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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’autre Voltaire…, ou l’Histoire hémiplégique

L’autre Voltaire…, ou l’Histoire hémiplégique

Voltaire occupe une place privilégiée dans la mémoire collective française. Il esquisse la figure de l’intellectuel engagé au service de la justice, de la vérité et de la liberté de penser.

Il sert ainsi d’étendard ou de bouclier pour anoblir bien des combats. Le citer, s’y référer tend à irréprochabilité. Il existe pourtant une seconde lecture du grand penseur, et celle-là tend à indisposer. Il n’est pas historiquement correct de le rappeler.

« Voir ce qui ne paraît aux yeux de personne, c’est la seconde vue. » Jules Michelet

La faute à Voltaire…, et la faute de Voltaire

Quand on souhaite écorner l’image du Voltaire philanthrope et apôtre des droits de la personne humaine, on argumente qu’il fut esclavagiste, que pour s’enrichir il avait participé à la Traite des Noirs. Ces faits sont controversés et l’esprit de la citation suivante est contredite en évoquant le mode ironique : « Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir ».

Léon Poliakov (historien de la Shoah) []fait pourtant bel et bien de Voltaire « le pire antisémite français du XVIIIe siècle ».

Et comment accepter cette opinion de Voltaire : « Je vois des singes, des éléphants, des nègres, qui semblent tous avoir quelque lueur d'une raison imparfaite » (Traité de Métaphysique) ?

C’est peut-être la raison d’une telle conclusion de Victor Hugo : « Mais qu'est-ce donc que Voltaire ? Voltaire, disons-le avec joie et tristesse, c'est l'esprit français ».

Le racisme au grand jour des Lumières

« Les collégiens de la classe de 4ème, en France, sont les victimes de la falsification historique. Des écrivains philosophes anti-nègres sont présentés dans leur « livre de français » comme des hommes qui combattaient l’esclavage. En réalité, il s’agit de racistes du « siècle des Lumières » comme Montesquieu, Voltaire, Diderot et de bien d’autres. La falsification, au niveau des livres scolaires, n’est pas une chose nouvelle (nous avons appris, par exemple aux Antilles, mêmes les plus noirs d’entre nous, que nos ancêtres étaient les Gaulois ; il y avait même un nègre, Henri Salvador, qui chantait une chanson : Nos ancêtres, les Gaulois...). Nous profitons de cette rentrée des classes pour attirer l’attention de nos lecteurs sur une dérive habituelle. Nul ne doute que les auteurs de ces livres ont un réel mépris des Noirs, car ils connaissent la vérité ». (René-Louis Parfait Etilé, La falsification historique : Nos enfants apprennent des insanités à l’école).

Voltaire, Kant ou Hegel sont-ils fréquentables ? En tout cas et pour qu’ils le soient assurément, par exemple quand il s’agit de les enseigner dans les lycées et les universités de la francophonie africaine, leurs textes sont bel et bien expurgés de leurs « parties honteuses » par les maquilleurs du passé !

Voici un florilège des dites assertions voltairiennes, à faire se dresser les cheveux des monothéistes chauves les plus conservateurs, à défriser « la laine » du crâne des Africains (sic !). L’idée centrale de Voltaire était la perversité de la religion chrétienne, particulièrement du catholicisme. L’enseignement dogmatique s’appuie d’abord sur un postulat erroné, celui que tous les hommes descendent d’Adam et Ève, que nous avons tous ces parents comme ancêtres. Selon Voltaire, les races humaines sont disparates et leurs origines sont donc différentes. En second lieu, le christianisme est néfaste car il prolonge la religion juive, qui est celle d'une nation odieuse et ennemie du genre humain. Le judéo-christianisme a ainsi hérité des tares du judaïsme.

L'adhésion au christianisme définissait les limites de l'antisémitisme, et la notion d’ancêtre commun fixait les limites du racisme. Voltaire n’avait pas tort, mais il dépasse les bornes admises et, en appelant à la raison, ouvre la voie à une xénophobie débridée. C’est dans son Traité sur la tolérance qu’il fera ensuite amende honorable et, sans rien renier de son désaccord avec le catholicisme et le judaïsme, il proposera un antidote culturel. Mais le mal était fait, « c’est la faute à Voltaire » et le racisme s’épanouira dans le totalitarisme du XXe siècle.

