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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « L’Echange » de Clint Eastwood : politique et manichéen

« L’Echange » de Clint Eastwood : politique et manichéen

L’événement d’avant-hier à Cannes, c’était la projection de "L’Echange" de Clint Eastwood. Les échos étaient tels que même en séance du lendemain dans la salle du 60e, sorte de séance de rattrapage qui permet de voir les films le lendemain des projections dans le Grand Théâtre Lumière, la salle était comble 1 heure 30 avant le début de la projection, certains ayant déjà évoqué une potentielle palme d’or pour Clint Eastwood.

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Ci-dessus, Angelina Jolie dans L’Echange.

C’est avec fébrilité que j’entrai donc dans la salle, m’apprêtant à vivre une expérience cinématographique aussi intense que Sur la route de Madison (mon préféré de Clint Eastwood cinéaste, mais aussi acteur, voir ma critique de Sur la route de Madison en cliquant ici).

Le synopsis était en effet particulièrement attractif et propice à un suspense eastwoodien. Clint Eastwood revenait ainsi hier sur la Croisette de nouveau avec un film noir cinq ans après y avoir présenté Mystic River dans lequel jouait un certain Sean Penn...

Synopsis : Los Angeles, 1928 : un samedi matin, dans une banlieue ouvrière, Christine (Angelina Jolie) dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, Walter a disparu. Une recherche effrénée s’ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de 9 ans affirmant être Walter lui est restitué. Désorientée par l’avalanche de policiers et de reporters et par ses propres émotions, Christine ramène le garçon à la maison. Mais au fond de son cœur elle sait qu’il n’est pas son fils.

Il en va des films comme des personnes : il y en a que l’on aimerait savoir détester ou par lesquels on aimerait savoir être envoûté. J’aurais aimé porter (et être portée par) un enthousiasme inconditionnel pour ce film d’un des maîtres du cinéma américain, malheureusement j’en suis ressortie avec une impression très mitigée.

Inspiré de faits réels, le scénario a été écrit par Joe Michael Straczynski et nous plonge dans l’angoisse puis le combat de cette mère dont le fils était la raison de vivre et dont le retrouver est la raison de se battre. C’est d’abord un portrait de femme meurtrie, courageuse, déterminée, portée par la foi et un espoir irrationnel qu’Angelina Jolie incarne avec beaucoup de talent, de sensibilité, avec l’aura des stars hollywoodiennes des années 40 et 50, un cinéma auquel Clint Eastwood rend d’ailleurs ouvertement hommage, notamment en nimbant la photographie, magnifique, d’une lumière subtilement surannée.

Vous vous demanderez alors probablement pourquoi ce film dont l’action débute en 1928 et qui traite d’une réalité lointaine est pressenti pour recevoir la palme d’or alors que Sean Penn a précisé qu’il faudrait que le lauréat ait "conscience du monde dans lequel il vit", tout simplement parce que, et c’est là le grand intérêt du film, en nous parlant des injustices hier, Clint Eastwood nous parle de celles d’aujourd’hui. A quelques détails près, le sujet est finalement effroyablement actuel et le combat de Christine a une résonance intemporelle et universelle, de même que la corruption, le poids de la religion dans la société ou encore le rôle de la presse.

Au risque de susciter de nombreuses réactions de désapprobation, ce qui m’a avant tout gênée c’est ce qui m’avait gênée dans la fin du scénario de Million Dollar Baby : son caractère outrancièrement mélodramatique et davantage encore ici, ce à quoi se prête le style, en l’occurrence celui du film noir : le manichéisme. Ainsi Angelina Jolie incarne une femme qui ne fléchit ni ne doute jamais, le capitaine Jones incarne la corruption sourde des autorités, prêtes à tout pour voiler la vérité, imposer la leur (même interner une femme saine d’esprit, tenter de lui faire croire et de faire croire à tous qu’un enfant qui lui est étranger est le sien) et donner l’image d’une police exemplaire. La vérité face au mensonge. La justice du combat d’une femme pour retrouver son fils face à l’injustice d’institutions corrompues. L’identification devrait être immédiate et pourtant ce manichéisme a fait que je suis toujours restée à distance, certes constamment là, mais à distance.

Par ailleurs, si le sujet n’avait été tiré d’un fait réel, j’aurais eu du mal à adhérer à cette histoire de tueur en série bourreau d’enfants (dont un instant j’ai imaginé qu’il serait manipulé par la police, créant de nouvelles ramifications dans cette histoire finalement un peu trop limpide à l’image de sa réalisation d’un classicisme certes impeccablement maîtrisé).

Clint Eastwood reste un raconteur d’histoire exemplaire, sachant magnifier ses histoires et ses acteurs par une réalisation fluide, mais à force de trop vouloir magnifier, à force de vouloir lui aussi, avec beaucoup de conviction, nous imposer sa vérité, il en oublie d’en donner le sentiment avec tout ce qu’elle recèle d’ambivalence. Certaines scènes demeurent particulièrement réussies comme celle qui nous glace le sang, de la confession de l’enfant ou celle dans laquelle un psychiatre tente de convaincre et se convaincre de la folie de Christine. Nous retrouvons alors ici l’ambivalence qui fait défaut au reste du film, chacune de ses paroles ayant un double sens, chaque rictus, chaque regard, chaque mot pouvant témoigner de sa folie. Une démonstration implacable du caractère alors subjectif de la vérité.

