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L’agent orange ensorcelle le cerveau : merci Electric Orange et son volume 10 !

Electric Orange est l’une des nombreuses formations germaniques oeuvrant dans un genre musical inventé en Allemagne en 1970, le krautrock, ainsi baptisé suite à une plaisanterie d’un critique musical, le substantif kraut signifiant choucroute. Le krautrock est un genre assez plastique qui se décline dans d’innombrables styles, permettant aux musiciens de déployer une inventivité étonnante car contrairement à la pop musique, le krautrock n’a aucune contrainte stylistique si ce n’est celle de procurer à l’auditeur un plaisir inégalé en le perdant dans les méandres des synthétiseurs et autres mellotrons vintage si caractéristiques de cette époque des seventies. Et comme pour le prog, ce genre musical s’est un peu enlisé à la fin des seventies pour se décliner en expériences électroniques dans les eighties et enfin donner libre cours à l’épisode peu glorieux de la techno dans les années 1990.

Depuis une décennie, le krautrock revient sur la scène mais de la même manière que son homologue progressif, il n’occupe pas les médias de masse contrairement à ce qui se produisit pendant les seventies, époque de curiosité et d’enthousiasme pour les expériences musicales non standard. C’est donc de manière confidentielle que la scène krautrock compose et joue actuellement, notamment dans sa patrie d’origine qu’est la foisonnante métropole berlinoise. Ainsi que dans de nombreuses villes d’Allemagne. Electric Orange est basé à Aix-la-Chapelle. Il s’agit d’un quatuor avec deux têtes pensantes, Dirk Jan Müller aux synthétiseurs et Dirk Bittner à la guitare. Auxquels se sont joint un percussionniste et un bassiste qui joue également du violon. Ce sont en fait de vieux amis de 20 ans. Le dixième album vient de sortir, il est intitulé sobrement « volume 10 ».

La première écoute ne trompe pas. On se situe parfaitement dans le registre krautrock et l’on a quelque mal à imaginer que ce disque est sorti en 2014 tant l’esprit des seventies et présent. Le début est saisissant, avec une sorte de collage sonore exécuté sans mélodie, dans un registre free, à la manière des plus radicaux de la scène germanique que furent Cluster ou Annexus Quam. C’est assez strident et légèrement inquiétant, de quoi mettre dans l’ambiance avant les pièces musicales suivantes. La fin du premier morceau est très étrange, avec des effusions sonores planantes. On dirait une sorte de collage avec des plages et des exécutions extraites de Tangerine Dream ou Agitation Free. Le second morceau est plus rythmé, évoquant cette fois le Ash Ra Tempel des débuts ou bien le Can période « Soon over babaluma ». Le troisième morceau est dans la même veine que le premier puis s’accélère pour devenir carrément envoûtant, avec une trame sonore qui est poussée à la fois par la section rythmique et les nappes successives de clavier. Les neurones semblent surfer sur une suite interminable de vagues sonores avec la guitare qui se déchaîne dans un style très seventies et bien sûr très free, sans économiser les distorsions conférant une sorte de d’esthétique sauvage à cette musique.

Le quatrième morceau sonne également de manière envoûtante et très seventies avec la présence imposante d’un orgue dont on cherche la provenance. Ce n’est ni un Hammond ni un Farfisa mais un Philicorda, instrument produit par la firme Philips à la fin des années 1960. A noter l’imposant sixième morceau de 20 minutes avec une batterie envoûtante exécutée façon Mason à la mode de saucerful et la guitare évoquant Gottsching ; ça déchire les tympans comme on dit. La panoplie d’instruments utilisés explique pourquoi ce volume 10 réalisé par Electric Orange s’avère d’une richesse sonore inégalée et je pense pouvoir dire que ce CD présenté par pochette cartonnée est un des disques indispensables 2015 (le CD est paru fin 2014), marquant le revival du krautrock. Electric Orange a égalé les anciens, se hissant pratiquement au niveau des inaccessibles Can. 80 minutes de musique sont offertes à l’écoute et l’oreille se régale avec cette musique qui plane à n’en plus finir et qui séduit avec les facéties sonores. Si ce disque sonne autant seventies, c’est parce que Müller affiche une prédilection pour les instruments de cette époque et pas seulement le philicordia. C’est un retour aux sources détonnant.

Ce disque est incontestablement une pièce maîtresse du krautrock qui sonne parfois sombre et qui, en réalisation sonore et en technique d’enregistrement, surpasse ce qui s’est fait dans les seventies, avec un équilibre parfait des instruments, et je devrais dire, un collage sonore très bien agencé. Il faut plusieurs écoutes pour apprécier les subtilités de ce disque. La critique ne s’y trompe pas et déjà les recensions accompagnées d’un 5/5 émergent sur les sites spécialisés. Certains n’hésitant pas à placer volume 10 parmi les meilleurs albums de krautrock toutes périodes confondues et je serai du même avis. L’héritage des seventies est assuré, autant en prog qu’en krautrock et c’est une bonne nouvelle pour notre époque.

entrevue avec D-.j. Müller

http://profil.jimdo.com/entrevue-avec-dirk-jan-m%C3%BCller-electric-orange/

vidéos ici

http://www.electric-orange.com/eo/index.htm


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1 réactions à cet article    


  • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 23 janvier 2015 08:11

    Je suis en train d’écouter... Pas mauvais du tout, en effet ! Et cela s’entend aussi bien avec une culture musicale permettant de distinguer les références évoquées dans votre article que pour le simple plaisir avec une oreille ouverte et naïve. Merci pour cette découverte que je vais explorer un peu. 

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