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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’Art perdu du Dessin Animé éducatif

L’Art perdu du Dessin Animé éducatif

 Laissez-moi vous raconter une histoire...

 

Croyez-le ou non, il fut un temps où la télévision pouvait servir à autre chose que de "vendre à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible ". Un temps où C'est Pas Sorcier n'avait pas encore à se soucier de son avenir, où Plus Belle la Vie n'avait pas atteint le statut de pinacle intellectuel du petit écran, et où Nabila elle-même n'avait pas de cheveux. Oui ça remonte.

 En ce temps-là vivait un petit garçon qui après l'école passait une quantité malsaine d'heures devant la télé. Son petit cerveau, avide de connaissances et de Pokémon, ne pouvait se lasser du flot continu d'informations que lui déversait le petit écran. Il vouait une passion toute particulière aux dessins animés. Il ne comprenait pas pourquoi les grandes personnes s'entêtaient à ignorer (au mieux) ou à s'acharner (au pire) contre ces "bêtises" qu'il affectionnait tant. Après tout, il avait appris plein de choses sur dinosaures hier soir dans le Bus Magique, et le système digestif n'avait plus de secrets pour lui depuis cet épisode d'Il était une fois la Vie ! Il sentait bien que si les adultes étaient aussi grognons aujourd'hui, c'est qu'ils avaient manqué quelque chose de crucial dans leur enfance. "Eh ben de toute façon, quand je serai grand et pilote de vaisseau spatial, je vais leur montrer moi que les dessins animés c'est pas aussi bête que ça ", se dit-il un jour, les yeux brillant d'ambition. Puis il changea de chaîne.

10 ans plus tard...

 Le voyage d'aujourd'hui vous conduira dans le passé. Dans votre passé même, si vous avez eu la chance de grandir dans les années 80-90. Il se veut un hommage à cet art déchu qui manque cruellement au paysage télévisuel moderne : le dessin animé éducatif. Ces séries ont éveillé la curiosité de millions d'enfants (et, avouons-le, d'adultes aussi) sur le monde qui les entoure, et ont entretenu leur sens de l'émerveillement. Victimes d'une audience qui privilégie le divertissement à l'éducation, ces séries sont aujourd'hui en voie de disparition.
A travers cet article, je vous propose de découvrir ou de redécouvrir ces perles de la télévision, épisodes à la clé, avant qu'elles ne se perdent dans l'abîme, et je souhaite que, pendant un bref instant, vous retrouviez en vous ce petit garçon ou cette petite fille qui passait son temps à poser des questions stupides, une étincelle dans les yeux...


Ordy - Les Grandes Découvertes (Kazuyoshi Yokota, 1989)

Comment traiter objectivement une série qui a littéralement façonné votre façon de voir les choses ? Très difficilement je dois l'avouer. Mais je pense qu'il est sûr d’affirmer qu'Ordy mérite amplement sa place au panthéon des séries éducatives !

On y suivait les aventures de deux enfants de 8 ans, Alex et Zoé, gravement atteints d'un cancer du poumon si l'on en croit les doublages français (mais bon, c'était ça ou les doubleurs de Ken le survivant alors...), et qui au lieu de jouer à Asteroids ou à Pong sur Atari comme tout enfant de l'époque normalement constitué passaient leur temps à faire des recherches sur ordinateur sur tout et n'importe quoi. C'est alors qu'apparaissait Ordy, le génie de l'ordinateur, sorte de créature rose mi-biologique, mi-numérique, afin de les guider dans leur éternelle quête de connaissance.

Ah Ordy, non seulement tu savais tout sur tout, mais tu nous emmenait aussi sur le terrain, au cœur même de la vie des savants, vivre en direct les plus incroyables découvertes de l'Histoire ! Grâce à toi, j'étais avec Champollion lorsqu'il dévoilait les secrets de la pierre de Rosette, avec Louis Pasteur lorsqu'il réfutait courageusement les théories de génération spontanée de Pouchet, avec Enrico Fermi lorsqu'il mettait au point la radioactivité artificielle...

