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Jean-François Kahn ne perd pas sa verve

Habitué du Festival du livre de Mouans-Sartoux, Jean-François Kahn, 74 ans, était présent ce matin à l’espace café littéraire. Depuis l’affaire DSK et son « troussage de domestique », le fondateur de Marianne n’écrit plus que des livres. Malgré son absence au débat d’hier « Où allons-nous si vite ? » et la rumeur de son départ, Jean-François Kahn était là pour répondre à nos interrogations sur sa vision du journalisme.

Lorsque vous fondez Marianne en 1998, vous affirmez que le journal n’est ni de droite, ni de gauche, mais révolutionnaire. On pense évidemment aux « unes » assez racoleuses et à l’anti-sarkozysme primaire. Depuis quelques années, vous vous êtes retiré de sa direction, mais qu’en est-il vraiment ?

Aujourd’hui, je pense que Marianne est un journal de gauche. Il est de gauche mais il n’est plus révolutionnaire. Pour revenir aux « unes », même si cela fait longtemps que je ne m’en occupe plus, si vous me trouvez un directeur de journal qui fait une première page pour ne pas vendre, vous me le présenterez, je serai ravi de le rencontrer. Toutefois lorsque j’étais à la tête du journal, Marianne était le seul qui refusait de titrer sur l’immobilier, le salaire des cadres ou le mal de dos. Ça ce sont des titres pour faire vendre. Je mettais en valeur ce que l’on voulait dire, ce qui était important de traiter, ce qui est  de notre devoir de transmettre. Mais depuis que je ne suis plus là, il y a des couvertures avec lesquelles je suis en désaccord.

N’y a-t-il pas un problème de déontologie lorsque les journalistes se font leur propre publicité ? Par exemple pour le livre Sarko off (éd. Fayard) écrit par Maurice Safzran et Nicolas Domenach, Marianne lui consacre un plein bandeau.

Je suis d’accord, mais d’un autre côté quand Jean Daniel publie un livre, il a toujours quatre ou cinq critiques enthousiastes dans Le Nouvel Observateur. A l’inverse, lors de la parution de mon livre sur Sarkozy, Petit César comment a-t-on pu accepter cela ? (éd. Fayard), les cinq critiques de Marianne étaient toutes négatives. C’est quand même unique pour un hebdomadaire que j’ai fondé. D’autant plus que j’étais encore leur collègue.

En ce qui concerne Internet, que pensez –vous de la déclinaison web des différents journaux ?

Pour moi, c’est de la folie de mettre exactement la même chose sur Internet et dans la version papier. Pourquoi vouloir acheter quelque chose que l’on peut avoir gratuitement ? Il faut faire comme Marianne2 où l’on propose un contenu différent de la version papier.

Et pour les journaux gratuits alors ?

De toute façon, les gratuits sont une honte. S’ils ne sont pas payants c’est parce que la publicité les finance. En quelque sorte, ils obéissent aux annonceurs, ils sont aux ordres du capitalisme.

Les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter ne risquent-ils pas d’informer trop vite et de nuire à la qualité de l’information ?

Prenons l’exemple de Twitter : entre le tweet d’un ami qui nous annonce qu’il a mangé une pomme délicieuse, celui d’un autre qui a les oreillons et la mort de Ben Laden, comment s’y retrouver ? Les nouvelles technologies ne condamnent pas le travail des journalistes, au contraire, elles le rendent bien plus nécessaire.  Les citoyens ont besoin de hiérarchie pour s’y retrouver. Il faut du sens !

Il y a quelques années, vous lanciez le concept de la « Pensée unique des journalistes ». Avec le recul que vous avez en ayant quitté la profession, maintenez-vous ces propos ?

Quand j’ai inventé ce concept, c’était polémique. En vérité il n’y a pas de pensée unique, on le voit bien dans les librairies. C’était plutôt une façon provocatrice de mettre en garde contre l’unification de la pensée médiatique. Regardez le plan de sauvetage de la Grèce il y a un an et demi. C’était quand même la plus grande catastrophe et la plus grande erreur qu’on ait faite depuis la guerre d’Irak. Et tout le monde, tous les journalistes étaient pour. Alors si ce n’est pas la pensée unique, qu’est-ce que c’est ?

 

Ecrit en collaboration avec Valentin Prélat.

par Quentin Pichon (son site) mardi 11 octobre 2011 - 5 réactions
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  • Par goc (xxx.xxx.xxx.14) 11 octobre 2011 13:02
    goc

    Le problème du journalisme n’est pas celui d’internet, mais plus simplement celui de l’alignement systématique au pouvoir, de toute la presse papier.

    Si internet a prit une telle ampleur c’est uniquement parce que les journalistes ont perdu toute crédibilité et parce qu’internet est devenu la seule source d’informations fiables.

    Et si ces informations fiables sont parfois noyées dans un lot de mensonges et de buzz inutiles, les internautes ont été obligés d’apprendre à faire le tri et grâce à cela, ont acquit un "savoir-lire" qui justement nuit le plus à la presse inféodée dont l’unique fantasme serait de faire gober n’importe quoi à des lecteurs soumis et contrôlables.

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