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L’effet pervers de l’excès d’anglicismes : un petit exemple

Sous la plume de ceux qui trouvent excessive l’opposition aux anglicismes en tout genre qui fleurissent dans nos médias, qui jugent exagérée l’inquiétude des défenseurs de la langue française, inutile la création de mots qui sonnent pourtant si bien, comme "pourriel", "partagiciel", "courriel" et autres trouvailles du Québec, on lit souvent que les langues sont des objets vivants, mouvants, évolutifs, qui s’échangent des mots, qui acceptent et rejettent en permanence mots et expressions, au gré de leurs locuteurs.

Tout cela est vrai, of course oserais-je dire, mais c’est une question de proportion, comme dans la cuisine ou dans le zen : trop de quelque chose - et l’harmonie s’enfuit.

A force de fréquenter quotidiennement des coachs, des prime-times, de l’intelligence économique, des think tanks, des brain-trusts, des… on en oublie les équivalents français, qui ne nous reviennent souvent qu’au prix d’un gros effort de mémoire, ce qui est paradoxal – et dommageable selon nous.

L’actualité récente vient de nous fournir un exemple amusant des dégâts possibles, suite à ces dramatiques attentats en Inde.

Une journaliste commentait ces jours-ci un récent accord en préparation entre l’Inde et le Pakistan, en vue de lutter contre le terrorisme, et elle a dit à peu près, en détaillant les mesures conjointement prises ou envisagées dans le futur par les deux pays : « le partage de l’intelligence » !

L’Inde donnera au Pakistan une partie de son intelligence, et le Pakistan fera de même ! Ainsi, ils garderont tous deux la même intelligence, ce qui est rassurant s’agissant de pays dotés d’armes nucléaires… C’est sans doute ce qu’on appelle un accord gagnant-gagnant !

Vous aurez compris qu’il s’agissait de partager non pas leur intelligence, mais leurs renseignements…

Voilà une maladresse dont la seule cause est l’usage abusif de l’anglicisme "intelligence économique", largement adopté par la presse économique et même généraliste, alors qu’il s’agit simplement de renseignement, d’espionnage et/ou de veille économique, selon le contexte de l’article. Selon certains, les mots anglosaxons seraient tellement plus signifiants, puisqu’ils englobent tout !

Alors, faisons nous aussi de « l’intelligence », de la veille francophone, afin de prévenir les attentats linguistiques contre notre langue : cela demande peu d’intelligence, mais beaucoup de renseignements et pas mal d’attention.


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83 réactions à cet article    


  • Fergus fergus 10 décembre 2008 10:26

    L’intrusion du mot britannique "intelligence" dans la sphère économique ne date pas d’hier et n’est guère sujet à mauvaise interprétation tant il est d’usage courant depuis les années... 80, époque où il s’est imposé dans "l’intelligence économique" ou "l’intelligence marketing", et dans la mesure où il concerne avant tout des initiés.

    Plus ennuyeux est l’émergence de termes anglo-saxons qui, peu à peu, supplantent des mots bien français qui s’étaient pourtant imposés. C’est ainsi qu’"open space" a désormais remplacé "bureaux paysage" sans autre nécessité que de faire plus branché !


    • Fergus fergus 10 décembre 2008 12:50

      A propos du mot "intelligence" utilisé à la sauce britannique et donc dans le sens de "renseignement", il existe ici et là des boîtes qui ont résisté à l’invasion en utilisant des mots comme "observatoire" ou "veille" (ex : veille technologique ou observatoire concurrentiel), mais force est de reconnaître qu’elles sont très minoritaires.


