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Je ne veux pas que l’on m’aime mais je veux quand même : hommage à Serge Gainsbourg

Contrairement au Japon ou aux pays anglo-saxons où Serge Gainsbourg est considéré comme un chanteur culte, la France l’a souvent critiqué voire renié tant il a défrayé la chronique au cours des années 80. Gainsbarre avait supplanté Gainsbourg ; ce génial et fin créateur de cette langoureuse « Javanaise » qui fait désormais partie de notre imaginaire collectif si précieux. Pourtant Serge Gainsbourg reste un monument irremplaçable de la chanson française, un fameux parolier pétri de culture et s’inspirant des plus grands auteurs de la littérature française classique et contemporaine dans la conception de ses textes. Lucien Ginsburg, de son vrai nom, ne peut donc décidément pas être simplement réduit à l’image de Gainsbarre. En ce sens, il est grand temps de redécouvrir ce grand et talentueux artiste afin de lui donner sa véritable envergure.

Aux yeux de l’opinion publique, Serge Gainsbourg est souvent perçu comme un individu éminemment provocateur, grossier voire dans certains cas particulièrement abject et vulgaire, cherchant souvent à choquer volontairement. Ses frasques télévisées ont d’ailleurs fait plus fréquemment les choux gras de la presse et des médias que ses chansons, pourtant bien moins diaboliques et subversives au cours des années 80, si nous les comparons à d’autres titres comme « Les sucettes » ou « L’eau à la bouche »… Dans tous les cas, le personnage subjugue ou agace les foules mais ne laisse aucunement indifférent. A sa mort en 1991, le mythe Gainsbourg prend lentement forme.

Né le 2 avril 1928, Serge Gainsbourg est le fils de Joseph Ginsburg et Olia Bessman, tous deux musiciens russes qui ont fui les révolutions de 1917 pour se réfugier à Paris. Le père est pianiste, la mère mezzo-soprano. De part son éducation artistique parentale, il a toujours fait preuve d’un intérêt manifeste pour la peinture et adulé principalement les peintres post-impressionnistes. Sur insistance de son père, il suivit d’ailleurs des cours de peinture pour finalement s’inscrire vers 1942 aux Beaux-Arts. Toutefois son rejet des mathématiques l’incite à abandonner rapidement ce cursus. Néanmoins, cette passion le suivra et l’influencera tout au long de sa carrière, tout comme sa formation musicale et sa fascination pour les récits latins – notamment celui de la Guerre des Gaules de Jules César ou les poésies de Catulle.

A partir de 1958, il se lance dans la chanson et sort son premier disque : c’est Le poinçonneur des Lilas. Pianiste d’ambiance dans un cabaret parisien à la suite d’une piètre carrière dans la peinture, il y est découvert par le directeur artistique des lieux, Francis Claude. Très éloigné des chanteurs classiques de son époque comme Annie Cordy ou Dario Moreno, il parvient en effet à concevoir un univers sombre, désespéré, provocateur, imprégné d’un humour particulièrement noir et caustique qui plaît à souhait. Provocation : le mot est lâché et comme il l’affirmera en 1978 : « C’est mon moteur personnel et artistique, sans lequel je n’aurais pas de dynamisme. Pas de dynamite, échec et mat. » Son public est avant tout durant cette période très élitiste, très « rive gauche » et intellectuel. Il écrit pour Juliette Gréco, Catherine Sauvage ou Isabelle Aubret entre autres. Ses textes, en outre, respirent la verve et le cynisme décalés de Boris Vian, son modèle. Aussi, cette marque de fabrique lui permettra dans le monde de la chanson et du show-biz de s’assurer davantage de succès en qualité d’auteur et de compositeur. Ses véritables réussites d’interprète ne naîtront que plus tard durant les années 80.

Gainsbourg, c’est prioritairement un véritable visionnaire de son époque et un caméléon. Durant les années 60, l’Europe est envoûtée par l’Amérique, véritable temple de la société de consommation qui n’en est qu’à ses bégaiements sur le territoire métropolitain. A ce moment-là, il élabore alors un langage tout à fait inédit pour évoquer un monde en pleine mutation. Comics trip, Harley Davidson, Wonder Woman, Kleenex, ces mots en sont les archétypes. Aussi il reste, sur le plan musical, l’instigateur du reggae à la française à la fin des années 70 avec sa version insolite de la Marseillaise et le créateur de nouvelles rythmiques grâce à son sens inné de vulgarisateur, son flair inégalable des futures tendances en termes de styles musicaux, sans oublier ses inoubliables jeux de mots. Se désignant d’abord comme le dandy et poète maudit, il est dans le même temps un touche-à-tout éclectique surdoué, capable de pratiquer le jazz comme la chanson française classique, la pop anglaise comme le style yéyé, le rock comme le reggae. Ronsard 58, La chanson de Prévert, Melody Nelson, Black Trombone, Docteur Jekyll et Mister Hyde, Lemon inceste, Love on the Beat ou Sea, Sex and sun sont les morceaux les plus connus du grand public.

