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L’Art Contemporain se veut total et sacré, Aude de Kerros (1) refuse d’être aux ordres

L’arnaque, l’usurpation, le foutage de gueule sont les qualificatifs désormais réservés aux derniers endroits réactionnaires que sont les comptoirs des cafés pour qualifier l’Art Contemporain (AC). Les malheureux ne savent pas à quel point ils ont raison, ne savent pas à quel point l’art conceptuel est allé au-delà de l’imagination en perversion. Après "l’Art caché" (2), Aude de Kerros reprend l’écrit pour résister et entrer en dissidence vis-à-vis de l'AC avec son nouvel opus intitulé "Sacré Art contemporain."(3) Elle révèle, exemples à la clé, le fonctionnement totalitaire de l’Art Contemporain grâce au travail de commissaires d’expositions, d’inspecteurs et tant d’autres fonctions aux évocations bolchéviques du ministère de la culture et de ses ramifications. Elle révèle aussi comment, avec la complicité et la collaboration d’évêques français, l'AC opère l’alchimie postmoderne de sacraliser la tourbe. Il est tout à fait légitime et logique qu’après avoir opéré par un détournement du langage, et dans la grande tradition Duchampienne, la transsubstantiation d’un objet vil en art, l’AC veuille acquérir ses lettres de noblesse en incarnant un sacré, un sacré sans Dieu bien sûr. L’année 2011 a été l’occasion de querelles qui rappellent les guerres de l’AC aux USA il y a dix ans  : Golgotha picnic, la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu, Piss Christ. Le livre d’Aude de Kerros arrive donc à point pour encourager tous ceux qui veulent entrer en dissidence.

L’incontournable art Sub-Sub

Une Vierge formée avec des étrons, un strip-tease sur un autel, un crucifix noyé dans l’urine, un Christ en piéta assis sur une chaise électrique à la cathédrale de Gap, une machine à baptiser réalisée dans une église en Vendée laissant couler un liquide blanchâtre et plastifiant, le sperme de Dieu, des multiples réalisations nihilistes ou carrément satanistes, des vitraux aux symboles de la communauté gay et enfin Jean de Loisy qui clame en conférence de carême à Notre Dame de Paris en 2008 : la bite est sacrée, le trou du cul est sacré ! Bref, il suffit d’un condensé de porno-choc, de scato-chic, de catho-maso pour former l’art Sub-Sub, subventionné subversif et définitivement le sacraliser. « La transgression est devenue un service public, un monopole de l’Etat » (4) souligne dès le début de son livre Aude de Kerros. Le scandale ne réside pas dans la subversion mais dans la subvention. Aude de Kerros nous rappelle que la subversion a toujours existé sans poser soucis. Le véritable scandale est son officialisation par la commande publique.

Le deuxième scandale est, par-dessus l’officialisation, la sacralisation de l’art conceptuel par la commande publique avec la collaboration de l’Eglise de France. Car en France, l’Etat est un label, il donne le ton et les fondations privées, les collectionneurs, etc. suivent comme un seul homme. En investissant les églises, Aude de Kerros explique que l'AC se drape de la légitimité historique et d’une ambiance de transcendance. C’est essentiel puisque « la légitimité de l’AC n’est que financière et repose essentiellement sur la foi elle aussi, tout comme la monnaie est fiduciaire. » (5) Pour la première fois de l’histoire de France, il y a donc un art sacré d’Etat, les commissaires, car les totalitaires n’ont pas peur des fonctions, imposent aux évêques.

Le troisième et dernier scandale révélé par le livre est le monopole de la commande publique détenu par l'AC. Il n’y a pas de place pour tous les artistes d’aujourd’hui. Tous ceux qui travaillent de leurs mains pour faire du beau feraient bien de circuler pour s’orienter vers les salons des arts créatifs. Seuls ceux qui manipulent les concepts sont autorisés à gagner leur vie pour les fonctionnaires de l’art qui agissent et décident seuls.

« Ce que tu vois est de la merde, mais rassure-toi, il y a une pensée derrière. » (6)

Aude de Kerros, à travers les multiples exemples qu’elle livre dans son livre, nous fait comprendre comment l’artiste contemporain échappe systématiquement au jugement, esquive toutes responsabilités. Ses stratégies sont diverses. Il y a d’abord le cache-cache. L’auteur parsème des retables ou statues de vierges en plâtre de petits cœurs, de petites croix et XXX. Les initiés reconnaissent des anus, deux pénis croisés et le symbole des morts du sida. Les clercs n'y voient que des motifs décoratifs. Les militants gays sont contents de leur coup.