    • ZEN ZEN 10 décembre 2008 10:44

      Faire plus branché, oui c’est ça...
      "open space" , ça a un goût de liberté...
      Beaucoup de ceux qui travaillent dans ce cadre vous diront combien ce peut être insupportable parfois

      "c’est une question de proportion, comme dans la cuisine ou dans le zen "
      Qu’ai-je à voir avec la cuisine, cher Kroko smiley


      • claude claude 10 décembre 2008 17:10

        bonjour tout le monde,

        je me dépèche de "clavarder" quelques mots sur le sujet.

        la plupart d’entre nous pensent que le français est la seule propriété des français métropolitains.
        or depuis quelques siècles, nous avons essaimé sur l’ensemble de la planète, créant de mutiples variations de notre langue associées aux diverses langues régionales des emigrants.

        nos cousins du quebec ont ainsi passé la langue anglaise à leur moulinette pour créer de nouveaux mots à la consonnance bien française.

        si l’on fait le compte de tous ces apports d’outre-frontière (belge, suisse, quebec, afrique...), la langue française est loin d’être sur le déclin, car elle continue à s’enrichir de toutes ces / ses différences... et au lieu de se prendre le bec, on s’en fait un gros, c’est plus convivial ! smiley


      • wesson wesson 10 décembre 2008 10:48

        Hello Boy !

        How do you vas bien ?

        Plus sérieusement, vous visez juste dans votre article, que j’aurai pourtant aimé voir étoffer. Il y a quelques années je me rappelle de M. Toubon qui avait souhaité que l’on renforce l’usage du Français, notamment effectivement en créant un équivalent Français à tout Anglicisme courant. A l’époque M. Toubon avait été copieusement moqué pour cela, et pourtant son initiative était à mon avis très bonne et méritait d’être vraiment soutenue.

        Il y a dans ce monde un très fort lobby - pardon, groupe de pression - très bien représenté en France d’ailleurs, qui tend à faire adopter l’Anglais comme langue mondiale universelle, et marginaliser toutes les autres. D’ailleurs, il n’est pas rare que dans certaines grandes sociétés exerçant en France, tout le monde soit forcé de parler en Anglais.

        Derrière chaque langue, il y a une culture. L’adoption forcée d’une langue, c’est une forme de colonisation des esprits, par anihilation de la culture historique et de ses racines. Un rève de la mondialisation libérale d’ailleurs.

        Allez, je m’en retourne à mes clavardages !



        • K K 10 décembre 2008 16:26

          Pour les entreprises dont vous parlez, l’usage de l’anglais est sans doute du à la présence d’éléments non francophones au sein du personnel. L’anglais est le plus petit denominateur linguistique commun dans ce cas et permet d’éviter d’exclure des salariés. Je suis dans une entreprise de ce type et nous travaillons en équipes internationales. Essayez de parler français de manière professionnelle avec des espagnols et des bulgares ... vous viendrez vite à l’usage de l’anglais.


        • Marc P 10 décembre 2008 21:27

          Bonjour Wesson,

          En effet, suite à cette lmoi de Toubon, les journaleux avaient essayé d’épingler Juppé qui par mégarde avait parlé d’un "must", je ne sais plus lequel... Les épingleurs ont même eu l’idée de lui demander s’il savaient ce que signifiat le mot ... "mus" à quoi il a répondu... "le meilleur"...
          Intéressant... puisqu’inexact comme vous le savez...

          Certains anglicismes me font moins mal que les énoncés anglophones mal traduits à l’insu de leurs utilisateurs, ou encore utilisés dans une traduction littérale à l’insu de ceux qui l’utilisent ou l’entendent croyant fièrement qu’il s’agit d’un produit de la richesse de la langue française...

          Immédiatement, je pense à "ça va le faire"... Il en est d’anciens comme "parking", "shampooing", "sweat -swit- shirt" etc...
          On commence à entendre "à la fin du jour ou de la journée"...

          Des erreurs de traductions dans le 20 heures telles que "demander" au lieu d’"exiger" (faux amis selon le contexte) me laissent également tout chose...

          Je me rappelle d’une traduction d’un propos de Bush je crois : "shut up" par "la ferme", évidemment en anglais cela voulait dire "taisez vous" mais "la ferme" aggraveà souhait le cas de cette cloche de président .