Voltaire raciste

In l'Essai sur les mœurs :

« Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils ne doivent point cette différence à leur climat, c'est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un Noir et d'une Blanche, ou d'un Blanc et d'une Noire. » (Tome 1, p. 6).

« La plupart des Nègres, tous les Cafres, sont plongés dans la même stupidité, et y croupiront longtemps. » (Tome 1, p. 11).

« La même providence qui a produit l'éléphant, le rhinocéros et les Nègres, a fait naître dans un autre monde des orignaux, des condors, des animaux a qui on a cru longtemps le nombril sur le dos, et des hommes d'un caractère qui n'est pas le notre. » (Tome 1, p. 38).

« Les blancs et les nègres, et les rouges, et les Lappons, et les Samoïèdes, et les Albinos, ne viennent certainement pas du même sol. La différence entre toutes ces espèces est aussi marquée qu'entre un lévrier et un barbet. » (Tome 2, p. 49).

In Traité de Métaphysique :

« Je me suppose donc arrivé en Afrique, et entouré de nègres, de Hottentots, et d'autres animaux. »

« Enfin je vois des hommes qui me paraissent supérieurs à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce. »

Voltaire antisémite

In Traité de Métaphysique :

« Si nous lisions l'histoire des juifs écrite par un auteur d'une autre nation, nous aurions peine à croire qu'il y ait eu en effet un peuple fugitif d'Egypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu'il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l'anathème. Nous ne croirions pas qu'un peuple si abominable (les juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire. » (Tome 1, p. 158).

« Toujours superstitieuse, toujours avide du bien d'autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur, et insolente dans la prospérité, voilà ce que furent les juifs aux yeux des Grecs et des Romains qui purent lire leurs livres. » (Tome 1, p. 186).

« Si Dieu avait exaucé toutes les prières de son peuple, il ne serait restés que des juifs sur la terre ; car ils détestaient toutes les nations, ils en étaient détestés ; et, en demandant sans cesse que Dieu exterminât tous ceux qu'ils haïssaient, ils semblaient demander la ruine de la terre entière. » (Tome 1, p. 197).

« On ne voit au contraire, dans toutes les annales du peuple hébreu, aucune action généreuse. Ils ne connaissent ni l'hospitalité, ni la libéralité, ni la clémence. Leur souverain bonheur est d'exercer l'usure avec les étrangers ; et cet esprit d'usure, principe de toute lâcheté, est tellement enraciné dans leurs cœurs, que c'est l'objet continuel des figures qu'ils emploient dans l'espèce d'éloquence qui leur est propre. Leur gloire est de mettre à feu et à sang les petits villages dont ils peuvent s'emparer. Ils égorgent les vieillards et les enfants ; ils ne réservent que les filles nubiles ; ils assassinent leurs maîtres quand ils sont esclaves ; ils ne savent jamais pardonner quand ils sont vainqueurs : ils sont ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps, chez cette nation atroce. » (Tome 2, p. 83).

« Lorsque, vers la fin du quinzième siècle, on voulut rechercher la source de la misère espagnole, on trouva que les juifs avaient attiré à eux tout l'argent du pays par le commerce et par l'usure. On comptait en Espagne plus de cent cinquante mille hommes de cette nation étrangère si odieuse et si nécessaire. (...) De tout temps les juifs ont défiguré la vérité par des fables absurdes. Ils mirent en œuvre de fausses médailles, de fausses inscriptions ; cette espèce de fourberie, jointe aux autres plus essentielles qu'on leur reprochait, ne contribua pas peu à leur disgrâce. » (Tome 5, p. 74-76).