La deuxième va légèrement plus loin et procède du "farces et attrapes". Le regardeur (7) doit être absolument bousculé, questionné, choqué. Le bourgeois ne sera plus jamais tranquille, il sera assailli de blagues et contraint à la réflexion permanente. Exemple donné par l'auteur : 2001, Maine et Loire, en l’église Saint-Georges des gardes, posée à côté de la chasse du saint guérisseur, une autre chasse remplie de boîtes de médicaments. L’œuvre s’appelle : le miracle des antibiotiques. Ce n’est pas méchant. Cette petite blague permet une démultiplication des questionnements et débouche sur la délivrance de messages, voire d'une morale comme notre temps l’aime.

La troisième stratégie convient aux artistes, dupes, légèrement niaiseux, piégés par leur propre dialectique. Il s’agit de la sincérité du jeu du hasard au palais des glaces. Très en vogue chez les artistes étatisés. L’œuvre, le concept ne se réalise que par le regardeur. L’effet miroir est immédiat. Si ce que vous voyez est choquant, c’est que la société elle-même est choquante. Les artistes ne font que montrer, les œuvres sont des épiphanies de ce monde (et de son Prince). Les artistes dénoncent et on les blâme, c’est le comble. C’est le cas de Piss Christ, les gens ne comprennent vraiment rien. L’œuvre peut aussi être montrée comme étant purement spontanée, le fruit du hasard, et c’est le regardeur qui y projette sa culpabilité. L’œuvre révèle le mal contenu dans le regardeur. Les artistes ayant cette stratégie sont capables de croire sincèrement aux raisonnements produits, aux dossiers de presse. L'essentiel est donné dans cette sentence : « L’œuvre produit une déception qui donne à penser » (8) Aude de Kerros nous livre ainsi un pot pourri de l'art contemporain qui aurait pu servir de source intarissable à Philippe Muray. Il faut bien en rire.

Et en plus l’Eglise aime ça

 
L’Art Contemporain est donc le rendez-vous de tous les blasphèmes. Il serait logique qu’il soit le prétexte d’une querelle entre l’Etat et l’Eglise. Et bien, Aude de Kerros nous montre que l’étude de l’histoire de l’Art Contemporain, et de sa quête du sacré, révèle une collaboration de l’Eglise par la voie d’évêques à son humiliation. L’Eglise se fait insulter, voit sa foi salie et elle aime ça. On trouve deux sortes de clercs. Il y a d'abord les militants de l'intérieur, les défenseurs du progrès par l'AC, autant dire des idéologues qui noyautent l'Eglise. Aude de Kerros nous rappelle le lancement en 1997 à Lourdes lors de l'assemblée plénière de tous les évêques de France d'un groupe "Arts, Culture et Foi". Gilbert Brownstone y servira de sherpa entre autres à Mgr Rouet et à l'abbé Pousseur pour expliquer l'essence de l'AC. Sur Piss Christ, l'abbé conclut que l'œuvre était "porteuse de lumière". (9) Quant à l'évêque, il encense l'AC qui, contrairement à l'art moderne, est "moral, utile socialement, humanitaire, fondé sur la transgression..." (10) Pour ceux là, rien à faire d'autre que prier pour leur conversion.

Comme chez les artistes, derrière ceux que l'on aimerait qualifier de mal intentionnés, se cache une armée de niaiseux qui suivent. Ils sont piégés par les raisonnements des premiers. Pour eux, la charité exige de choisir l’art contemporain. De la maltraitance du regardeur, doit naître le dialogue. Du pur sado-maso. L'ouverture des Bernardins en 2008 constitue pour Aude de Kerros l'aboutissement de la convergence entre christianisme moderne et art contemporain. Jean de Loisy, commissaire d'exposition, en charge du département art contemporain aux Bernardins et théologien par dessus le marché, aime ça aussi. Il aime cette façon "salutaire" d'être secoué. Et ce département s'arrange pour ne laisser aucune place à l'art d'aujourd'hui et à tout donner aux concepts. Pour Aude de Kerros, si l'Eglise suit tous ces théoriciens, c'est avant tout mû par le désir d’inculturation de la modernité, de l'art contemporain. Stratégie séculaire de l'Eglise. Sauf que l'auteur se pose la question que certains évêques ont oublié de poser aux commissaires : « est-il possible d’inculturer une anti-culture ? » (11) Est-il possible d'inculturer un système d’essence totalitaire ?