          Toutefois, je crains que l’anglais l’emporte peut être trop facilement à cause ou grâce aux onomatopées, aux monosyllabes, à son statut de langue "in"... et bien plus vivante riche et maléable que le français, enfin à son étymologie souvent anglo-saxonne plûtot qu’étrangère comme le grec ou le latin pour le français... rendant la compréhension et la construction de nouveau mot infiniment plus facile...

          Etonnant un article et des commentaires de Krokodilo sans mention de l’Espéranto, sauf erreur de ma part..

          Sincèrement votre...
          Marc P


        • Marc P 10 décembre 2008 21:36

          Et si au lieu de tronquer l’expression d’origine nous l’énoncions dans son entier ... :
          comment allez vou  ? .... à la selle (no excréments servant d’indicateur quant à notre état de santé)... Ainsi s’exprimait par exemple Mozart... mais cela n’aura pas échappé aux médecins tels Kroko que je salue...
          Marc P

          PS : l espéranto est cité, mille excuses..


        • K K 10 décembre 2008 21:57

          krokodilo avance masqué... ses attaques contre l’anglais montrent aussi l’absence d’une langue commune.


        • Krokodilo Krokodilo 11 décembre 2008 17:49

          Impossible ! j’ai mentionné l’espéranto tout à l’heure dans mon commentaire à Zen, tout à fait en bas.
          De même qu’il est peu envisageable de lire un commentaire de Marc P sans la mention de l’anglais langue plus vivante ou plus facile ?


        • Krokodilo Krokodilo 11 décembre 2008 18:00

          Effectivement, c’est un billet léger, court, centré sur un seul exemple, mais s’il est facile de lister les anglicismes, il est plus difficile de donner des exemples où ils ont conduit à une faute ou une maladresse. De plus, c’était le seul exemple amusant que j’avais trouvé (le partage de l’intelligence, pas les attentats, naturellement). Dans les commentaires, il y a d’ailleurs d’autres bons exemples, bravo !

          J’avais quelque part un lien vers des textes composés quasi exclusivement d’anglicismes, comme beaucoup se sont amusés à le faire, mais je ne le retrouve plus.


        • Krokodilo Krokodilo 11 décembre 2008 18:11

          K, c’est pas le mandarin, la langue commune de la plupart de l’humanité ? Ou l’espagnol en Amérique du sud ? Wouaf.


        • Krokodilo Krokodilo 11 décembre 2008 18:15

          Wesson, outre ma réponse ci-dessus qui vous était destinée -, j’ajoute ce lien qui va peut-être vous scotcher comme on dit, des cours de gym en anglais obligatoires à l’école :

          http://www.francophonie-avenir.com/Index%20BL%20Anglo-collabos%20%C3%A0%20Levallois.htm

          The new France est arrivée !


        • Ronny Ronny 10 décembre 2008 10:52

          @ auteur

          Les papiers sur la qualité d’une langue me semblent toujours pertinents même si au premier abord, on pourait penser qu’il s’agit là de peu de choses comparées aux misères humaines de notre planète...

          La langue a quelque chose à voir avec "l’âme d’un peuple", en tout cas avec son essence même. Il n’est pas anodin de constater l’emploi de plus en plus fréquent de mots anglais dans un monde ou l’on tente depuis 15 ans de nous imposer la vision économique et sociale anglo saxonne, même depuis qu’elle a démontré toute sa fragilité, pour ne pas dire sa stupidité...

          Je n’ai rien contre l’anglais, rassurez vous, je pratique largement, rédigeant 50% de mes rapports dans cette langue, puisque ceux-ci sont destinés à un auditoire (et non pas audience comme on l’entend souvent) international et qu’il s’agit de la langue internationale par excellence ! Simplement, lors de conférences en France avec des Francais je me refuse à parler anglais et je remplace systématiquement les anglicismes inutiles par leurs équivalents francais. Je préfère défi à "challenge", entretien à "maintenance", recherche et développement à "R and D", centre de réflexion à "think tank", cadre à "executive", entreprise commune à "joint venture"... J’avais aussi été reçu "mollement" en traduisant brain storming par "tempête de cerveaux" (un collègue m’a proposé remue-méninges, qui est excellent et que j’ai adopté depuis) pour montrer l’absurdité de la mode...