Ne dites pas « À l’époque… »

Parce que « à l’époque », et même au temps des premières colonisations et de la Découverte, on peut aussi relever ceci :

« Ils n’ont de vêtements, ni de laine, ni de lin, ni de coton, car ils n’en ont aucun besoin ; et il n’y a chez eux aucun patrimoine, tous les biens sont communs à tous. Ils vivent sans roi ni gouverneur, et chacun est à lui-même son propre maître. Ils ont autant d’épouses qu’il leur plaît. (…) Ils n’ont ni temples, ni religion, et ne sont pas des idolâtres. Que puis-je dire de plus ? Ils vivent selon la nature. » Amerigo Vespucchi (Mundus novus).

« Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. » Michel de Montaigne.

« Si j’étais chef de quelqu’un des peuples de la Nigritie, je déclare que je ferais élever sur la frontière du pays une potence où je ferais pendre sans rémission le premier Européen qui oserait y pénétrer. » Jean-Jacques Rousseau

Retour sur une anecdote

Le multipolaire Philippe Val, farouche partisan du maintien de la loi Gayssot dont l’objectif est de réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe, sortit en octobre 2008 un petit livre intitulé : Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous. Alors directeur du journal satyrique Charlie-Hebdo, il venait tout juste (juillet 2008) d’en congédier Siné, accusé de « blague antisémite ». Entre les deux, il défendait les caricatures de Mahomet.

L’attachement de Voltaire à la liberté d’expression est illustré par cette célèbre citation apocryphe qui lui est attribuée et que Philippe Val connait mieux que quiconque : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Elle ne figure dans aucun écrit de Voltaire mais on peut repérer dans cette phrase « Monsieur l’abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire. », extraite d’une lettre qu’il adressa à 6 février 1770 à un abbé Le Riche (Norbert Guterman, A Book of French Quotations, 1963).


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19 réactions à cet article    


  • Satournenkare Satournenkare 10 octobre 2011 12:00

    Question à l’auteur : en quoi ceci est il antisémite ?

    « Si nous lisions l’histoire des juifs écrite par un auteur d’une autre nation, nous aurions peine à croire qu’il y ait eu en effet un peuple fugitif d’Egypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu’il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l’anathème. Nous ne croirions pas qu’un peuple si abominable (les juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire. » (Tome 1, p. 158).

    « Toujours superstitieuse, toujours avide du bien d’autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur, et insolente dans la prospérité, voilà ce que furent les juifs aux yeux des Grecs et des Romains qui purent lire leurs livres. » (Tome 1, p. 186).

    « Si Dieu avait exaucé toutes les prières de son peuple, il ne serait restés que des juifs sur la terre ; car ils détestaient toutes les nations, ils en étaient détestés ; et, en demandant sans cesse que Dieu exterminât tous ceux qu’ils haïssaient, ils semblaient demander la ruine de la terre entière. » (Tome 1, p. 197).


    • storm storm 11 octobre 2011 07:32

      juger tout un peuple sur des faits passés et des écrits religieux, voila qui est antisémite

      et quant aux leçons de morale des Romains, j’en fais plaisamment abstinence


    • King Al Batar King Al Batar 11 octobre 2011 09:47

      En fait si tu te pose la question en te disant que ce n’est pas chocant, c’est peut être que tu l’es aussi...
      Comme on dit, si autour d’une table de poker tu n’as pas encore trouvé le pigeon, c’est que c’est toi !
      Bougre d’abruti !


    • Satournenkare Satournenkare 11 octobre 2011 10:48

      @ Storm :

      Où est l’antisémitisme ? Il s’agit d’une attaque contre le mythe abrahamique et le fanatisme religieux ! Pas contre un peuple. Ce n’est pas de sa faute si le « dieu » d’Abraham est raciste et inique ^^. Si on dégage le sens du texte cela nous donne :

      « Si nous lisions l’histoire des juifs ... nous aurions peine à croire qu’il y ait eu en effet un peuple qui ... ; (et nous aurions peine à croire) que ce peuple saint ait été puni de son Dieu.... Nous ne croirions pas qu’un peuple si abominable (les juifs) eut pu exister sur la terre. (le peuple et le « dieu » décrit dans les livres « saints » est abominable et Voltaire vient d’’expliquer pourquoi )
      Mais comme cette nation ( ceux qui se définissent à travers cette mythologie ) elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire. »

      En plus, un peu de bon sens permet de se rendre compte que c’est valable aussi pour les chrétiens qui partagent, jusqu’au chapitre Jesus de Nazareth, la même mythologie.


