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Isabelle Huppert & Louis Garrel se jouent « Les Fausses Confidences »

Après 15 jours de représentations, cette création de Luc Bondy, nouveau directeur de l’Odéon, est sans aucun doute, sortie de sa période de rodage et de mise en place définitive de réalisation.

Aussi pour l’apprécier à sa juste mesure, deux options s’ouvrent à notre analyse : La première consisterait à s’appuyer sur le texte de Marivaux et les notes d’intentions du metteur en scène.

La seconde pourrait être de se référer exclusivement à nos observations et impressions durant les deux heures un quart de spectacle.

Une synthèse de ces deux points de vue pourrait être envisagée à la lumière des critiques déjà parues.

A vrai dire, ce canevas d’approche pourrait fort bien s’appliquer à chaque compte-rendu théâtral mais s’il nous tente d’y recourir ici, c’est qu’il nous semble y avoir grand écart entre les deux options initiales citées plus haut.

En effet, point de doute, « Les fausses confidences » est un chef d’œuvre littéraire de diplomatie, de subtilités et de décalage permanent entre le but poursuivi, l’Amour et les résultats contradictoires obtenus. Que Luc Bondy ait une pleine conscience de cette richesse à exploiter sur scène est également une évidence à la lecture de ses intentions.

Certes, mais voilà, le parti pris de direction des acteurs ne cessera de surprendre…. à la grande satisfaction ou non des observateurs critiques.

De manière générale, le jeu est nerveux, saccadé entraînant des comportements déphasés voire quasiment à contre-pied. Tout se passe, comme si les comédiens étaient en situation enivrée de happening où tout peut arriver à chaque instant … alors que, bien entendu, aucun des gestes, aucun des déplacements, aucune de leurs intonations ne sont laissés au hasard.

Bref, une mise en scène calculée, millimétrée, et même sophistiquée suscitant en son for intérieur comme un écho d’avant-garde branchée…. mais aussi comme une étrange impression d’abandonner, à tort ou à raison, l’idéologie traditionnelle du Marivaudage à chaque virage effectué en dérapage contrôlé.

Ainsi chahuté dans sa perception immédiate, le spectateur a le choix de se laisser happer par les circonvolutions des comédiens esquissant la transe des sentiments débridés au prorata des confidences jetées en pâture.

Au hit-parade de ces tours de piste, Bulle Ogier remporte haut la main le trophée de l’hilarité consensuelle. En Arlequin fantasque, Jean-Damien Barbin tire à merveille son épingle de ce jeu délibérément loufoque.

Tous sont au diapason d’une perpétuelle redistribution des cartes du Tendre, à vitesse accélérée d’un film faussement muet, tellement on y parle argent avec le non-dit de l’Amour.

Alors bien sûr, il y a sur la scène en losange s’avançant dans les premiers rangs de l’orchestre, la star, l’unique… tellement habituée depuis des années au plateau de l’Odéon, celle qui par son incomparable présence se moule a volo dans les directives de son metteur en scène du moment, tout en maintenant son superbe mystère : Isabelle Huppert !

Et pourtant, par quel curieux stratagème de l’inconscient a-t-on la sensation de voir Blanche-Araminte, ressuscitée du « Tramway » nous revenir en boomerang hystérisé d’un au-delà du plaisir exacerbé, en réplique à Dorante (Louis Garrel) ?

Si telle devait être la problématique de l’Amour dans son droit de suite, ce serait en priorité celle des spectateurs affichant « complet » durant deux mois à l’Odéon !

C’est d’ailleurs bien, dans cette perspective, qu’il faudrait lire l’ensemble des critiques parues depuis la Première, car l’immense majorité est prête à valoriser la mise en scène de Luc Bondy, pourvu que celle-ci permette de jouer, de tout son saoul, avec La Star.

photos © Pascal Victor

LES FAUSSES CONFIDENCES - ***. Theothea.com - de Marivaux - mise en scène Luc Bondy - avec sabelle Huppert, Jean-Damien Barbin, Manon Combes, Louis Garrel, Yves Jacques, Sylvain Levitte, Jean-Pierre Malo, Bulle Ogier, Bernard Verley, Georges Fatna et Arnaud Mattlinger - Odéon-Théâtre de l'Europe

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