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L’exceptionnelle dégustation 2004 de Petrus, Trotanoy, Magdelaine, Belair...

Une rarissime dégustation personnelle des crus de la famille Moueix, millésime 2004, organisée par les Entreprises Jean-Pierre Moueix, avec Edouard Moueix (le fils de Christian Moueix : Trotanoy, Hosanna, La Fleur-Petrus, Magdelaine...) et mon ami Jean-Claude Berrouet, l’homme qui “signe” quelques-uns des plus grands crus de Bordeaux, et donc du monde. Douze vins, du plus mythique (Petrus, de Jean-François Moueix) aux plus exceptionnels.


Château LA SERRE
Saint-Émilion Grand Cru Classé. Superficie : 7 hectares (80 % merlot, 20 % cabernet, sols argilo-calcaires). Le 2004 est tout en bouche, au nez où dominent la groseille et l’humus, associant puissance et finesse, charnu, un vin très harmonieux et très équilibré, de bonne garde.

Château MAGDELAINE
Saint-Émilion 1er Grand Cru Classé. Superficie : 11 hectares (90 % merlot, 10 % cabernet franc, 2/3 sont situés sur le plateau calcaire à astéries, et 1/3 sur les molasse. C’est un site viticole très ancien (environ 2000 ans), exposé au Sud, sur la commune de Saint-Émilion. Ce 2004 est formidable, d’une finesse hors du commun. Très grand vin, de robe brillante, très complet, avec une belle matière présente et savoureuse, aux senteurs de petits fruits noirs (cassis), de cuir et de violette, de belle garde.

Château BÉLAIR
Saint-Émilion 1er Grand Cru Classé. Superficie : 12,5 hectares (80 % merlot, 20 % cabernet franc ; 40 % en côtes argilo-calcaires, 60 % en plateau calcaire à astéries). Le traitement du vignoble en Ecodynamie est très respectueux des équilibres naturels puisqu’aucun produit toxique n’est ulilisé, ce qui permet le respect des levures et des bactéries indigènes et rend donc possible leur utilisation en fermentation. Pascal Delbeck a cédé des parts minoritaires de la Société d’exploitation de ce cru aux Entreprises Jean-Pierre Moueix, qui assurent la commercialisation exclusive. Toujours caractérisé par une grande élégance, le 2004 est très représentatif du millésime, de robe grenat, un grand vin équilibré et ample, charmeur, avec des nuances de cuir, d’évolution lente.

Château LAFLEUR-GAZIN
Pomerol. Superficie : 8,5 hectares (80 % merlot, 20 % cabernet franc ; Limons, graves et argiles). Environ 40 000 bouteilles. Le vignoble, d’une moyenne d’âge de 30 ans, évolue sur différents types de sol et compte un pourcentage assez élevé de cabernet franc. La conduite viti-vinicole est menée de manière traditionnelle et avec le même souci du détail que pour les autres crus gérés par la famille Moueix. Le vin est riche, avec des arômes de fruits cuits, ample, d’une belle robe sombre, d’un très bel équilibre en bouche, un beau vin où la puissance prédomine.

Château LA GRAVE A POMEROL
Pomerol. Superficie : 8,7 hectares (85 % merlot, 15 % cabernet franc, graves, avec présence d’argiles fines). Environ 36 000 bouteilles. Le vignoble, d’une moyenne d’âge de 30 ans, s’étend sur le versant Ouest de l’appellation et marque, comme son nom l’indique, le début de la célèbre ceinture graveleuse caractérisant les grands vins de Pomerol. Ce 2004 est très classique, tout en charme, avec ses notes fumées et réglissées, des tanins mûrs et suaves, et une finale longue et savoureuse.

Château CERTAN MARZELLE
Pomerol. Superficie : 3,25 hectares (100 % merlot, graves sur argile). Environ 12 000 bouteilles. Le vignoble, d’une moyenne d’âge de 25 ans, s’étend sur un magnifique sol de graves reposant sur de l’argile. La culture ainsi que la vinification s’opèrent de façon traditionnelle. Le jeune vin est élevé en barriques de chêne renouvelées chaque année à hauteur de 50 %. Le 2004 est exceptionnel de finesse, un vin vraiment très séduisant, très parfumé, très rond, ample au nez comme en bouche, d’une grande harmonie.