          Du coup, j’ai été amusé de constater que me refuser à parler cette "nov-langue" - qui formate les individus au plan intellectuel - me conduisait à être parfois considéré comme original, voire comme "associal" au sens où je refuse de me fondre dans le moule (je ne porte pas de cravate non plus !). A la vitesse où vont les choses, je ferais bien de me faire gaffe : je vais finir par être considéré comme terroriste !

          Et pour finir, une jolie émoticone ("smiley") : smiley



          • spartacus1 spartacus1 10 décembre 2008 14:32

            Pour "smiley" les québecois proposent et utilisent binette. Cela me parait tout à fait intéresssant.


          • Krokodilo Krokodilo 11 décembre 2008 17:46

            Merci du témoignage vécu, au moins voit-on que nombreux sont ceux qui partagent le sentiment qu’il y a un problème, que lutter contre cette novlangue demande un effort intellectuel, ce qui est quand choquant. C’est bien ce que je voulais dire : nous sommes souvent obligés de faire un effort pour nous souvenir de remue-méninges, pour éviter coaching, low cost et autres.

            Certains pensent que cet effort est vain, voire contre-nature, qu’il faut laisser les langues s’équilibrer entre elles "naturellement", mais ceux-là oublient le lien étroit entre langue et pouvoir.


          • Zalka Zalka 10 décembre 2008 11:02

            Je suggère de bannir également le terme tunnel, odieux anglicisme de tonnel, lui même issus de l’odieux francisme tonnelle.

            J’engage également les québecquois a refranciser de nombreuses expressions. Il est inadmissible de voir toutes une jeunesse répondre "tu es bienvenu" lorsqu’on lui dit merci.

            Espèrons que nous nous attaquerons dans un futur proche aux grecquismes (bibliothèque... Pouah !) et aux arabismes (magasin, avarie... Peurk et re-pouah !)


            • Gilles Gilles 10 décembre 2008 11:49

              inch allah my brother


            • claude claude 10 décembre 2008 16:54

              dans la simca 1000, cher capitaine ?

              quel entrain en ces regains de froidure !

               smiley



            • claude claude 10 décembre 2008 20:48

              merci cher capitaine,

              à moi aussi toute la bande m’a manqué. smiley

              la faute à quelques méchantes trurbulences qui ont traversé ma route ces derniers temps... smiley


            • LE CHAT LE CHAT 10 décembre 2008 11:49

              et que dire de Vandamme , lui si aware pasqu’il a le spirit inside of himself !  smiley

              heureusement qu’il y a encore des remplaçants sur les bancs au foot , pasque dans ma boite ils ont plus que des back-up ! smiley


              • darthbob darthbob 10 décembre 2008 12:15

                Arrêtons de vouloir faire du français une langue morte.

                La langue parlée en France vit grâce à ses habitants et non par la volonté d’une élite gardienne de la "françitude" <= je me réserve ce mot s’il n’a pas déjà été créé, il me palit beaucoup.

                C’est comme les vieux sages, assis au pied du grand chêne de chaque village, pestant contre la jeunesse et les commerçants qui poussaient à l’adoption d’une langue gallo-romaine ! 

                Notre langue doit vivre, doit s’enrichir et se nourrir d’autres langues et autres cultures. Il y a eu le latin, le grec et d’autres (russe, allemand, arabe) pourquoi pas l’anglo-américain ?

                Demain le mandarin ?

                Et alors ? De quoi avez-vous peur ? 

                De ne pas comprendre ce que vous diront vos petits-enfants ? de ne plus comprendre les infos de 13h ?

                C’est la vie. On sait tous que toutes les langues parlées actuellement ne seront pas celles employés d’ici 100 ou 200 ans. A part se fermer au monde, interdire les mots étrangers et sanctionner ceux qui les emploient je ne voit pas comment faire autrement. Et je ne vois pas l’interêt...

                PS1 : pourriel, partagiciel et courriel ne sonnent pas bien. Mais ce n’est que mon avis...