    • storm storm 11 octobre 2011 13:09

      « Si nous lisions l’histoire des juifs écrite par un auteur d’une autre nation,[ ... ] qu’un peuple si abominable (les juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire. »

      je maintiens, , il parle bien de tout un peuple là (les juifs), en utilisants leurs propres écrits

       smiley

      je ne mets pas en doute le fait qu’on puisse trouver trouver ’abominable’ les hauts-faits de certains juifs relatés dans la bible, je conteste le fait qu’il applique ces faits à > tous > les juifs !
      (je ne le vois pas faire de distinction de classe sociale, de pays, de mesure dans la foi, non, il parle bien des juifs, tout simplement, d’où, antisémitisme / racisme)

      tout comme m’appliquer en tant que catholique de naissance les crimes de l’inquisition serait de l’étiquettage non-fondé

      Sinon, bon, on peut toujours faire son apostasie pour se détacher de la religion catholique / chrétienne, mais la majorité des catholiques n’ont cure de toutes façons des textes bibliques : « Dieu est amour » et ça leur suffit :-> 


    • jef88 jef88 10 octobre 2011 14:29

      Décrypter un auteur du 18ème avec les a-prioris du 21ème !
      C’est très fort.....
      Avec cette méthode on peut démolir n’importe qui....
      Même Marx !


      • storm storm 11 octobre 2011 07:25


        pour jef88

        « Décrypter un auteur du 18ème avec les a-prioris du 21ème !
        C’est très fort.....
        Avec cette méthode on peut démolir n’importe qui....
        Même Marx ! »

        ah ah, t’as craqué papy, va t’acheter une culture, les grands principes traversent les âges

        ps : et ne bien sur, ne jugez pas mon manque de respect à l’aune, des coutumes de votre temps, en notre époque (début de XXI e siècle), le respect n’est plus dû aux ancêtres

        ps : j’espère que mon post sera compris smiley


      • amipb amipb 11 octobre 2011 07:31

        Je pense comme jef88, Voltaire, malgré sa défense de valeurs hautement humaines, était également le reflet de son époque. Rares sont ceux qui ont réussi à sortir du carcan idéologique propre à leur temps.

        Mais j’ai tout de même plussé l’article, car connaître les multiples aspects du personnage me semble nécessaire à la compréhension de sa philosophie.


      • Georges Yang 10 octobre 2011 15:28

        Il faut analyser en fonction du contexte, sinon l’on tombe dans l’approximation
        Cela dit, dans son propre contexte, Voltaire était un profiteur qui courait les prébendes, qui aidait Frédéric II de Prusse à écrire un ridicule anti Machiavel, qui se gobergeait avec l’argent des puissants étrangers tout en critiquant le régime en place en France

        Ses opinions sur les juifs et les noirs datent, mais à peu près tout le monde à son époque s’exprimait ainsi
        Kant, qui n’a jamais quitté Konigsberg, tiens des propos tout aussi ridicule dans es cours de géographie sur les noirs et les Samoyedes alors qu’il n’en a vu aucun


        • tanguy 10 octobre 2011 20:44

          En parlant des religions, ce texte est « sympa » (je n’ai pas de lien car reçu par mail et le transcrit donc intégralement, désolé pour la clarté du forum !). Au passage je note que la grande majorité des gens appellent les ecclésiastiques par leur pseudo (Benoît XVI plutôt que Joseph Ratzinger,...) et les affublent de titres genre « Monseigneur ».... Difficile à comprendre !