Guerres culturelles et dissidence

Le livre "Sacré art contemporain" commence par un lexique, car l'AC, comme tout mouvement révolutionnaire change les définitions. Tout comme Duchamp avait qualifié d'art ce qui ne l'était pas, le laid devient beau, le blasphème salutaire, etc. S'il y a guerre, c'est avant tout la guerre des mots. L'Art Contemporain, on l'aura compris, qualifie tout autre chose que tout l'art d'aujourd'hui. Aude de Kerros déplore qu'aucune place ne soit laissée à celui qui, travaillant de ses mains, réalise une œuvre traduisant une vision intérieure du monde, se passant d'explications, destinée à la contemplation voire à la communion. « L’artiste conceptuel celui dont la cote monte, ne fat rien de ses mains. » (12)

En 2011, les affaires comme Golgotha pic-nic ont montré que le peuple pouvait réagir sous différentes formes pour s'opposer à ces choix de fonctionnaires. Dans un autre registre que la réaction, des paroissiens, comme à Fréjus, encouragés par leur évêque, sont parvenus à faire revenir l'Art dans leur église et à l'imposer aux fonctionnaires. L'Eglise de France a commencé à corriger le tir. L'Etat devra à sa suite infléchir un peu sa position. Aude de Kerros reprend la parole de Mgr Vingt-Trois : "La foi est indissociable d'une expression esthétique de cette foi et n'est pas assimilable à un modèle artistique particulier" Et déjà, comme tout système totalitaire, l'Art Contemporain se fissure. Des brèches sont réalisées. Des artistes rentrent en dissidence et l'écrivent pour se battre avec les mêmes armes que les conceptuels, pour se battre avec les mots. Le livre d'Aude de Kerros nous rappelle que les artistes existent bien, ils sont masqués par l'Art Contemporain, méprisés par les commissaires et autres fonctionnaires de la culture. L'Art n'est pas mort, il patiente. Comme Dieu.

 

(1) Aude de Kerros est peintre et graveur. Elle est également l'auteur de plusieurs livres et articles sur l'Art Contemporain. Elle anime l'émission "le libre journal d'Aude de Kerros" sur Radio Courtoisie.

(2) L'Art caché - Aude de Kerros - Eyrolles éditions - ISBN-10 : 2212539339

(3) Sacré art contemporain - Aude de Kerros - Jean-Cyrille Godefroy Editions - ISBN-10 : 286553233X

(4) Sacré art contemporain - p21

(5) Sacré art contemporain - p62

(6) Extrait de "Art" de Yasmina Reza à entendre dans la bouche de Pierre Vaneck jouant Marc

(7) Aude de Kerros explique dans son lexique au début de son livre que le "regardeur" est un des mots clefs de l'art contemporain. "L'acte de foi du regardeur est fondateur ..."

(8) Sacré art contemporain - p106

(9) Sacré art contemporain - p95

(10) Sacré art contemporain - p96

(11) Sacré art contemporain - p176

(12) Sacré art contemporain - p149


Moyenne des avis sur cet article :  3.44/5   (18 votes)




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13 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 13 juillet 2012 08:33

    L’Art contemporain -n’oubions pas la musique- n’a aucune valeur d’élévation intérieure pour les individus (Mozart,leonard de vinci... où êtes vous passés ?) . Il contribue,sous ses différentes formes, à nous maintenir dans un état d’aliénation ou d’attirance pour le matériel. C’est le triomphe de l’absurde, du laid ... souvent l’expression d’une pathologie délirante ou morbide de « l’artiste ».
    Pourquoi est il favorisé ? Parce que tout ce qui peut aliéner l’individu et les foules l’est. Heureusement, son succès se limite à un très petit cercle d’individus riches et souvent oisifs. Pour la majorité, c’est de la M...E.


    • katakakito 13 juillet 2012 10:33

      Je crois que ça a aussi beaucoup à voir avec l’imposition et le blanchiment d’argent.


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 13 juillet 2012 11:56

      Vous citez Phillippe Muray à raison , il nous manque !


      • Kookaburra Kookaburra 13 juillet 2012 12:17

        Excellent article. Je suis entièrement d’accord avec l’auteur. Sur le même sujet :

        http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=108397



          • Pierre de Vienne Pierre de Vienne 13 juillet 2012 17:44

            Quand on voit la production artistique d’Aude de Kerros on relativise...



