Hommage à l’un de mes écrivains préférés : « Assumer le plus possible d’humanité, voilà la bonne formule ! » (André Gide).
Ce 19 février 2011 est célébré le soixantième anniversaire de la disparition d’André Gide, né le 22 novembre 1869 et Prix Nobel de Littérature 1947, un prix qu’il accepte malgré ses préventions contre les institutions et son refus de devenir académicien.
Avec Albert Camus, Prix Nobel de Littérature 1957, et Voltaire, André Gide fait partie de mon petit Panthéon personnel de la littérature française. Comme Camus, je ne l’ai "connu" que sur le tard, c’est-à-dire hors période scolaire, et c’est sans doute ce qui est le plus adéquat pour "rencontrer" pleinement un écrivain, en toute liberté.
Cela n’intéressera pas grand monde mais je vais quand même raconter comment je suis arrivé à sa "rencontre". Je discutais dans un des cafés de la belle place Stanislas à Nancy à une heure très tardive de la soirée. Il devait être une ou deux heures du matin, un jour de la semaine, dans les années 1990. C’était en conclusion de réunions et nous nous détendions un peu avant de nous séparer et d’aller nous coucher.
Parmi les convives, la personne qui "tenait le mieux la route", la plus éveillée, la moins fatiguée, c’était la doyenne d’âge du petit groupe. Avocate et ancienne bâtonnière à Nancy, elle s’était d’abord illustrée par son courage dans son engagement pendant la Résistance, alors jeune étudiante en droit.
Donc, très en forme, cette dame exceptionnelle, pour me "réveiller", me cita une phrase d’André Gide tirée des fameuses "Nourritures Terrestres" (1897) : « Il y a d’admirables préparatifs au sommeil ; il y a d’admirables réveils ; mais il n’y a pas d’admirables sommeils, et je n’aime le rêve que tant que je le crois réalité. Car le plus beau sommeil ne vaut pas le moment où l’on se réveille. ».
Il me semble qu’elle avait aussi cité une autre phrase pleine de ferveur et d’enthousiasme qui m’a également plu, si bien que le lendemain, je suis allé acheter ce petit ouvrage que j’ai lu quasiment d’une traite.
J’ai ensuite acheté les principales œuvres d’André Gide (celles citées plus loin) qui, bien que très contrastées (romans, pièces de théâtre, récits, essais…) ont été pour moi des saveurs inégalables.
Paradoxalement, j’ai eu la chance de ne pas avoir étudié en milieu scolaire cet "auteur". Mon détour avec lui fut donc plus tardif mais plus intense et surtout, plus enthousiaste, dans le sens étymologiquement divin du terme : « Ne souhaite pas, Nathanaël, trouver Dieu ailleurs que partout ! ».
Eh oui, Dieu est bel et bien présent dans beaucoup des œuvres d’André Gide, timide, introverti, peu sûr de lui, issu d’une famille bourgeoise protestante très puritaine du XIXe siècle et très oppressante.
André Gide est un bloc, un peu comme la Révolution française : on accepte tout ou rien. J’accepte donc tout.
Son existence est souvent sulfureuse, son homosexualité assumée est allée jusqu’aux jeunes gens qu’il a rencontrés sur les plages algériennes. Son essai "Corydon" (1924) essayant de justifier maladroitement l’homosexualité par sa pratique naturelle parmi les animaux a eu, à mon avis, un effet contreproductif dans une époque très choquée par ces "mœurs innommables" (il a mis plus d’une dizaine d’années avant de publier l’essai). Cela lui valut la rupture définitive avec son ami catholique Paul Claudel.
Son engagement politique un peu foireux qui, de pensée progressiste et humaniste, anticolonialiste, en a fait un communiste fervent jusqu’à en connaître la réalité humaine : son militantisme communiste l’a rendu pestiféré auprès des personnalités conservatrices, mais la publication de son "Retour de l’URSS" (1936), où il décrivait l’horreur de la dictature communiste, l’a également fait rejeter des personnalités dites de gauche.
Il répliqua en juin 1937 à ceux qui lui reprochaient ses désillusions : « Du haut en bas de l’échelle sociale reformée, les mieux notés sont les plus serviles, les plus lâches, les plus inclinés, les plus vils. Tous ceux dont le front se redresse sont fauchés ou déportés l’un après l’autre. Peut-être l’armée rouge reste-t-elle un peu à l’abri ? Espérons-le ; car bientôt, de cet héroïque et admirable peuple qui méritait si bien notre amour, il ne restera plus que des bourreaux, des profiteurs et des victimes. ».
Car l’un des traits marquants d’André Gide, c’est sa curiosité et sa foi en la vie. Cela l’a conduit à faire beaucoup de voyages dont les récits sont des bonheurs de lecture.
André Gide a réussi à adopter un style narratif particulièrement novateur dans ses romans, en prenant plusieurs perspectives, très différentes les unes des autres, avec des histoires à tiroirs qui ressemblent un peu aux poupées russes.
Les deux romans les plus connus (et étudiés à l’école) sont "Les Caves du Vatican" (1914) et "Les Faux-monnayeurs" (1925). Cela a beaucoup dérouté mais paraît étrangement comparable au modèle actuel de site Internet aux liens multiples, séquentiels ou parallèles. Pour ses romans, Gide avait l’habitude de collectionner quelques faits divers comme matière première à son imagination qu’il a pu réintroduire dans ses histoires.
En novembre 1908, aux côtés de Gaston Gallimard et Jean Schlumberger (entre autres), André Gide a supervisé la fondation de "La Nouvelle Revue française" dont le premier numéro est paru le 1er février 1909, et qui a découvert de nouveaux talents, comme Jean-Paul Sartre et André Malraux. Elle paraît toujours en 2011.
Parmi les récits un peu particuliers, Gide a écrit "Paludes" (1895) en parallèle avec "Les Nourritures terrestres" (1897) qui est un recueil d’allégorie au divin, presque. Une philosophie personnelle, panthéisée même, hédoniste, qui hésite entre un optimisme religieux et un amoralisme épicurien, et qui rend ce récit poétique.
Gide a publié ensuite un récit appelé "L’Immoraliste" (1902) dont a dû s’inspirer Albert Camus pour "La Chute", dans un contexte de confidence très longue.

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