer le caractère des hommes et femmes alors que cette tâche est malaisée chez Penn. Celui-ci semble refuser d’humaniser sa relation avec ses sujets pour les abandonner à leurs sorts face à l’objectif, exigeant parfois d’eux d’afficher, par une pause, par un geste, leurs seuls métiers d’une manière quasi caricaturale.

Ceci nous amène à la seconde différence majeure entre les deux hommes. Sander se rapproche inévitablement des peintres, de part sa culture, son milieu mais surtout, son époque (il est né en 1876 et Penn en 1917). Il y a chez lui une réminiscence d’art de cour ou d’art bourgeois, un désir de flatter et d’exalter, y compris la misère.

Penn est-il donc parvenu à réaliser un catalogue d’ « images exemplaires », à l’inverse de son homologue allemand ? Je serai tenté par répondre par la positive mais pour autant, je lui préfère le maître de Cologne. Car chez Sander, je m’imprègne longuement des visages et regards tandis que les photographies de Penn pousse inévitablement le spectateur à chercher le détail, à comparer les différences existant entre le balayeur parisien et son pendant de Londres, jusqu’à en sourire. En d’autres termes, et certains me jugeront peut-être durement, Penn est parvenu à léguer un catalogue désuet de petits métiers à travers de petites gens, alors que Sander, face à des hommes et des femmes souvent de conditions aussi modestes que les modèles de Penn, nous a laissé un Grand Inventaire empli d’humanité. Le premier a réalisé un essentiel travail d’archivage et le second une œuvre d’une portée éternelle.

Fondation Henri Cartier-Bresson - 2 Impasse Lebouis - 75014 Paris

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