                PS2 : partager l’intelligence, c’est un beau concept, mais une mauvaise traduction.
                 


                • LE CHAT LE CHAT 10 décembre 2008 12:38

                  en français , on dit intelligence avec l’ennemi !


                • Zalka Zalka 10 décembre 2008 13:03

                  Le principal est toujours de rester intelligible.


                • nihalem 10 décembre 2008 14:39

                  « Arrêtons de vouloir faire du français une langue morte.

                  La langue parlée en France vit grâce à ses habitants et non par la volonté d’une élite gardienne de la "françitude" <= je me réserve ce mot s’il n’a pas déjà été créé, il me palit beaucoup.

                  C’est comme les vieux sages, assis au pied du grand chêne de chaque village, pestant contre la jeunesse et les commerçants qui poussaient à l’adoption d’une langue gallo-romaine !

                  Notre langue doit vivre, doit s’enrichir et se nourrir d’autres langues et autres cultures. Il y a eu le latin, le grec et d’autres (russe, allemand, arabe) pourquoi pas l’anglo-américain ? »

                  Je te conseille d’enrichir ta langue avec la langue française qui comporte des mots comme francité qui est largement méconnu, il est vrai, signe des temps. Après, si tu maîtrise d’autres cultures en plus, ce sera merveilleux. Mais jamais, JAMAIS, deux cultures peu maîtrisées équivalent à une qui l’est parfaitement.

                  Ce n’est pas tant le vocabulaire qu’on a importé du grec et du latin qu’un ensemble relativement cohérent (surtout si on tient compte de son âge et de toutes les guerres idéologiques qu’il a subit) de radicaux, de préfixes et de suffixes. Bon courage pour importer une cohérence d’ensemble de l’anglo-américain : ils ont dés le début mélangé racines gréco-latine (en fait la culture latine, c’est presque la culture grecque comme le montre Paul Veyne par exemple) et anglo-saxones ! Ainsi, en bon anglais on dit unable et inability. Et on peut multiplier les exemples, bon courage !

                  PS : Oui, francéité te pâlit, je confirme ;P .


                • Rune Rune 10 décembre 2008 14:46

                  > irréel
                  > illégal
                  > intemporel
                  > impossible
                  Cohérence svp ???


                • nihalem 10 décembre 2008 16:00

                  Ce sont des histoires assez complexes de labialisations, nasalisations et autres : pour produire des sons, ta bouche fait différents mouvements, certains sont plus aisés à enchaîner que d’autres. La langue se crée donc des exceptions de ce type. Il y a aussi les exceptions à vocation étymologique, et beaucoup d’autres raisons encore. Parfois, il y a des exceptions vraiment incongrues et on se demande ce qui a pu les produire. C’est vrai, trop souvent à mon goût. Mais ça ne sera jamais une raison pour en rajouter encore et toujours plus.

                  Si tu trouves que le français a du ménage à faire, aides-y plutôt que de rajouter du travail. Et ça commence par choisir son expression.

                  Un exemple : Dans la conjugaison, la deuxième personne du singulier a toujours une terminaison en -s. Sauf les verbes du premier groupe à l’impératif uniquement. Pire, il faut remettre le s si une voyelle suit pour des raisons d’euphonie. Ainsi, on écrit aide-toi et aides-y, je n’ai jamais pu, malgré toute ma bonne volonté, je vous l’assure, trouver la moindre utilité ou charme à cet état de fait. Aussi je l’orthographie parfois selon la règle quand je souhaite montrer que je ne l’ignore pas, et la boycotte parfois sciemment.
                  C’est ce travail minutieux qui, pratiqué en masse et patiemment, tisse ou éfiloche une langue...


                • darthbob darthbob 10 décembre 2008 16:33

                  Je préfère tout de même francitude, avec son côté rebelle, imaginatif et de bon ton... ;O)

                  Ce que je voulais exprimer, même si cela n’est pas forcément très clair, c’est qu’on aura beau s’énerver parce qu’un(e) journaliste emploie un terme inexact, il ne faut pas non plus en tirer des conclusions hâtives.