Ludique et pédagogique, la série n'a malheureusement pas rencontré le succès qu'elle méritait. Avec à peine 52 épisodes (sur 127 !) diffusés en France en 1989 et quelques VHS, elle n'a jamais fait l'objet d'une sortie en DVD. Certains épisodes trainent cependant sur le Web, comme celui ci sur l'énergie nucléaire. Faites-vous une faveur et regardez-en un. Vous me remercierez plus tard...

 

Il était une fois... (Albert Barillé, 1978 - 2008)

Les premières notes de l'envoûtante "Toccata et fugue en ré mineur" de Bach hantent vos nuits... Parfois, il vous prend comme une envie irrépressible de visiter l'intérieur de votre intestin grêle... Les paroles d'un refrain jusque là oublié résonnent alors dans votre tête, telle une incantation. Toujours les mêmes mots, répétés à l'infini, encore et encore et encore...

La vie la vie la vie la vie la vie la vie la vie la vie...

Non, vous ne devenez pas fous, vous êtes simplement atteints du syndrome "Il était une fois...". Et vous n'êtes pas seuls ! Car la série culte d'Albert Barillé, par son alchimie subtile entre rigueur scientifique, humour et humanisme affiché, a certainement inspiré plus de vocations qu'il ne soit possible de quantifier.

La saga impressionne tout d'abord par l'exhaustivité des sujets qu'elle aborde : l'Homme, l'Espace, la Vie, les Amériques, les Découvreurs, les Explorateurs, la Terre... Tout y passait ! 
Une grande partie de sa réussite provient aussi de ses personnages récurrents et attachants, comme Maestro le vieux sage, Pierrot et Pierrette, Petit-Gros ou encore le Teigneux, qui constituaient un véritable fil directeur entre les différents chapitres.

Diffusé dans 120 pays et récompensé par de nombreux prix, la série a connu un succès total et international qui, après plus de 25 ans, l'a hissé au rang de classique ultime du genre. Au final on ne regrettera que le fait qu'Albert Barillé, mort en 2009, n'ait pas pu mettre la touche finale à sa gigantesque fresque universelle, qui devait s'appeler "Il était une fois... le progrès". On lui laissera donc le mot de la fin, qui résume parfaitement la philosophie de son œuvre :

« J'ai réalisé "Il était une fois... Notre Terre" pour vous aider à prendre conscience que vous, les jeunes, êtes et serez les acteurs incontournables d'un développement durable. Que par chacun de vos gestes, vous agissez directement sur la planète, les hommes et le développement. Et aussi pour vous ouvrir des portes et vous donner l'envie d'agir positivement, de devenir des citoyens responsables, car VOUS êtes les "Héritiers de la Planète". » - Albert Barillé

Ci-dessous un épisode génial consacré au cerveau.

Il était une fois la vie - Le cerveau

 

Le Bus Magique (Joanna Cole, 1994-1997)

UNE ÉLÈVE DE PRIMAIRE, COINCÉE DANS UN SPHINCTER,REPREND SA TAILLE INITIALE, CAUSE L'EXPLOSION D'UN AUTRE

 

Lors d'un voyage d'étude dans le corps de Raphaël Tennelli, qui se plaignait de diarrhées, Véronique Li, élève de la classe de Mme Bille-en-Tête à l'école primaire de Walkerville, a trouvé la mort Jeudi dernier d'une manière peu commune. Une enquête préliminaire a déterminé que, suite à un sabotage du célèbre Bus magique délibérément causé par le caméléon de la classe, la petite Véronique, qui était réduite à la taille d'une cellule pour l'occasion, a subi une inflation soudaine qui a causé la mort par éclatement de Raphaël, ainsi que la sienne. Le caméléon court toujours. La classe, choquée, revient sur cet évènement tragique...

- "Je savais bien que j'aurais du rester chez moi ce jour-là. Je le savais... Je le savais... JE LE SAVAIS !" -Arnaud Perlstein, ancien élève de Mme Bille-en-Tête

- " « Mais où est donc passé votre esprit d'aventure ? », qu'elle disait... Au final, c'est la dernière chose qu'elle ait dite." Ophélie Terese, ancien élève de Mme Bille-en-Tête

- "Comme je le dis toujours, faire prendre des risques à mes élèves a toujours fait partie de ma stratégie éducative. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai quelques coups de fil à passer..." - Mme Bille-En-Tête, ex-institutrice, actuellement en examen 


Sérieusement, c'est le genre de scénario auquel on pourrait s'attendre si ce dessin animé se voulait plus réaliste. Et pourtant, qu'est ce que je rêvais de faire partie de cette classe, à l'heure du goûter pendant les Minikeums.

