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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > J’ai vu « Lincoln »

J’ai vu « Lincoln »

Je suis allé voir Lincoln, et ayant souvent été déçu par le cinéma de Spielberg, c’est avec une petite réserve que je m’y suis rendu.

Tout d’abord, le film nous parle de quoi ?

Spielberg ne s’intéresse qu’aux derniers mois de la vie de celui qui fut le 16e président des États-Unis. La guerre de Sécession fait encore rage. L’Amérique est déchirée entre les esclavagistes du Sud et les abolitionnistes du Nord. Nous sommes au début de l’année 1865 et Lincoln vient d’être réélu en novembre 1864, mais il est pourtant un homme seul, conscient de devoir assumer des responsabilités qui ne pèsent que sur lui. Contre l’avis de tous ceux qui lui conseillent d’entretenir tranquillement sa popularité, il décide de lancer le combat pour l’adoption du 13e amendement, qui abolira l’esclavage.

Le combat s’annonce rude pour le Président réélu, la paix se profile et le 13e amendement n’a dès lors plus aucune chance de passer. L’Amérique veut la fin de la guerre bien plus que celle de l’esclavage. Le Président doit-il se préoccuper de la résolution du conflit présent ou envisager, seul, le destin du pays dans l’histoire de l’humanité ?

Abraham Lincoln de David Wark Griffith (1930) , avec Walter Huston

Lincoln est un film sur le courage politique. Mais il faut se préparer à aller voir le film, nous ne sommes pas dans une reconstitution de la Guerre de Sécession . Les seules images des champs de bataille, ce sont celles où Lincoln traverse lentement celui de la bataille de Petersburg, au milieu de centaines de cadavres. Images très fortes qui résument toute l’horreur de cette guerre fratricide.

Nous sommes ici plongé dans les réunions, les débats, les négociations entre clans opposés. C’est sérieux, assez technique même et pas forcément facile à suivre. Mais en montrant Lincoln à l’oeuvre, de la manière la plus concrète qui soit, Spielberg montre le génie politique à travers une leçon de gouvernance qui peut trouver toutes sortes de résonances aujourd’hui. C’est à une sorte de réinvention de la politique qu’on assiste. Lincoln trace une voie qui s’écarte des pratiques communément admises et partagées. Pragmatique et idéaliste, il grappille des voix au nom d’une grande idée, la dignité humaine . C’est un film sur le courage politique et sur les choix qui changent le cours de l’Histoire.

On apprend également en visionant ce film que les républicains de l’époque étaient plutôt les démocrates d’aujourd’hui et réciproquement.

Abraham Lincoln de John Cromwell (1940)

 Mais au delà du côté historique, c’est la complexité du personnage de Lincoln qui nous fascine et nous fait tenir en haleine jusqu’à la fin du film.

En effet, Spielberg nous montre en Lincoln un politicien qui pour arriver à ses fins n’hésite pas à mentir, à truquer, à corrompre, à soudoyer afin d’obtenir la signature de son fameux 13eme Amendement, bref un Lincoln pour qui la fin justifie tous les moyens.

Le réalisateur américain en a enfin terminé avec le manichéisme qu’on lui a si souvent reproché à juste titre . Ses personnages sont devenus beaucoup plus complexes, avec une part de lumière et une part d’ombre.

Spielberg nous montre aussi l’humour d’un président manipulateur.

Vers sa destinée de John Ford (1939), avec Henry Fonda.

Il y a également les grands moment du film comme cette scène extrêmement poignante ou Lincoln s’affronte avec sa femme.

Cet autre épisode ou il évoque un axiome du mathématicien de la Grèce antique Euclide : deux choses qui sont égales à une même chose sont égales entre elles. « Tout commence par l’égalité », dit Lincoln.

Enfin, Spielberg offre une émouvante dernière séquence au républicain Taddeus Stevens, magnifiquement campé par Tommy Lee Jones. Un homme qui finalement est bien plus progressiste que Lincoln mais qui sut sacrifier sa conviction profonde avec intelligence. On comprend mieux la force de son engagement dans la magnifique séquence où il retrouve sa compagne noire, et lui fait lire à voix haute, dans l’intimité de leur chambre le texte du 13e amendement.

téléchargement (4)

Le film par ailleurs, comme on peut le remarquer plus généralement au vu des meilleures productions américaines, est un concentré d’idéologie ayant l’art, tout en divertissant, de poser des questions fondamentales complexes.

On est loin de la guimauve idéaliste dans laquelle nous a parfois emmené Steven Spielberg.

Ce film révèle de multiples joyaux. C’est un hymne à la démocratie et à la politique. Magnifique de bout en bout, subtil, pédagogique, ce monument est transcendé par les acteurs, tous excellents. Mention spétial tout de même à Daniel D. Lewis et Tommy Lee Jones qui sont tous deux au sommet de leur carrière.

Le réalisateur américain vient de réaliser un de ses films les plus passionnants.

Un grand Spielberg à ne pas rater.


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14 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 4 février 2013 10:16

    Bonjour, Fatizo.

    Merci pour cette analyse du film. J’avais projeté d’aller voir Lincoln demain. Je suis conforté dans cette intention.

    Cordialement.


    • La mouche du coche La mouche du coche 4 février 2013 13:31

      « C’est un hymne à la démocratie »


      Heu. Si Spielberg était POUR la démocratie, cela se saurait. Il a fait un film avec lequel vous ne pouvez que être d’accord, et ceci devrait vous inquiéter. Comment se fait-il qu’il n’est pas possible d’être contre ? Il y a forcément un piège mais où ?  smiley

    • fatizo fatizo 4 février 2013 17:07

      Bonjour Fergus,


      J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi en visionnant ce film .
      Spielberg n’est pas mon cinéaste préféré mais là il m’a étonné .

