Je suis en train de terminer ce recueil d’une dizaine de chroniques sur l’Amérique principalement des années 60 au début des années 90 bien plus intéressants que les souvenirs de jeunesse et de coucheries d’autres auteurs.
Je me demande comment il se fait que les écrivains anglo-saxons arrivent à être aussi fins et d’une telle acuité sur leur époque, sur ses illusions et ses faux-semblants quand un écrivain français contemporain ne sera souvent capable que de se répandre sur son nombril, sa taille, sa forme, son odeur ou son goût, ainsi Marie D. ou encore Anna G.. Quand un écrivain anglo-saxon écrit ce genre de livres, il est capable d’y insuffler du romanesque, même s’il ne s’agit que de « non-fiction ». Il aura moins de scrupules à utiliser le style du roman noir, du polar, ou du livre de genre en général, pour parler de leur monde, qui est le socle du notre, un monde déjà consumériste à l’excès, jusqu’à la boulimie et la nausée. A rebours de tout le reste de la société, l’auteure prend le temps de réfléchir, contempler, parfois admirer, railler et se moquer, mais sans haine ni violence. Elle ne fait que constater la petitesse des aspirations, la médiocrité des rêves, très matérialistes, l’absence de grandeur.
Joan Didion explore les marges des États-Unis, et ses figures emblématiques comme John Wayne voire celles que l’on craint mais qui fascinent comme Charles Manson et sa famille de tarés criminels, face sombre du mouvement hippie qui était surtout une mode au départ, si l’on excepte les « Diggers » de San Francisco qui avait de vrais points de vue, allant plus loin que « Peace and Love ». Elle traverse le pays dans sa Ford Gran torino, autre symbole de l’« americana » des années prospères, des grandes déclarations de principes qui ne mènent pas à grand-chose ; Kennedy reste la grande figure inattaquable, un président qui ressemblait à un personnage d’Hollywood, qui avait l’air tellement généreux, alors que déjà ce n’était que de la communication, ce qui transforme ce livre en « road-movie », et annonce les années de plomb, les années 70, beaucoup plus pessimistes. Elle choisit d’écrire dans un style dense et sec, mais l’on perçoit derrière les lignes toute la sensibilité et toute la passion dont elle semble capable, sa sensibilité à un monde qui rejette le vrai ou le beau pour ne retenir que les apparences : il n’y a pas besoin d’être vraiment hippie pour que les autres le croient, il n’y a pas besoin de vouloir réellement changer le monde, il suffit de donner le change en maintenant les apparences encore une fois.
Elle rencontre John Wayne au summum de sa gloire, persuadé qu’il a vaincu le grand C (le Cancer) contracté sur le tournage de « Gengis Kahn » filmé sur un site mal désaffecté d’essais nucléaires. Il est un peu comme le cow-boy Marlboro, une icône immédiatement identifiable, il rappelle les grands espaces, ce nouveau monde complètement vierge qui ne l’est plus depuis longtemps à la fin des années soixante, idéal que tout américain conserve au fond de son âme, avec l’esprit de la « Frontière », des pionniers en chariots. Elle monte sur les collines de Burbanks rencontrer les privilégiés du miroir aux alouettes, dont certains finiront mal, minés par l’autodestruction, comme Robert Evans, flamboyant et narcissique loser hollywoodien ; Tous terrorisés par le meurtre de Sharon Tate qui clôt dans le sang ce que l’on croyait être l’été de l’Amour universel, c’est la fin de l’utopie qui se termine dans un bain de sang. Avant l’assassinat de la jeune épouse de Roman Polanski, il était « hype » de laisser entrer des « freaks » comme Manson et ses enfants dégénérés, ou encore d’autres hippies, après les riches ont bâti des barrières un peu plus hautes, électrifiées, surveillées par vidéo, pour maintenir coûte que coûte le joli paravent laissant l’illusion d’un paradis résidentiel dans le vent. Joan Didion décrit ensuite les refuges des naufragés de luxe des « sixties », perdus au Maroc, vers Tanger ou ailleurs, passant leurs journées au bord de plages privées, faisant mine de penser à un livre qu’ils n’écriront jamais, singeant les autochtones, avides de retrouver une authenticité et une vérité perdue qu’ils sont bien incapables d’identifier quand ils la trouvent cependant.
Photos : Joan Didion, en haut, Sharon Tate, en bas

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Vous avez lu le livre mon petit chéri ? Vous avez du mouvement hippie une idée, comment dire ? (...)
06/11 16:46 - Amaury WatremezTrès jolie photo de Sharon Tate ! ;-) H /
06/11 15:20 - hunterJohn Wayne en souvenir, c’était l’éternel défenseur de la veuve et de (...)
06/11 15:12 - Viktor"Je suis en train de terminer ce recueil d’une dizaine de chroniques sur l’Amérique (...)
06/11 13:01 - morice
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