C'est vrai quoi, imaginez pouvoir explorer chaque recoin de l'univers avec un plein de Super, parce que votre Bus peut se transformer à souhait en fusée, en sous-marin ou en avion ! Et que dire de Mme Bille-en-Tête, qui est sans conteste LA maîtresse qu'on aurait tous voulu avoir au moins une fois dans sa vie. Elle s'habille tous les jours de manière extravagante, ne s'énerve et ne panique jamais, reconnait la valeur de l'erreur dans le processus d'apprentissage et peut se transporter n'importe où dans l'espace et dans le temps ! Pas sûr que l’Éducation Nationale approuve ses méthodes par contre... Car ces voyages d'étude, s'ils remplissent parfaitement leur rôle pédagogique, ne sont pas de tout repos et donnent souvent lieu à des situations aussi inattendues qu'une tentative de suicide sur Pluton (! !) ou un engluement massif dans du sperme de saumon (! ?).
Petit plus non négligeable, à la fin de chaque épisode, un segment intitulé "Allô le Bus magique ?" revenait sur l'aventure du jour en apportant des précisions scientifiques et une bonne dose d'auto-critique concernant les libertés prises avec la réalité.

Issu d'une série de livres pour enfants écrits par Joanna Cole, le dessin animé a connu un grand succès à l'époque de sa diffusion, et a notamment été cité parmi les émissions pour enfants les mieux notées de la chaîne PBS.

Depuis, des tonnes d'épisodes peuvent être visionnés sur Youtube, comme celui-ci qui nous apprend quelques éléments de physique Newtonienne...

Le Bus Magique - Que les forces soient avec toi

 

Donald au pays des Mathémagiques (Hamilton Luske, 1959)

On l'a tous entendu quelque part. Certains d'entre vous l'ont pensé. Peut être même le pensez-vous encore ! La remarque ultime et inévitable de Jean-Kévin, du fond de la classe, source de dépression pour tous les professeurs du monde :

"Mé en fête, dan la vrai vie, les math, sa sers tro à ke dale msieur !

Lol" Tu commences sérieusement à me les briser Jean-Kévin..." n'est peut-être pas la réponse appropriée à cette remarque tout à fait légitime. Contrairement à ce chef d’œuvre animé des studios Disney, nominé pour l'Oscar du meilleur court métrage documentaire en 1960. Témoin d'une époque où le grand Walt s'était mis en tête d'éduquer le monde (1), avec notamment l'excellente série de spéculation 'Man in Space', sur l'avenir de la conquête spatiale (2), 'Donald au pays des Mathémagiques' reste le plus populaire des films éducatifs produits par la firme aux grandes oreilles.

Ce moyen métrage d'une trentaine de minutes commence à la manière d'Alice au Pays des Merveilles (3). En chassant le lapin, Donald trouve par hasard l'entrée d'un monde magique, où les maths sont omniprésentes, au sens propre du terme : les arbres ont des racines carrées, les oiseaux y récitent Pi (4) etc etc... Soudain, l'intrépide canard est abordé par le narrateur, l'Esprit de l'Aventure (oui bon), qui entend bien lui faire découvrir la magie des mathématiques. Mais Donald, tel notre cher Jean-Kévin, se rebiffe bien vite, les mathématiques étant selon lui un truc de "grosses têtes". Qu'à cela ne tienne, l'Esprit va le téléporter contre son gré dans un voyage à travers l'histoire de la musique, de l'art, de l'architecture, du sport afin d'introduire certains concepts fondamentaux et applications des mathématiques, comme le rectangle d'or ou les surfaces de révolution. Tout en nettoyant (littéralement) au passage le cerveau de Donald de ses préjugés et idées fausses. Radical mais efficace.