          Guerres bénies

          Manlio Dinucci

          Monseigneur Vincenzo Pelvi, archevêque ordinaire militaire et directeur de la revue de l’Ordinariat « Bonus Miles Christi » (le Bon Soldat de Christ), éprouve « amertume et malaise » face à « ceux qui invoquent la dissolution des armées et l’objection contre les dépenses militaires ». Ces mécréants ne comprennent pas que « le monde militaire contribue à l’édification d’une culture de responsabilité globale, qui s’enracine dans la loi naturelle et trouve son fondement ultime dans l’unité du genre humain ». De l’Afghanistan à la Libye, « l’Italie, avec ses soldats, continue à jouer son rôle pour promouvoir la stabilité, le désarmement, le développement et soutenir partout la cause des droits humains ». Le militaire rend ainsi « un service à l’avantage de tout l’homme et de tout homme, en devenant le protagoniste d’un grand mouvement de charité dans son pays comme dans d’autres nations » (Avvenire, 2 juin 2010). Monseigneur Pelvi perpétue ainsi la tradition historique des hiérarchies ecclésiastiques de bénir les armées et les guerres. Il y a un siècle, en 1911, dans l’église pisane de Santo Stefano des Chevaliers, décorée de drapeaux pris aux Turcs au 16ème siècle, le cardinal Maffi exhortait les fantassins italiens, en partance pour la guerre de Libye, à « croiser les baïonnettes avec les cimeterres » pour rapporter dans l’église « d’autres bannières sœurs » et ainsi « racheter l’Italie, notre terre, de nouvelles gloires ». Et le 2 octobre 1935, alors que Mussolini annonçait la guerre d’Ethiopie, Monseigneur Cazzani, évêque de Crémone, déclarait dans sa pastorale : « Vrais chrétiens, prions pour ce pauvre peuple d’Ethiopie, pour qu’il se persuade d’ouvrir ses portes au progrès de l’humanité, et de concéder les terres, qu’il ne sait pas et ne peut pas faire fructifier, aux bras exubérants d’un autre peuple plus nombreux et plus avancé ». Le 28 octobre, en célébrant au Dôme de Milan le 13ème anniversaire de la marche sur Rome, le cardinal Schuster exhortait : « Coopérons avec Dieu, dans cette mission nationale et catholique de bien, en ce moment où, sur les champs d’Ethiopie, l’étendard d’Italie porte en triomphe la Croix de Christ et rompt les chaînes des esclaves. Invoquons la bénédiction et la protection du Seigneur sur notre incomparable Condottiere ». Le 8 novembre, Monseigneur Valeri, archevêque de Brindisi et Ostumi, expliquait dans sa pastorale : « L’Italie ne demandait qu’un peu d’espace pour ses enfants, en telle augmentation qu’ils formaient une grande Nation de plus de 45 millions d’habitants, et elle le demandait à un peuple cinq fois moins nombreux que le notre et qui détient, on ne sait pas pourquoi et de quel droit, une extension de territoire quatre fois plus grand que l’Italie sans qu’il sache exploiter les trésors dont l’a enrichi la Providence à l’avantage de l’homme. Pendant de nombreuses années, on patienta, en supportant agressions et abus, et quand, n’en pouvant plus, nous eûmes recours au droit des armes, nous fûmes jugés agresseurs ». Dans le sillon de cette tradition, don Vincenzo Caiazzo -qui a sa paroisse sur le porte-avions Garibaldi, où il célèbre la messe dans le hangar des chasseurs qui bombardent la Libye- assure que « l’Italie est en train de protéger les droits humains et des peuples, c’est pour cela que nous sommes en mer » (Oggi, 29 juin 2011). « Les valeurs militaires -explique-t-il- vont bras dessus bras dessous avec les valeurs chrétiennes ». Pauvre Christ.

           

          Edition de mardi 4 octobre 2011 de il manifesto

          http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20111004/manip2pg/14/manip2pz/311022/

           


        • echarpeur echarpeur 10 octobre 2011 17:08

          Qu’apprend t-on, au 17eme la racisme était de mise, les bras m’en tombe, merci d’avoir ouvert une porte enfoncé.

