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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « L’Avare » de Jacques Weber festif par excellence

« L’Avare » de Jacques Weber festif par excellence

S’il est avéré que l’argent mène le monde, l’Harpagon de Molière pourrait fort bien se constituer en emblème symbolique tellement sa soif d’en posséder toujours davantage l’incite à n’avoir d’autre préoccupation à l’esprit, si ce n’est la perspective de son propre mariage pourvu qu’il soit bien doté.

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L’AVARE
photo © Pascal Victor / ArtcomArt

Jean-Louis Martinelli a souhaité montrer cet Avare comme le prototype de l’être humain prêt à tout neutraliser autour de lui, à commencer par sa famille, de façon à n’agir qu’au bénéfice de cette seule cause.

Ce n’est alors pas tant l’aspect comique traditionnel souvent un peu caricatural qui s’affiche en modalité du spectacle que son réalisme psychosocial.

Harpagon peut alors aisément se profiler en figure de la grande bourgeoisie, sûre d’elle et de ses convictions, condescendante voire méprisante à l’égard de ceux qui la servent au quotidien, mettant tout le monde au pas en vue de cet unique objectif, faire grandir le capital, ses intérêts et en protéger l’accès par toutes sortes de mesures d’optimisation.

Demander alors à Jacques Weber d’en incarner cette posture fort imposante, très à l’aise avec l’évidence du pouvoir absolu, quasiment serein avec le bon droit de tout régenter au nom du principe monétaire, voilà qui semble couler d’évidence au regard de cette mise en scène déjà bien rodée en tournée et qui s’est installée pour les fêtes de fin d’année à Paris dans l’unique théâtre restant de l’époque « boulevard du crime ».

Nous avions quitté le comédien au Théâtre de l’Atelier en 2014, clôturé dans une chambre d’hôtel de Sarajevo avec le souci d’écrire un discours, non pour refaire le monde mais au moins l’Europe. Cette pièce de BHL avait suscité beaucoup de polémiques et pourtant Jacques Weber y était magistral. Sa prestation exprimait à la fois force, énergie et désappointement de l’orateur en quête d’inspiration.

Aujourd’hui, au Dejazet, c’est pain béni ! Le public vient retrouver, en totale confiance idéologique, tout à la fois Molière et Jean-Louis Martinelli, l’ex-directeur des Amandiers de Nanterre, et c’est donc tout naturellement que Jacques Weber se glisse dans un costume sur mesure où il apparaît heureux, tel un poisson dans l’eau, avec ce texte classique l’exaltant au point de le porter à sa bouche comme une gourmandise de tous les instants à déguster sur scène en direct.

Toute une équipe valeureuse de comédiens l’entourent en se distribuant tour à tour les rôles de mouche du coche et, lui, Harpagon y répond, tel un taureau fier et naïf, tellement convaincu d’emporter la victoire finale !

Cette aisance générale pourrait quasiment se terminer en comédie musicale orchestrée toute la soirée par la fluidité chorégraphique animant cette scénographie humaine au centre d’un superbe décor tout en bois, filtrant ou occultant la lumière à dessein depuis cour et jardin. Oui, la pertinence de cet Avare le rend festif par excellence !

photos © Pascal Victor / ArtcomArt

L'AVARE - ***. Theothea.com - de Molière - mise en scène Jean-Louis Martinelli - avec Jacques Weber, Alban Guyon, Marion Harlez Citti, Rémi Bichet, Christine Citti, Jacques Verzier en alternance avec Gilles Vajou, Sophie Rodrigues, Vincent Debost, Aziz Kabouche & Paul Minthe - Théâtre Dejazet

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L’AVARE
photo © Pascal Victor / ArtcomArt

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