Le film se termine donc sur la fameuse citation de Galilée,

" Les mathématiques sont l'alphabet avec lequel Dieu a écrit l'univers."

Il faut dire que, plus de 50 ans après sa production, cette œuvre n'a pas pris une ride ! Ma seule critique concernera la voix de Donald, quasi-incompréhensible tant il parle du bec. Mais je vous laisse juger, car le dessin animé est disponible en intégralité ci-dessous !

Donald au pays des Mathémagiques

(1) les temps ont bien changé...
(2) Man in Space
(3) les références à Lewis Caroll sont assez nombreuses dans le film
(4) le spectateur attentif (et un peu chiant) remarquera une légère erreur sur la valeur de Pi, qui est de 3,141592653589793, et non 3,141592653589747 !

 

Voyage en électricité (Jacques Rouxel, 1981-1983)

Imaginez une série éducative dans le style des Shadoks. Réalisée et narrée par le père des Shadoks. Ça serait pas génial ? Ne contenez plus vos orgasmes, mesdemoiselles, car une telle série existe, et elle s'appelle "Voyage en électricité" ! Coproduite par la Cité des Sciences et de l'Industrie et EDF, elle explore toutes les facettes imaginables de l'électricité, de sa production à sa distribution, en passant par sa nature et son fonctionnement.

Ce que j'apprécie particulièrement, c'est que la série ne perd pas le spectateur dans des considérations encyclopédiques, les inventeurs et scientifiques étant tous relégués au rang de "messieurs", mais se concentre plutôt sur les aspects physiques. Et franchement, les concepts théoriques abordés y sont étonnamment riches et expliqués de manière tellement claire, que si j'avais pu découvrir cette série plus tôt, j'aurais certainement mieux réussi en prépa...

Si vous ne me croyez pas, vous pourrez le vérifier par vous-mêmes, car l'intégralité de la série a été mise en ligne par sa société de production, ici : Playlist - Voyage en électricité

Le courant alternatif triphasé n'aura bientôt plus de secrets pour vous !

 

Comment ça marche (David Macaulay, 2001-2002)

Avant de développer sur la série, il faut absolument que je vous fasse un topo sur le fantastique livre dont elle est inspirée. Car "Comment ça Marche", le livre, est l'un de ceux qui nous marquent à vie parce qu'ils nous ont permis de comprendre des choses vraiment essentielles sur notre quotidien.

Si vous vous êtes déjà demandé comment un avion peut voler, par quelle magie votre ordinateur enregistre vos d̶o̶s̶s̶i̶e̶r̶s̶ ̶p̶o̶r̶n̶o̶ données essentielles ou encore comment votre appareil photo arrive à capturer la magnifique Duckface que vous avez réalisée à la dernière soirée de Jean-Eudes, ce bouquin vous donne toutes les réponses et même plus ! Les magnifiques illustrations de David Macaulay explorent l'intérieur des machines avec moult détails, et l'on se surprend à étudier les graphiques pendant des heures histoire de ne pas louper le minuscule Mammouth caché qui opère les engrenages en arrière-plan.

Oui, des Mammouths. Vous avez bien lu. L’obsession de l'auteur pour ces gros animaux poilus et rigolos, présents à chaque page du livre, est en partie responsable de sa renommée internationale.
Son seul inconvénient est que, n'étant plus édité, il est devenu incroyablement difficile à trouver, et les copies d'occasion se vendent aujourd'hui à prix d'or. Je ne saurai trop vous conseiller de faire un tour dans votre bibliothèque locale, car il y a de fortes chances que vous arriviez à mettre la main dessus.

Le succès retentissant de ce livre a permis à David Macaulay de diversifier son univers, avec notamment une version CD-Rom très réussie qui complétait les explications fournies par le livre, et une série d'animation éponyme, produite par la société Millimages pour la BBC.