            • Claude Simon Claude Simon 13 juillet 2012 18:57

              meilleur article d’art en époque gauchiste que j’ai pu lire sur AV.


              • Pie 3,14 13 juillet 2012 19:17

                Aude de Kerros est une artiste proche du FN qui assure des émissions à radio Courtoisie et citée en exemple par Bruno Gollinisch sur son blog. Elle est probablement proche des intégristes.

                Evidemment, elle déteste l’art d’aujourd’hui ce qui fait plaisir à l’auteur, lui même fan de Muray.

                Elle déteste que l’Eglise fasse appel à des artistes contemporains ( avec elle, jamais l’abbé Couturier n’aurait pu faire travailler Matisse ou Corbusier ).

                Rien de surprenant ni de nouveau donc, si ce n’est la facilité avec laquelle l’extrême-droite peut distiller sa culture sur ce site...mais ce n’est pas nouveau non plus.

                Par ailleurs, Aude de Kerros est une artiste peu intéressante qui produit des images vues et revues mille fois, vaguement symbolistes, techniquement au point ( elle maîtrise la gravure ) qui font sans doute la joie de sa famille et ses amis mais ne laisseront aucune trace dans l’Histoire de l’Art.



                • katakakito 13 juillet 2012 21:01

                  C’est toujours le même blabla.
                  art contemporain = modernité = subversion = rebelle = révolution
                  donc être contre c’est être
                  conservateur = démodé = retardé = coincé = etc ... donc fasciste, donc raciste, antigay, donc = Le Pen et on peut continuer encore à filer la métaphore. Ce qui vaut pour les artistes d’être :
                  incompris = persécutés = victimes parmi les victimes que la société a créées.

                  Ce mécanisme bien étudié depuis des années par divers auteurs dont par exemple Philippe Domecq dont je recommande chaudement le livre « Misère de l’art contemporain », est maintenant usé jusqu’à la corde.
                  L’art contemporain ne vit que de blabla.


                • Pie 3,14 13 juillet 2012 21:32

                  En matière de bla bla, vous vous posez là.

                  Vous parlez de l’art contemporain comme d’un tout clairement identifiable alors qu’il existe des millions de créateurs dans le monde qui font des choses très différentes les unes des autres.

                  L’art contemporain est l’art du présent, il est logiquement détesté par les réactionnaires qui par définition, passent leur vie à dénigrer l’air du temps.

                  Personne ne demande à l’art contemporain d’être révolutionnaire ou provocateur, simplement d’être pertinent.

                  Ce n’est pas une artiste ringarde proche du FN qui va vous apprendre grand chose sur l’art contemporain. Elle se contente de conforter ceux qui ne mettent jamais les pieds dans un musée.


                • La mouche du coche La mouche du coche 13 juillet 2012 23:02

                  « L’art contemporain est l’art du présent »
                  .
                  Non, il n’est que l’art de l’idéologie de la sur-classe mondialisée friquée, ultra-libérale, américanisée et c’est tout. Il est juste de le critiquer comme nous critiquons l’ultra-libéralisme économique, puisque c’est la même chose.


                • katakakito 15 juillet 2012 18:25

                  Une réponse très concrète :
                  Vous êtes dans un pays qui est dans le chaos. Les musées, château etc ne sont plus protégés.
                  La monnaie n’a plus de valeur (vous inquiétez pas c’est peu être pour bientôt).
                  Donc vous pouvez vous servir. Allez vous emmener une sculpture de Giacometti (par exemple) ou un lapin crétin de Jeff Koons. Allez vous emmener la vierge en étrons ou l’une de Botticelli, un truc minimaliste (trognon de pomme ou cube peint en bleu, un eboite de coca écrasée) ou une toile de Picasso.
                  Attention vous êtes bombardé dépéchez-vous de choisir pour survivre !


                • ricoxy ricoxy 14 juillet 2012 05:11

                  Au risque de paraître béotien, je dirai que notre époque a horreur du Beau, et prône le laid. On se souvient cependant que le critique musical Edouard Hanslick a dit à propos du Concerto pour violon de Tchaïkovsky : « On peut maintenant parler de musique puante ». Et l’empereur Joseph II d’Autriche déclara tout de go à Mozart : « Il y a là-dedans trop de notes ! » à propos de L’Enlèvement au sérail. On peut multiplier les exemples. Chaque époque a ses canons, et il ne faut pas s’aviser de les bousculer.

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