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Jean Robert Cadet, ce héros inconnu en France

Jean-Robert Cadet est un ancien enfant esclave en Haïti devenu professeur aux Etats-Unis et un représentant estimé de la cause des restavek. Après avoir connu le pire, il a fait de sa vie un combat. Rencontre avec ce héros méconnu des Français.

Nous sommes à Grenoble, dans l’auditorium de l’école de commerce de GEM, pour une conférence organisée par la tribune politique de l’école : l’association Gem En Débat.

Après avoir été brièvement présenté, Jean-Robert Cadet entre sous les applaudissements de l’assistance.

Plus habitué à l’ONU et aux tribunes plus prestigieuses des universités de Yale ou de Harvard, ses premières phrases illustrent l’extrême modestie de cet homme venu nous raconter sa lutte et son histoire : « Je suis très honoré de faire cette première conférence en France ».

Non monsieur Cadet, c’est nous qui sommes honorés de vous accueillir aujourd’hui.

 

Une enfance volée.

Jean-Robert Cadet, c’est l’histoire d’un homme à la destinée incroyable. Né dans une famille Haïtienne, il devient enfant esclave (on parle de « restavek » en Haïti) à la mort de sa mère. S’en suivront une succession d’années douloureuses rythmée par des brimades, des violences psychologiques mais aussi physiques. Une enfance sans école, sans jeux, sans tendresse ni amour. Jean-Robert Cadet nous fait revivre avec une voix douce le terrible quotidien de ses enfants dont tous les droits, même celui de parler librement, ont été ôtés.

Une petite fille Restavek porte un bidon d'eau sur sa tête, pendant que la fillette de la famille va à l'école.

Dans son discours, pas de misérabilisme, pas de ton plaintif. Rien que la vérité nue, crue. Même lorsque qu’il aborde des sujets aussi sensibles que la maltraitance physique ou sexuelle que les restavek subissent et dont il a lui-même été victime, il reste neutre : « J’étais battu », ni plus, ni moins. Il donne ainsi toute sa réalité à l’horreur, en lui ôtant son spectaculaire et en insistant sur son ordinaire. Car les restavek sont une réalité. Une réalité, nous dit-il, qui était méconnue de l’ONU avant son premier témoignage, et dont il est l’unique représentant connu dans le monde. C’est selon M.Cadet, « le vestige de l’esclavage colonial en Haïti » qui perdure à cause du manque de sensibilisation de la société Haïtienne à ce problème. Dans de nombreuses familles ,le restavek s’occupe des tâches domestiques mais surtout de(s) enfant(s) de la famille, alors qu’ils sont parfois plus jeunes et en mauvaise santé, ils doivent les amener à l’école, parfois même les porter sur leur dos. S’ils refusent ou n’y arrivent pas, c’est la sanction, dans l’indifférence totale « j’étais restavek, j’étais comme invisible ». Comme il le souligne dans son témoignage, les restavek ne sont pas conscients de leur situation « Je pensais que [elle] était normale car nous étions beaucoup à vivre dans les mêmes conditions ».

 

La liberté retrouvée

Adolescent, Jean-Robert, « Bobby » ou encore « Bob », va connaître les Etats-Unis, puis l’école, pour la première fois. A quinze ans, et alors qu’il ne parle pas anglais, sa famille le met à la porte. Tout aurait pu s’arrêter là, son histoire aurait pu rejoindre celles de beaucoup d’autres, laissés au banc de la société. Mais c’était sans compter l’extraordinaire volonté de ce jeune homme, qui en trois ans va rattraper l’intégralité de son retard scolaire et s’en sortir avec les honneurs ! Il entre ensuite à l’université, obtient avec brio ses diplômes (qu’il nous dira plus tard avoir « déposé sur la table » de son ancienne famille « pour leur montrer que je n’étais pas rien. »). Puis sa carrière commence, armée, services secrets, il acquiert la double nationalité américaine et fonde une famille.

 

Le combat commence

Pendant des années, il ne parle à personne de son passé, par honte, par pudeur. Mais le jour du sixième anniversaire de son fils, lorsque ce dernier lui demande où sont ses grands-parents, tout change. Ce qui était à l’origine une lettre à son fils va devenir « Restavek », son premier livre, et signer le début de son combat.

 

« Restavek » fait l’effet d’une bombe en Haïti, « Quand les Haïtiens ont entendu parler de mon livre, j'ai reçu beaucoup de menaces. Il ne fallait pas exposer cette face d'Haïti » nous dit-il. Il est rapidement convoqué à l’ONU pour témoigner de ce problème, enchaîne les conférences, et crée la « Restavek Freedom Foundation » qui a pour objectif la lutte pour la protection des enfants Haïtiens et la sensibilisation directe au problème des restavek en Haïti. Ses travaux et son combat ont été reconnus internationalement et salués par de nombreuses personnalités politiques parmi lesquelles on trouve l’ancien président des Etats-Unis Bill Clinton, entre autres.

Plusieurs années après, Jean-Robert Cadet est de nouveau bien accueilli en Haïti et continue son combat, notamment par la diffusion dans les écoles et sur les radios Haïtiennes d’une chanson sensibilisant au problème des restavek, car, comme il le répète « pour résoudre ce problème de l'esclavage, il faut changer les mentalités », et qui mieux que lui peut incarner ce changement ? L’Unicef estime aujourd’hui à 300 000 le nombre d’enfants-esclaves en Haïti, et « le monde ne peut plus ignorer ce problème, il est celui de tous, le vôtre aussi » nous répète Jean-Robert Cadet. Mais changer les mœurs de tout un peuple n’est pas affaire facile et il fallait pour cela une personnalité aussi forte que lui, un homme qui soit prêt à donner tout à son pays d’origine, un homme qui n’oublie pas d’où il vient.

En une heure trente, celui qui était pour nous un inconnu ne l’est plus vraiment. En une heure trente, Jean-Robert Cadet nous a donné une fabuleuse leçon de courage, d’humanité, de vie. C’est un homme rare, un de ceux que l’on voudrait croiser plus souvent sur son chemin, un exemple à suivre.

                                                                        

 Manon Thore.

 

Le site de la fondation : http://www.restavekfreedom.org/

La page Facebook de Jean-Robert Cadet : https://www.facebook.com/jeanrobert.cadet.10

 


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1 réactions à cet article    


  • miha 12 mars 2014 18:33

    Merci pour cet article.

    J’ai eu la chance de rencontrer Jean à plusieurs reprises (il était moins occupé et moins connu qu’actuellement) et, vous avez raison, c’est un homme exceptionnel et d’une intelligence rare.

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