Animée entièrement à la main, elle racontait les déboires d'une famille habitant l'Ile des Mammouths (1), qui a apparemment échappé à la mondialisation car nul Monoprix et nul McDonald ne vient souiller le paysage, ce qui en contrepartie oblige ses résidents à vivre dans des conditions un peu primitives.
Heureusement que sur cette île vit un inventeur sympathique, initialement en vacances mais qui au fil des épisodes va réinventer à lui seul toutes les technologies connues, de la route au téléphone, afin d'améliorer la vie de cette famille d'éleveurs de Mammouths. Il sera aidé dans sa quête par Olive, une gamine de 14 ans qui a de la suite dans les idées, et Troy, le benêt de service.

La série reprend les éléments qui ont fait la popularité du bouquin de Macaulay, en particulier les illustrations claires et ludiques et les Mammouths. Malheureusement, son destin s'avèrera plus sombre que son homonyme de papier, car faute d'audience suffisante, elle fut annulée après sa première saison. Dura Business lex sed lex.

Et c'est vraiment un gâchis si l'on considère le potentiel de ce dessin animé, qui même si ses personnages manquaient un tantinet de charisme et même si son générique était l'un des moins harmonieux du monde (je pèse mes mots), fonctionnait réellement en terme de pédagogie et de précision scientifique.

Aujourd'hui vous pourrez retrouver quelques épisodes sur Dailymotion : Magicmaman TV

(1) Questionner la validité scientifique de cette assertion ne sera pas l'objet de cet article. N'empêche. L’Ile des Mammouths ? Sérieusement ?

 

Les Aventures de l'énergie (Jean-Louis Besson, 1975)

Notre capacité à évoluer en tant que civilisation va de pair avec notre capacité à maitriser les différentes formes d'énergie. Cette série d'animation en 13 épisodes a pour ambition d'en raconter l'histoire.
De la domestication des bêtes à la fission nucléaire, en passant par la pile de Volta, aux machines à vapeur de James Watt et la relativité d'Einstein, toutes les révolutions conceptuelles et industrielles de ces derniers milliers d'années sont expliqués avec beaucoup de détails.

Pas grand chose à en dire, si ce n'est que le concept est très efficace pour un format aussi court, les dessins sont humoristiques à souhait et les faits historiques traités avec précision. Ce qui démarque la série des autres est certainement sa narration, par le grand Michel Galabru himself ! On prend un certain plaisir à l'écouter raconter l'Histoire de l'Homme de sa voix lente et chaleureuse. On regrettera donc que celle-ci ne soit pas conservée dans la version remastérisée de 1995...

Comme la série est assez ancienne, tous les épisodes ont été mis à votre disposition sur le portail d'enseignement d'EDF (il vous faudra chercher un peu dans le fouillis multimédia de la page...), qui se trouve à l'adresse suivante : EDF - Espace Enseignants

Finalement si on devait ne tirer qu'un enseignement de la série toute entière, ce serait celui-ci : "Le premier outil, c'est l'imagination."

 

Le Bonheur de la vie (Jacques-Rémi Girerd, 1991)

Il est un moment dans la vie d'une famille qui fait frémir les parents de la Terre entière. Un moment de panique d'une intensité rare, d'ordinaire déclenchée par l'assemblage de sons suivant : "Papa comment on fait les bébés-euh ?" Ledit papounet, pour peu qu'il n'ait pas de bouteille de lait à disposition sera bien embêté car fort peu préparé à ladite question, tant le sujet est délicat. Alors, dans le vain espoir de repousser l'échéance et ainsi protéger son cher marmot qui aura bientôt 22 ans, il tentera une explication maladroite, mixture indigeste à base de reproduction ciconiidéenne et de génération spontanée crucifère. Parents je vous le dis, ne vous étonnez pas si après des histoires comme celles-là le petit Théo ne finit pas ses légumes à la cantine.

Heureusement que Mamie est là pour leur dire les choses en face, à ces bambins ! Heureusement que Mamie est sponsorisée par le Ministère de la santé, de la Culture, et par France 3 ! En 20 épisodes de 5 minutes, elle aborde des sujets aussi difficiles que la puberté, l'amour, et le sexe, sans complexe ni tabou, mais toujours avec tact, en remplaçant certaines scènes salaces (comme la fois où Eustache a voulu faire le coup de l'hélicoptère russe à Josiane) par des animaux mignons.

