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« Joe », le Sud sauvage

Liés. Par une griffe artistique comme par un cursus universitaire. David Gordon Green et Jeff Nichols n’ont pas seulement en commun d’avoir fréquenté les mêmes salles de classe ; tous deux cultivent un penchant affirmé pour les drames sudistes à l’accent poisseux. Au pénétrant Mud succède ainsi un Joe abrupt, sauvage, à mille lieues des parvis célestes. Deux écrins poussiéreux dont la filiation s’avère d’autant plus criante qu’ils partagent le très prometteur Tye Sheridan, figure juvénile présentement mortifiée, et teintée d’urgence.

Dans l’asphyxiant Joe, une caméra mobile piste Gary, un adolescent en état d’errance, étoile écornée en proie à la violence d’un père agonisant. Alors que plane sur lui une menace abstraite, en mouvement permanent, ce fils maudit va se repaître d’une rencontre formatrice. Le ténébreux et repenti Joe Ransom ne l’embauche pas seulement ; il lui offre surtout une main protectrice et une épaule réconfortante. Tout ce dont son géniteur se montre incapable. En voie de rédemption, l’ancien taulard tient lieu de contrepoids. Il nappe le récit d’un léger voile d’humanité. Comme un vent d’espoir soufflant sur les terres arides de la désillusion.

 

La fureur de vivre

Échafaudé par le même Gordon Green, le poignant L'Autre rive préfigurait déjà Joe. Deux drames intimistes exposant à la malveillance une jeunesse fragile et abîmée. Deux épopées initiatrices sulfureuses, se cristallisant sous la forme d’une peinture généreusement vitriolée. Deux tragédies familiales refusant obstinément toute échappatoire.

Prenant pour cadre une petite ville paumée du Texas, Joe sonde une communauté désincarnée, mise à mal par les accès de fureur, l’alcoolisme, le désœuvrement, la perdition et les stigmates psychiques. Amer et crasseux, il pèse au trébuchet la thématique de la filiation et immortalise un perdant magnifique, interprété par un Nicolas Cage (enfin) convaincant. Sous ses faux airs de western déchu, le film porte en son sein une matrice sociale presque glaçante, interrogeant sans ambages l’abnégation et la capacité de résilience des hommes.

L’Amérique profonde filmée caméra à l’épaule. Des « rednecks » qui hantent l’écran. L’innocence réduite en une pluie de gravats. Une sexualité mécanique, dénuée de tout sentiment. Un concert de remontrances. David Gordon Green agite la dynamite sociétale comme un hochet. Après quelques comédies en demi-teinte (Baby-Sitter malgré luiVotre Majesté), le voilà réhabilité à la faveur d’un Joe venimeux, déserté par la sérénité. Un sursaut sudiste à la gravité appuyée. Imparfait, mais exaltant.

 

 

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