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L’enterrement avec Samuel Le Bihan, Mélanie Doutey, Mathilda May & ...

Scénographie exceptionnelle, mise en scène tant esthétisante que démonstrative, direction d’acteurs transcendentale et interprétation instinctive constituent le cadre de cette création de Daniel Benoin entre Nice, Paris et Lyon.

Un ensemble d’immenses tapis disposés comme une piste de skate-board, en demi-cercle vertical, à même la vaste scène du Rond-Point, enveloppent de part et d’autre une table de banquet avec, en arrière-plan, une porte s’ouvrant, superbement, sur une tempête de neige.

D’aucuns voient cet enterrement comme la suite de Festen, la pièce de Daniel Benoin, elle-même adaptée du film de Vinterberg.

Chronologiquement, c’est exact puisque les mêmes protagonistes, séparés depuis dix ans par le traumatisme incestueux, sont conviés à l’enterrement du pater familias.

Mais au-delà de cette séquence a posteriori dont certains dénoncent la fatalité récurrente car porteuse d’un nouveau drame similaire, peut-être faudrait-il considérer cette réunion de famille, comme l’opportunité d’un approfondissement dans la compréhension de la nature humaine faisant quasiment, d’une pièce à l’autre, passer l’enjeu de l’éthique à la métaphysique.

Si, pour Festen, la perversion révélée était identifiable en la seule personne du Père, il était néanmoins relativement aisé pour chacun de se situer entre les camps mal définis du bien et du mal :

En effet, inceste et pédophilie sont, sous peine d’être bannis socialement, des tabous culturellement intransgressibles.

Cependant ici, pour l’enterrement, alors que Christian, objectivement, vient de commettre l’irréparable, les circonstances accidentelles de son forfait vont susciter l’étrange impression que le geste fautif ne lui appartenait pas volontairement et que, par conséquent, n’importe quel autre protagoniste, dans la même situation, aurait pu avoir ce réflexe fatal, complètement répréhensible par la société.

D’ailleurs, au sein d’une dialectique imaginaire avec l’au-delà, en général, et avec le père décédé, en particulier, l’auteur développera l’impossibilité contingente à l’être humain, d’être en contrôle permanent de toutes ses pulsions.

L’inconscient, constamment tapi en retrait du libre arbitre, aurait cette faculté de pouvoir prendre en traître l’être civilisé, sans que celui-ci ne puisse être en mesure systématique d’opposer son veto.

Autrement dit, la civilisation ne serait pas une armure infaillible à toutes les sollicitations et, peut-être, serait-il pertinent d’admettre que la nature humaine puisse être prise en défaut, contre son gré.

Voilà donc, nous semble-t-il l’une des approches paradoxales, à envisager pour cet enterrement de très grande classe.

Voilà donc aussi, sans doute pourquoi, tant de critiques ont-ils préféré, soit s’insurger, soit se taire devant une parabole familiale, lourde en transgressions inacceptables par la morale de tout un chacun.

A méditer dans une confrontation appréciative de ce travail artistique, remarquable.

photo © Theothea.com 

L'ENTERREMENT - **** Theothea.com - de Thomas Vinterberg & Mogens Rukov - mise en scène : Daniel Benoin - avec Pierre Cassignard, Paul Chariéras, Mélanie Doutey, Dominique Labourier, Samuel Le Bihan, Mathilda May, Caroline Proust et la Collaboration de François Marthouret - Théâtre du Rond-Point 

 


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2 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 29 octobre 2012 11:20

    Bonjour, Theothea.

    Il n’y a pas que les critiques bourgeois offusqués par le contenu de cette pièce iconoclastes qui ont émis un avis négatif : le critique du Canard Enchaîné, Jean-Louis Porquet, que l’on ne peut guère accuser de défendre une morale étriquée, a lui aussi dézingué cette pièce, non seulement pour le fond, mais aussi pour la forme, soulignant en outre le jeu pitoyable de certains acteurs, à l’image de Mathilda May. Jean-Louis Porquet, dans sa conclusion, parle carrément d’« enterrement raté », bref une critique très dure comme il en écrit rarement.


    • Theothea.com Theothea.com 29 octobre 2012 13:40
      Cher Fergus,

      Effectivement ; à mon tour, je citerai, par exemple, Philippe Chevilley qui conclut ainsi sa critique dans « Les échos » : « On est sorti dépité du Rond-Point, priant le dieu du théâtre et du cinéma, que ni Daniel Benoin ni Thomas Vinterberg n’aient l’idée un jour de nous servir un « Festen 3 » ».
      Or, nous pouvons observer, concomitamment, un tollé similaire pour « Amour » de Philippe Haneke.
      Les thèmes abordés ont en commun, la transgression du non-dit et du non-montré, sur l’écran et sur scène habituellement, et surtout une approche différenciée des valeurs humanistes admises tacitement par la société, en son état éthique.
      Donnons du temps au temps pour que les jugements appréciatifs puissent trouver une place équitable.
      Pour notre part et en l’occurrence, « L’enterrement » et « Amour » sont des œuvres qui, en dehors de leurs grandes qualités artistiques respectives, forcent le regard à d’autres dimensions humaines.
      JM pour Theothea.com  

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