                  Un mot est un outil pour représenter un objet, une idée, un concept ... Bref, si un mot d’une autre langue parait plus naturel, plus usuel, plus représentatif pour exprimer sa pensée, pourquoi s’en priverait-on ?

                  Si des mots anciens existent mais sont tombés dans l’oubli, ce n’est pas anormal, c’est peut être aussi qu’ils ne correspondent pas à ce que les français pensent ou cherchent !

                  Je suis heureux d’apprendre des mots nouveaux ou de lire des mots inventés qui "prennent" immédiatement dans l’inconscient : "abracadabrantesque, bravitude"...

                  Rien ne me fait plus plaisir que d’entendre un américain prononcer "deja-vu". Ce mot est utilisé car il exprimait pleinement le concept et qu’à l’époque il n’était pas utile d’en inventer un autre.


                  Bref, je radote. Là où certains se plaignent d’appauvrissement du français, je penche plutôt pour une évolution naturelle... Les mots naissent et meurent aussi.


                • Rune Rune 10 décembre 2008 16:52

                  Oui, assimilation rétrograde en d’autres termes. Sauf que la logique qui a permis ce genre de construction n’est plus forcément logique aujourd’hui, les règles phonètiques évoluent. Pour ce qui est de l’orthographe, c’est une autre paire de manches. Faire le ménage, oui mais que pour l’orthographe. 
                  PS : aides-y et aide-toi est justement un exemple où l’orthographe a suivi la phonétique et qu’elle est beaucoup plus logique qu’elle n’apparait. (encore un pb d’assimilation rétrograde d’ailleurs)


                • Zalka Zalka 10 décembre 2008 16:58

                  C’est bien connu : si la justice française à interdit la première version des "Fleurs du mal" de Baudelaire, ce n’est pas pour l’amoralité de l’oeuvre, mais bien pour le titre de la première section de cet oeuvre : "Spleen et Idéal".

                  Nul doute que la version définitive fut acceptée malgré l’absence de changement du titre uniquement en raison d’ignobles pression de la part des lobby anglicistes. Baudelaire en tant que traducteur d’Edgar Poe, a toujours été très impliqué dans la destruction de la culture française par la culture de la perfide albion.


                • nihalem 10 décembre 2008 18:50

                  « PS : aides-y et aide-toi est justement un exemple où l’orthographe a suivi la phonétique et qu’elle est beaucoup plus logique qu’elle n’apparait. (encore un pb d’assimilation rétrograde d’ailleurs) »

                  J’ai oublié de préciser : quand je boycotte la règle, je mets toujours le s, quoiqu’il arrive. Ça abolit la règle d’exception (pas de s pour les verbe du premier groupe à la 2e du singulier à l’impératif) et rend inutile l’exception à l’exception (s d’euphonie)...


                • Asp Explorer Asp Explorer 10 décembre 2008 22:13

                  Merci, Zalka, de nous rappeler les méfaits de ce fossoyeur de notre belle langue.


                • Krokodilo Krokodilo 11 décembre 2008 17:35

                  Le Chat, effectivement, ce sens d’intelligence, de même que "vivre en bonne intelligence", est ancien, mais le sens de renseignement/veille/espionnage, est relativement récent et très différent des sentiments et de l’émotion.


                • Krokodilo Krokodilo 11 décembre 2008 17:41

                  "Notre langue doit vivre, doit s’enrichir et se nourrir d’autres langues et autres cultures. Il y a eu le latin, le grec et d’autres (russe, allemand, arabe) pourquoi pas l’anglo-américain ?
                  Demain le mandarin ?
                  Et alors ? De quoi avez-vous peur ?
                  "
                  Moi ? Mais je n’ai peur de rien ! j’ai déjà répondu dans ce billet : c’est une question de dosage, et il me semble qu’en matière d’anglicismes, c’est comme le sel, on a au moins 5 fois la dose !


                • Asp Explorer Asp Explorer 11 décembre 2008 18:12

                  Demain le mandarin ?