En somme, une série éducative tout ce qu'il y a de plus saine et inoffensive, et qui rendrait service à pas mal de familles en leur évitant un grand moment de solitude, non ? Et pourtant... La série a connu une sacrée controverse à l'époque de sa diffusion. Mais qui diable peut bien s'acharner contre une telle série, hmm ? Je vous laisse deviner :

Réponse a : la secte des Bisounours Périgourdins
Réponse b : les évêques de France
Réponse c : Obi-Wan Kénobi
Réponse d : la réponse d.

Contre toute attente, la bonne réponse était bien la b. Vous êtes trop forts. Et il y en a eu de l'énergie déployée pour stopper la diffusion de ce dessin animé "pervers", à grands coups de manifestations et de pétitions... Heureusement sans succès.

Depuis l'intégralité de la série est disponible en DVD, et de rares épisodes ont été uploadés sur le net, comme celui-ci dessous, sur la fécondation.

Le Bonheur de la vie - La fécondation

 

Professeur Gamberge (France 3, 2008)

Si vous avez toujours voulu poser des questions scientifiques a̶u̶ ̶p̶r̶o̶f̶e̶s̶s̶e̶u̶r̶ ̶G̶a̶m̶b̶e̶r̶g̶e̶ à Doc Brown, votre vœu a été exhaussé ! Professeur Gamberge est la tentative la plus récente que je connaisse d'un dessin animé éducatif au pays du fromage qui pue. Et on sent en filigrane que le concept peine à gagner les faveurs des grands groupes télévisuels français : le format est plus court (des épisodes de 2 min) et l'animation moins ambitieuse.

Chaque épisode est centré sur une question, qui peut être scientifique (pourquoi la mer est salée ? pourquoi il y a des tremblements de terre ?...) mais aussi d'actualité (à quoi sert l'Union Européenne ? c'est quoi un paradis fiscal ? ou encore qu'est-ce que la crise ?), le but de la série étant de donner à un jeune public les clefs pour comprendre les problèmes auxquels fait face notre société, tout en développant leur esprit critique.

Une mise en scène par Charlotte, Rita et Léo, les personnages principaux, introduit la question de l'épisode. C'est alors qu'intervient le professeur Gamberge (interprété par Pierre Hatet, la voix française de Doc Brown), savant fou babysitter (?), qui comme tout savant fou qui se respecte vit dans une maison-observatoire et conduit la voiture des Ghostbusters. Si seulement... La suite est classique : le prof répond à la question, blague (pourrie), hilarité générale, fin de l'épisode.

Notons au passage qu'une collection de livres pour enfants dans l'univers de la série a ensuite été créée, afin de traiter les questions abordées plus en détail.

Pas mal d'épisodes de la série traînent sur le web, dont voici un exemple ci-dessous, concernant l'utilité de la Station Spatiale Internationale :

Professeur Gamberge - l'ISS

 ***

Si j'ai écrit ce long article c'est pour établir l'observation suivante : à l'heure où les techniques d'animation modernes peuvent faire des miracles au niveau pédagogique et artistique, et que le marché des séries éducatives ne croule pas sous la concurrence, il n'y a pourtant AUCUNE série pour prendre la relève des grands noms de la génération précédente. Au vu de la place prépondérante que la télévision occupe dans nos vie, ce constat est aberrant.
Selon un sondage de l'Insee, les français passent 3 heures par jour devant le petit écran (2h pour les enfants de 11 à 14 ans). On ne peut donc que déplorer la fraction lamentable de ce temps allouée à la découverte et à l'éveil. Ce qui m'amène à la question suivante : par quel processus pervers notre société a t-elle évolué pour que l'éducation même de nos enfants soit reléguée au second plan ?
Heureusement, face à ce néant intellectuel, des voix se lèvent et des alternatives émergent, mais ce sera l'objet d'un prochain article...

En attendant, je vous laisse méditer sur cette réflexion de Carl Sagan :

"Nous vivons dans une société absolument dépendante des sciences et de la technologie, et pourtant nous avons savamment arrangé les choses de manière à ce que presque personne ne comprenne les sciences et la technologie. C'est clairement l'indication d'un désastre."