Mais sans les muses et les femmes qui ont marqué et jalonné sa vie, Gainsbourg ne serait pas le personnage que l’on connaît. Certaines d’entre elles ont d’ailleurs beaucoup contribué à sa notoriété publique. Michèle Arnaud, Brigitte Bardot, Pétula Clark, France Gall, Juliette Gréco, sans oublier Jane Birkin, toutes ont réussi à façonner et à transformer progressivement son art, à le renouveler et à lui donner cette fraîcheur, cette poésie et cette nouveauté détonantes tout en conservant cet esprit machiavélique et sulfureux. Son idylle avec B.B. lui vaudra quelques-uns de ses plus grands tubes comme Initials B.B, Bonnie and Clyde ou encore Je t’aime moi non plus, un titre repris par Jane Birkin en 1969 qui suscitera tapage et controverses. Nonobstant, Gainsbourg n’en reste pas moins misogyne et se moque délibérément des femmes. Et à son insu, avec « Poupée de cire, poupée de son » et « Les sucettes », France Gall paiera pour l’ensemble de la gente féminine.

Courant des années 70, Serge Gainsbourg aborde ses années people. Il démarre une nouvelle histoire d’amour avec Jane Birkin, actrice anglaise, et développe une nouvelle métamorphose artistique. De leur union naîtra une fille : Charlotte. Mais dans le même temps, le personnage Gainsbarre se met en place. De nouveaux titres sont diffusés comme Rock around the Bunker en 1975 ou Baby alone in Babylone, L’homme à la tête de chou, Variations sur Marilou. Ces derniers subiront néanmoins un flop commercial plus ou moins cruel. Aussi, ses inépuisables excès en tabac, alcool et paroles choquantes conduiront petit à petit son couple à un échec douloureux et retentissant.

Quant aux années 80, elles correspondent au lancement de nouveaux artistes et lolitas en herbe comme Isabelle Adjani avec le titre Pull marine ou encore Vanessa Paradis. Il rencontrera Bambou, une nouvelle égérie et composera pour elle un album : Made in China en 1989. Ils se marièrent et eurent un fils prénommé Lulu. En outre, années 80 pour Gainsbourg riment également avec fredaines et scandales divers ou maladies. Son état de santé se dégrade lentement. Son noctambulisme, sa décrépitude physique, ses beuveries entraîneront en effet moult alertes cardiaques et interventions chirurgicales multiples. Nul ne pourra oublier cet individu, limite moitié schizophrène, tantôt Docteur Jekyll ou Mister Hyde mais qui sait rester attachant malgré tout. Le cinquième infarctus le conduira cette fois-ci tout droit au tombeau en 1991. Il sera inhumé au Cimetière Montparnasse.

Aujourd’hui, nombreux sont les chanteurs fortement influencés par l’œuvre de cet artiste aux multiples facettes. On peut citer par exemple MC Solaar, Placebo ou encore Massive Attack. Gainsbourg restera toujours un personnage à part, complexe, charismatique et riche en terme de personnalité malgré son physique ingrat dont il se moquait volontiers. Profondément complexé par son apparence et terriblement timide et réservé, il réussira malgré tout, et ce grâce à son intelligence très fine, à transformer ses faiblesses en de redoutables armes au point de séduire les plus belles femmes du monde. Son côté provoc’ ne servait finalement qu’à masquer une intense noirceur voire une révolte face à la pensée unique, face aux préjugés et a priori véhiculés par la société bourgeoise bien-pensante avec l’intention de conquérir davantage un public jeune avide de rébellion. Un jour affirmait-il : « J’ai tout réussi sauf ma vie ! » Pourtant comme le souligne Charles Baudelaire, "l’artiste n’est artiste qu’à la condition d’être double et de n’ignorer aucun phénomène de sa double nature."

S.W.
 

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4 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 29 mars 2010 12:42

    Merci de bien vouloir citer vos sources pour le titre :
    « Je veux pas qu’on m’aime, mais je veux quand méme » est issu d’une chanson de Bashung (parole de Boris Bergman), intitulée « Martine boude ».


    • SANDRO FERRETTI SANDRO 29 mars 2010 13:40

      Autant pour moi : c’est bien extrait de « Martine boude » de Bashung ( album « Play Blessures »), mais le texte est co-écrit par Gainbourg, comme le reste de cet album.
      Vous n’aviez qu’à 50 % tort...


    • Yohan Yohan 29 mars 2010 14:59

      Un provocateur mais au coeur tendre. Un beau gars, au fond, jamais compris les gens qui ne le trouvaient pas beau. Entre lui et pleins d’autres bellâtres insignifiants, y’a pas photo...


      • Voris 29 mars 2010 15:52

        Tiens ! Essayez donc de prononcer plusieurs fois de suite « suis-je chez ce cher Serge ? »
        Les autres : « aux abris, gare aux postillons ! »

        Mais à quoi sers-je si à Cergy-Pontoise,
        Le Serge en chef me cherche des noises ?

        Esprit de Serge es-tu là ? C’est pour un duel au calembour « sous le soleil exactement ».

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Sandra WAGNER

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