                  Il faut arrêter avec votre mandarin. Le mandarin n’est même pas parlé dans toute la Chine, et en 5000 ans d’histoire, ce pays n’a jamais réussi à exporter sa langue. Pour la bonne raison qu’elle est à peu près impossible à apprendre si on n’est pas né chinois, vu qu’elle est très compliquée. Contrairement à d’autres langues bien plus faciles à aborder. Tiens, un exemple : l’anglais...


                • Krokodilo Krokodilo 11 décembre 2008 18:24

                  En 5000 ans, je ne sais pas, mais à en juger par le nombre d’instituts Confucius qu’ils financent depuis quelques années en France et dans toute l’UE, en Afrique, aux USA, il n’est pas dit qu’ils ne goûtent pas à leur tour aux délices de l’expansion et du colonialisme linguistique... Il faut bien qu’ils utilisent leurs réserves monétaires.


                • Guy Decreuse 17 janvier 2009 14:20

                  Je ne suis pas d’accord avec l’idée selon laquelle on doit laisser la langue évoluer naturellement. Ceci valait sans doute au siècle dernier, alors qu’aujourd’hui les moyens de communication de masse ont un effet multiplicateur qui n’a rien de "naturel" ; de la même façon qu’un virus peut faire le tour du monde en un jour, et nécessiter des mesures exceptionnelles pour qu’on en vienne à bout, la simple paresse d’un traducteur peut répandre une expression auprès de milliers ou de millions de personnes qui vont la réutiliser sans malice ; dernier exemple en date : l’article de l’AFP sur l’amerrissage de l’avion sur l’Hudson ; selon la femme du pilote, celui-ci a "du contrôle". On peut en sourire, mais je vous donnerai un autre exemple qui, lui, ne prête pas à rire : on trouve maintenant le mot "pathétique" dans des articles tout à fait sérieux au sens de "lamentable" ou "risible", beaucoup de jeunes ne connaissent plus que cette acception. Franchement, si vous avez de l’énergie à dépenser, utilisez-la plutôt à faire de la résistance que de l’ironie.


                • Vilain petit canard Vilain petit canard 10 décembre 2008 13:13

                  Que les journalistes français ne savent pas parler anglais, on le sait. Qu’ils ne savent pas parler français, on le sait aussi. A preuve, les bulletins d’information sont remplis de gens qui "supportent" tel ou tel candidat (au lieu de "soutenir"), de "sanctuaires" (au lieu de "refuges"), et autres "performances" et "intelligences"... Alors quoi de neuf ?


                  • Rune Rune 10 décembre 2008 14:37

                    "supporter qqun" vient du mot nominal "supporter" employé en sport. Son sens est distinct de celui de "soutenir" car plus émotionnel, plus musclé. (Au passage, le mot anglais de supporter (sportif) vient lui même du français... Juste retours des choses :D)
                    > Jean soutient la position de marie (ok)
                    > Jean supporte la position de Marie (faux sauf dans le sens ou il ne l aime pas)
                    Bref, ce sont deux verbes distincts de par leurs sémantiques. Après, que les journalistes emploient l’un ou l’autre de ces termes, s’ils ont conscience de la différence de sens, ne me pose pas réellement problème.


                  • Vilain petit canard Vilain petit canard 11 décembre 2008 10:11

                    Rune
                    D’accord, si vous voulez, mais avant qu’on importe le nom "supporter" (qu’on devrait orthographier "supporteur", tant qu’à faire, comme dans "transporteur" ou "camionneur"), le verbe "supporter" s’employait plutôt dans un autrre sens, plus péjoratif : je supporte Sarkozy parce que je ne peux pas le flanquer dehors. C’est-à-dire que je fais contre mauvaise fortune bon coeur, il y a un effort et un certain désaveu cachés dans le mot. Je maintiens que supporter quelqu’un n’implique pas de le soutenir. Exemple : Je supporte Ségolène Royal et je supporte Sarkozy : je soutiens qui ? On voit bien que le nouveau sens que vous défendez pose un problème.

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