          PS : Les peuples dominés sont des peuples dominables, oui c’est moche la loi du plus fort, mais ainsi tourne le monde.


          • Georges Yang 10 octobre 2011 17:58

            PS Ce que l’on peut reprocher à Voltaire, c’est d’avoir vécu en parasite et en courtisan


            • tanguy 10 octobre 2011 19:46

              Il y a beaucoup de réels mensonges historiques répétés partout et conditionnant notre manière de voir et la société dans son ensemble : voir « Histoire tronquée ».



                • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 10 octobre 2011 23:17

                  Le mot antisémite est encore utilisé d’une manière erronée dans cet article. Informez-vous sur le sens véritable du mot sémite, vous comprendrez que cela n’a rien à voir avec la religion juive. 


                  Je moinsse l’article pour cette erreur grossière. 

                  • GLANDU 10 octobre 2011 23:34

                    ouais sauf qu’en 40 les antisémites étaient anti juifs ...donc antisémites signifiait anti juifs.
                    le reste c’est du blabla.
                    d’ailleurs le grand mufti de Jérusalem (sémite) était nazi donc non juif, lui.


                  • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 12 octobre 2011 20:16

                    Le blabla consiste à utiliser un mot pour dire ce qu’il ne signifie pas. Si la confusion a eu lieu dans les années 40, raison de plus pour ne pas la perpétuer.


                  • King Al Batar King Al Batar 11 octobre 2011 10:34

                    Bonjour à l’auteur,
                    Votre article est à comprendre sous plusieurs angles.
                    Premièrement, on apprend pas que Voltaire était un escalavagiste et était également animé d’une haine antijuif que l’on ne nous enseigne pas à l’école.
                    Bon je suis d’accord qu’on ne nous l’enseigne pas mais comme l’on dit certain commentaires, il faut replacer les choses dans leur contexte... Personne ne s’étonne aujourd’hui qu’on ai brulé Jeanne d’Arc alors que c’est quand même déguelasse.

                    Ensuite, et là je considère que c’est beaucoup important, il est regrettable que notre école Française ne nous enseigne pas la traite des noirs dans l’histoire. Et c’et là le vrai problème. On ne nous parle pas de Bordeaux ou Nantes, deux villes bourgeoise aujourd’hui, qui sont des ports qui n’ont vraiment pris leur expension avec ce commerce des plus déguelasses. On ne nous parles pas effectivement de personnalité héminante qui se sont fait les choux bien gras sur le dos des noirs... Qu’elles qu’elle soient, grands auteurs, Francais, juifs ou musulmans. Pourtant dans notre pays nous avons des noirs descendants directement d’esclaves déportés que sont les antillais, mais nous ne leur enseignons pas leur histoire, qui est aussi la notre. La effectivement, nos cours d’histoire sont étonnement trsè silencieux sur le sujet, et c’est regretable.

                    Enfin, je trouve regrettable que les posteurs s’interessent plus au textes antijuifs de Voltaire, car ce ne sont que des textes (meme si bien sur ce n’est pas bien quand meme) et ce n’est rien en comparaison avec la participation a un business dont le but était de vendre des êtres humains...

                    Disons qu’attaquer les Cours d’Histoire sur Voltaire me parait inaproprié si on ne prend pas la peine d’expliquer qu’à cette époque, c’était le systeme en place dans sa globalité qui était déguelasse, et que Voltaire n’était qu’un enculé parmis tous... (avec quand meme quelques exception du genre Rousseau, que Voltaire detestait bien sur !)


                    • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 12 octobre 2011 20:25

                      Je pense que dans un siècle, on parlera de quelques-uns de nos prétendus intellectuels humanistes actuels en disant : « Rendez-vous compte, ce grand écrivain n’a pas dénoncé la mascarade du 11 septembre en son temps alors qu’il aurait pu le faire sans risquer sa vie. Quelle lâcheté ! Etait-il un simple salaud ou un imbécile parfait, comment ne pouvait-il pas savoir, doit-on encore proposer la lecture de ses ouvrages aux enfants, etc. »

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