Il vous faudra attendre la sortie en février 2009 pour vous faire votre propre opinion.

Clint Eastwood toujours reparti bredouille de la compétition cannoise (à l’exception d’un prix d’interprétation pour Forest Whitaker dans Bird) se verra-t-il cette année récompensé ? Réponse dans trois jours sur "In the mood for Cannes" !

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Cet article est extrait du blog "In the mood for Cannes" en direct du 61e Festival de Cannes : http://inthemoodforcannes.hautetfort.com

Sandra.M


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13 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 22 mai 2008 10:45

    Le grand talent de Clint Eastwood (comme acteur et comme cinéaste) est de montrer le vrai visage du monde actuel avec sa cruauté et sa lâcheté. Il montre tout cela méchamment, sans mièvrerie, sans les concessions de marchands d’images à la soupe hollyvoodienne et aux pouvoirs en place. Pour moi, il mérite la palme d’or. Il serait dommage de ne la lui donner qu’à titre posthume. Si on aime Clint Eastwood, il veut le lui prouver de son vivant !

     

     

     


    • La Taverne des Poètes 22 mai 2008 10:47

      il faut le lui prouver...

      Ne restez pas sur le bord de la route de Madison. Clint a fait d’excellents films depuis.


    • geko 22 mai 2008 11:15

      D’excellents fims dont Bird loin des clichés du jazz et qui a révélé le talent hors norme de Forest Whitaker !

      Vous parlez de manichéisme, peut-être parceque vous gardez encore en mémoire le machiste Dirty Harry ? Clint n’a t-il pas l’âge de nous offrire quelques certitudes liées à la sagesse son expérience ? J’irai voir ce film pour m’en faire ma propre opinion parceque Clint ne m’a jamais semblé montrer du manichéisme dans les films qu’il a réalisé !


    • Karl-Groucho Dvant 22 mai 2008 11:05

      LA synopsis... À moins que ça ait changé...


      • Pierre de Vienne Pierre Gangloff 22 mai 2008 11:25

        Oui, Eastwood mériterait qu’on ne le laisse pas repartir sans un témoignage fort de la part des cinéphiles.Pour nous parler du Bien et du Mal, thème qui taraude la culture américaine, il est le plus grand. Moi j’avais particulièrement aimé "Un Monde Parfait" où déjà un enfant était le témoin de la violence des adultes.Et puis quel Américain aujourd’hui a autant de classe, d’élégance que lui ? 


        • Yohan Yohan 22 mai 2008 11:53

          Clint Eastwood, un grand qui a tout compris du genre humain. Une palme c’est un moindre effort


          • SANDRO FERRETTI SANDRO 22 mai 2008 12:04

            Exact, Yohan.

            La grande classe, physique et morale.

            Le talent, la modestie, un zeste de mystère. Peut étre la dernière vraie star (au sens noble) du cinéma américain.


          • Rosemarie Fanfan1204 22 mai 2008 13:47

            Bonjour Yo et Sandro, d’ac avec vous. Je suis une fan de Clint encore plus du réalisateur que de l’acteur, quoique...

            Un Grand !


            • claude claude 22 mai 2008 17:50

              bonjour la taverne, fanfan et tout le monde,

              j’aime bien les petits billets de sandra.

              je trouve un peu dur ces notes négatives, même si on n’est pas d’accord avec elle. car elle sait exprimer avec talent ses coups de coeur et ses déceptions, sans tomber dans la caricature...

              on a le droit de ne pas aimer et de le dire...à condition que ce soit avec courtoisie.

              donc, je plusse plein de fois son billet !

              je vais vous faire hurler, mais le film de clint que je préfère, c’est "space cow-boys" (en ce moment, je déteste tous les films tristes : sale temps pour les claude en ce moment ...)


              • gnarf 22 mai 2008 23:15

                Clint Eastwood palme d’or ?

                A la base c’est impossible, il est clairement conservateur et deteste Moore.

                Enfin comme il se fait vieux ca pourrait se faire, histoire de l’enterrer plus vite.


                • Zalka Zalka 23 mai 2008 10:15

                  En quoi le fait de haïr Moore empêche d’obtenir la palme ? Pourquoi réduire Eastwood à ses opinions conservatrices et souhaiter de prochaines funérailles ?

                  Si vous aviez vu ses films avec un minimum d’objectivité, vous auriez constaté qu’il est probablement bien plus progressistes qu’on ne le pense. Eastwood est peut être républicain, mais il n’est pas Bush.


                • Sav 23 mai 2008 21:31

                  Votre analyse de ce nouveau film de C Eastwood, comme celui antérieur de Sur la route de Madison sont magnifiques. Merci


                  • Sav 23 mai 2008 21:36

                    Re... les fautes de français en moins...

                    Votre analyse de ce nouveau film de C Eastwood, comme celle antérieure de Sur la route de Madison sont magnifiques. Merci

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