 


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8 réactions à cet article    


  • King Al Batar King Al Batar 17 juillet 2013 13:37

    Bonjour à vous et merci pour ce petit rappel. JE suis né fin des années 70 donc j’en ai bouffé du « il était une fois... » et ce sont de merveilleux souvenirs.
    Vous pouvez également rajouter le déssin animé, rérie, les Cités d’Or, dont caque épisode se ponctuait par un petit reportage de 5 minutes, sur l’émarque du sud, ou un élément vu dans l’épisode. Et souvent très instructif.


    • orage mécanique orage mécanique 18 juillet 2013 11:11

      Grace à « il était une fois l’homme », tu devenais balaise en histoire sans même t’en rendre compte...

      Y avait aussi Méthanie ! j’imagine la tête de mes enfants si je leur mettais un dessin animé racontant le « gaz »


      • vlane vlane 18 juillet 2013 12:00

        merci de nous rappeler ça« 

         »il était une fois la vie" , la terre, l’univers
        même en afrique on a eu droit à cela
        j’ai vu tous les épisodes jadis
        et je me souviens encore de cette voix
        des personnages, de l’horloge en haut
        on imagine ce qu’on pourrait faire aujourd’hui
        avec le développement de la 3d et autres
        le problème ce n’est pas la télé mais le contenu
        lire n’est gage de rien si c’est pour lire des nullités


        • Appolonius de Zante Appolonius de Zante 18 juillet 2013 12:01

          En ce temps, il y avait un service public en charge de l’audio-visuel public. Un vrai. Les marchands de soupe et de canons, n’avaient pas mis la main sur la télévision. Pour ceux qui s’illusionnent encore sur l’auto-régulation par le marché, le libéralisme européen, c’est le renard libre dans le poulailler libre. La télévision ne fonctionnait pas vingt quatre heures sur vingt quatre. Ceux qui remplissaient la boite à images, sélectionnaient ce qu’ils y mettaient. Ils avaient le temps et les moyens de le faire. Je me souvient aussi qu’avant leur du premier programme on regardait la mire, puis l’horloge en spirale de l’ORTF.


          • antonio 18 juillet 2013 12:03

            années 85-92 :
            Il y avait « Le village dans les nuages » avec les Zabars et deux vieillards dont un particulièrement ronchon....une histoire amusante et surtout un niveau de vocabulaire plus que correct ( syntaxe, vocabulaire riche....---Bien au dessus de « Plus belle la vie »--------------)( pour4,5 ans d’âge environ.).
            Je connais des enfants qui ont adoré....et ensuite ils ont adoré « Les Cités d’or ».


            • Piere CHALORY Piere Chalory 18 juillet 2013 12:44

              Bonjour Flashcordon,


              Bonne idée votre article, c’est vrai qu’on pourrait faire passer un peu plus d’intelligence dans les programmes pour enfants, pour les adultes aussi. Cette nuit, j’ai un vieux dessin animé ; ’’Flip the frog’’, créé en 1930 ; c’est incroyable de créativité, de poésie...

              • Piere CHALORY Piere Chalory 18 juillet 2013 12:46

                Cette nuit j’ai vu un dessin animé


              • Inquiet 19 juillet 2013 08:24

                Le pire, c’est qu’on pourrait se dire que les responsables de la programmation ont fait des choix « réalistes » pour séduire le jeune public (même si c’était vrai je ne suis pas adepte de la séduction par le bas), mais force de constater :

                - que le service public financièrement n’a pas gagné à s’aligner sur la médiocrité de la culture commerciale
                - que les enfants d’aujourd’hui quand ils tombent sur des rediffusions de « il était une fois la vie » (par exemple, qui est encore diffusé de temps en temps sur Arte notamment) adorent et en redemandent

                La vérité, c’est qu’enfants ET adultes (être humain tout simplement) avons des inspirations et des envies multiples et variées dans la journée en fonction de notre réceptivité et que normalement dans chaque rubrique (futilités, connaissances ...) il y a de quoi avoir un « marché ».
                Si seules la futilité et la bêtise ont été retenu c’est que l’argument commercial n’est pas le seul, mais que la volonté d’éducation et surtout d’abrutissement des masses est LE dessein.
                 

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