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L’Amour à Soho : Irina Palm

Comme le dit le dicton, l’amour est aveugle ; il frappe là où on ne l’attend pas. Il ignore les différences d’âge, de statut et autres règles de bienséance qu’un certain ordre des choses voudrait nous imposer. Dans la série des conjonctions improbables, quoi de commun, direz-vous, entre une grand-mère de famille, veuve quinquagénaire en voie de fossilisation, et un immigré tenancier de peep show ?
"Irina Palm" est l’histoire de cette improbable étincelle qui, à travers moult méandres et accidents, va lier les destins de ces personnages que rien n’aurait dû faire se rencontrer.
Maggie (Marianne Faithfull, qui tient ici le premier rôle), veuve à la cinquantaine bien sonnée, s’achemine à travers une retraite paisible dans une petite ville de la banlieue de Londres vers une fin solitaire, et somme toute dans la logique d’une existence effacée, lorsque son petit-fils tombe gravement malade. Seule façon de le sauver : un traitement disponible uniquement en Australie. Mais comment se rendre là-bas, quand on n’a pas d’argent, et aucune qualification susceptible de vous en procurer ?
C’est à la recherche de cet argent qu’elle découvrira « sa » véritable vocation, plutôt originale pour une femme d’un milieu si tranquille - masturbatrice dans un peep show de Soho-, et qu’elle rencontrera son patron Mikki (Miki Manojlovic), un homme qui avait appris à mettre ses émotions de côté pour diriger cet établissement interlope.
Petit bijou romantique que ce film belgo-britannique réalisé par Sam Gabarski. Outre la trame classique pour un film de ce style, qui met en présence deux héros aussi différents que possible, nous avons droit à une description sans fard des coulisses du monde des strip shows et autres clubs de Londres, avec ses lois dérivées d’un capitalisme pur et dur, ses moments de rire et de désespoir, et les regards et les jugements qu’il provoque. Gabarski dépeint avec talent les différents points de vue des acteurs sociaux sur ce milieu, avec leurs préjugés et leurs réalités respectifs : saintes-nitouches hors système, clients, employés (« travailleurs du sexe »), famille, patrons, tous sont croqués avec finesse et pertinence. Pas de parti pris moral, ni de dérive vers un voyeurisme complaisant, juste une description des relations qu’ils entretiennent, avec un humour toujours présent, né du décalage entre le milieu d’origine d’Irina et ce monde semi-obscur.
Au final c’est une peinture en demi-teinte d’un univers où l’argent et l’efficacité tiennent le haut du pavé dans les priorités de tous, une sorte de Far West à la fois moderne et éternel, trouble et parsemé d’abîmes, dans lequel la fortune peut, malgré tout, sourire aux chanceux ; un gisement encore trop peu exploité par le cinéma européen ?

par Emmanuel DDL (son site) lundi 18 juin 2007 - 0 réaction
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