      Bonne soirée .



    • celui qui maugréé celui qui maugréé 4 février 2013 11:09

      Il est toujours intéressant de se pencher sur les actes des pères fondateurs des USA et de ceux des plus marquants qui les ont suivit.

      Il est clair que les républicains que l’époque étaient d’une autre trempe que ce de maintenant.

      Il est frappant de voir l’écart entre les idéaux initiaux de ce pays quand on les confronte à ce qu’il est désormais.

      Et la déception est grande, surtout quand on pense que l’indépendance US inspira un peu la révolution Française .. .les deux ont engendré des monstres.


      • Talion Talion 4 février 2013 11:25

        « L’Amérique est déchirée entre les esclavagistes du Sud et les abolitionnistes du Nord. »

        L’Union comptait dans ses rangs 5 états esclavagistes (sur 23, ce n’est pas anecdotique) : Le Delaware, le Kentucky, le Maryland, le Missouri, et la Virginie Occidentale.

        Les raisons de ce conflit ne concernaient donc pas l’esclavage mais beaucoup plus les différences au niveau du tissu économique et social des deux futurs belligérants...
        Les confédérés en avaient en effet marre de se voir imposer par Washington une politique économique qui profitaient surtout aux états fortement industrialisés du nord (je résume dans les grandes lignes), d’où leur volonté d’indépendance afin de pouvoir prendre par eux-même des décisions plus en accord avec la réalité de leur situation.

        Par ailleurs, ce qu’il faut comprendre c’est que le Nord lui n’avait pas tellement besoin d’esclaves noirs vu qu’il disposait de l’arrivée d’une main-d’œuvre européenne immigrée qu’ils pouvaient payer à grands coups de pompes dans le cul.
        Donc dans les faits, eux aussi ils avaient leurs esclaves...


        • La mouche du coche La mouche du coche 4 février 2013 13:35

          Oui. Il semble que la propagande que veut nous vendre Spielberg n’est pas : l’esclavage, c’est mal ; 

          mais plutôt : les ultra-libéraux étaient contre l’esclavage, DONC l’ultra-libéralisme est une bonne chose. 

          C’est tout à fait différent. 

        • efzed 4 février 2013 17:21

          C’est tout à fait ça ! En plus les USA sont les derniers pays développés au monde à avoir abolie l’esclavage mais on a pourtant l’impression qu’il se porte en modèle.

          D’ailleurs certain propos de Lincoln à l’époque aurait était considéré comme raciste à l’heure actuelle.

          Quant à l’unique révolution américaine, elle était purement commerciale, incomparable avec la révolution française sur les droits des hommes.


        • stephane 4 février 2013 13:07

          Tout à fait d’accord avec vos remarques, Talion.

          D’ailleurs, l’abolition de d’esclavage n’est vraiment mise en avant par le Nord que lors de la 2eme année de guerre civile.

          Pour certains, les germes de l’american way of life et surtout de l’impérialisme US à la solde des industriels sont présents dans les décisions de Lincoln...

          L’histoire des USA est plus complexe qu’il n’y paraît.


          • human right 4 février 2013 13:52

            aucun mot sur le green back et la guerre des cartels bancaires  ??? c est pourtant la raison principale de son assassinat !!


            • COVADONGA722 COVADONGA722 4 février 2013 16:22

              @Human right , enfin je me demandais si quelqu’un ferait allusion aux ennemis mortels que c’est fait lincoln en faisant battre monnaie à l’état federal le fait qu’il ai refusé les taux usuraires 24/36%des banquiers new yorkais le fait qu’il ai decidé d ’emettre les green back voila la le
              fondement de sa chute qui etait déja politiquement programmée !voila ce que disait de l’action economique de LINCOLN le representant du cartel des banques « Si cette malveillante politique financière provenant de la République nord-américaine devait s’installer pour de bon, alors, ce gouvernement fournira sa propre monnaie sans frais. Il s’acquittera de ses dettes et sera sans aucune dette. Il aura tout l’argent néces saire pour mener son commerce. Il deviendra prospère à un niveau sans précédent dans toute l’histoire de la civilisation. Ce gouvernement doit être détruit »
              Lincoln n’est probablement pas pas mort de l ’abolitionisme mais plus surement du controle de la monnaie par l’état.


              • pierrot pierrot 4 février 2013 20:05

                Je suis désolé mais je n’ai pas beaucoup aimé le film LINCOLN qui raconte, pour l’essentiel, les tractations et corruptions afin d’obtenir les votes favorables des parlementaires (essentiellement Démocrates) au 19 ième amendement de la Constitution (abolition de l’esclavage).
                Cela manque de soufle épique.


                • QAmonBra AmonBra 4 février 2013 20:46

                  Exact covadonga & human right, sur les 4 présidents U$ assassinés durant l’histoire étasuniène, 3 l’ont été après s’être opposés à la main mise du cartel des banques privées sur la monnaie. 
                  Le dernier en date fut JFK qui, en plus, s’était mis à dos le $ionistan par son refus ferme de toute nucléarisation du moyen orient.

                  Le pouvoir lobotomisant de la machine à propagande d’Hollywood est une réalité factuelle, et Spielberg est un de ses talentueux agents.



                  • rosemar rosemar 4 février 2013 22:43

                    Enfin un film de qualité ! Le côté technique me rebute un peu mais le message est intéressant...Merci pour ce compte rendu, fatizo...


                    Belle soirée....

                    • Pale Rider Pale Rider 12 février 2013 18:11

                      Je suis allé le voir en VO. ça confirme votre analyse. Superbe. Daniel Day-Lewis est franchement admirable. Le plus étonnant, c’est qu’il y a peu d’action, pas de grand spectacle, et qu’on est tenu en haleine jusqu’au bout.

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