Château LATOUR A POMEROL
Pomerol. Superficie : 7,9 hectares (90 % merlot, 10 % cabernet franc, 2/3 sols graveleux et argileux, 1/3 limons argileux). Environ 36 000 bouteilles. Le vignoble de cette propriété donné en 1962 en fermage aux entreprises Jean-Pierre Moueix se caractérise par la diversité de ses sols : graveleux avec la présence d’argiles sur une parcelle appelée les Grandes Vignes à proximité de l’église et limoneux autour du château. Ce terroir varié confère ainsi une complexité et une harmonie au vin que l’on retrouve dans ce millésime, robe rubis intense, des arômes de fruits surmûris, d’épices, de cuir. Charnu, complexe, avec des saveurs intenses, aux tanins puissants et soyeux à la fois.

Château LA FLEUR PETRUS
Pomerol. Superficie : 13,5 hectares (80 % merlot, 20 % cabernet franc, sur des sols graveleux). Environ 4 000 caisses. Contigu au Château Lafleur à l’ouest et Petrus au sud, le Château possède un sol essentiellement graveleux. Le vignoble est complanté de cépages scrupuleusement choisis. Ce millésime est de belle couleur profonde, très parfumé (fruits cuits), de bouche intense, aux tanins qui commencent à peine à se fondre, un très grand vin ample et distingué à la fois, puissant, très racé.

Château HOSANNA
Pomerol. Superficie : 4,5 hectares (70 % merlot, 30 % cabernet franc, mélange d’argile et de graves. Environ 18 000 bouteilles. Grâce à ce terroir mêlant graves et argiles, le vin produit est corsé et généreux, alliant finesse et équilibre. Le pourcentage conséquent en vieux cabernet lui confère une grande complexité. Cela se retrouve dans ce 2004, un très grand vin, gras, d’un velouté exceptionnel, un millésime de haut niveau, de grande évolution.

Château TROTANOY
Pomerol. Superficie : 7,2 hectares (90 % merlot, 10 % cabernet franc, graves argileuses et argiles noires). Environ 30 000 bouteilles. La mixité des sols (pour moitié des graves reposant sur de l’argile et pour moitié des argiles noires profondes) confère au vin à la fois de la puissance et de la profondeur ainsi qu’une grande finesse. Le 2004 ne déroge pas à son style : il est superbe, parfumé (fruits frais, sous-bois, épices...). Couleur pourpre, nez confit, tanins harmonieux, grande évolution, grande race.

Château LAFLEUR
Pomerol. Superficie : 4,5 hectares d’un seul tenant (50 % merlot, 50 % cabernet franc, sols argilo-graveleux, sableux). Une étude pédologique approfondie réalisée en 1998, a permis d’appréhender la diversité des sols de Lafleur. On retrouve une croupe graveleuse avec un sol brun graveleux, un sol brun sablo-graveleux sur graves argileuses et sur sables argileux et enfin au centre une échancrure avec des sols plus profonds et la présence de pseudogley. Le vin est gras, corsé, racé et savoureux, équilibré, très harmonieux, riche en couleur, de très belle évolution.

PETRUS
Pomerol. Superficie : 11,4 hectares (95 % merlot, 5 % cabernet franc, argiles noires gonflantes). Environ 30 000 bouteilles. Un terroir unique (butte à 40 m d’altitude sur le fameux plateau de Pomerol aux argiles profondes sur un lit de crasse de fer) sur lequel le cépage merlot s’épanouit de manière exceptionnelle, lié à une approche viti-vinicole traditionnelle et respectueuse des aléas naturels.

On ne peut contester que Petrus fait partie de la petite poignée des plus grands vins rouges du monde, et des 3 ou 4 plus grands crus bordelais, à un prix lui aussi hors normes, certes. C’est l’archétype des grands crus où le terroir crée cette osmose exceptionnelle avec le cépage et les hommes et on comprend qu’il ne puisse qu’aiguiser la jalousie d’un bon nombre de producteurs médiatiques, libournais, médocains ou étrangers, qui ne peuvent, eux, faute de terroir et d’humilité, que se contenter de faire mariner à outrance leur vin dans des barriques en croyant qu’ils font une cuvée digne de ce nom... La surconcentration n’est pas un gage de grand vin et l’élevage abusif en fûts neufs non plus (Petrus n’en utilise que 50 % en moyenne).

Côté terroir : "à Petrus, m’explique Jean-Claude Berrouet, l’originalité est particulièrement importante puisque l’on sort des sentiers battus bordelais.

Ici, ce qui prime, c’est la rencontre de 2 argiles, une argile ancienne, bleue, arrivée dans la seconde moitié de l’ère tertiaire. Au Quaternaire, il y a eu des recouvrements graveleux, mais, à Petrus, ce sont des argiles noires gonflantes qui donnent la spécificité... Petrus (11,5 ha) est situé sur un plateau et plus précisément sur un mamelon argileux qui culmine à 42 m d’altitude, ce qui permet aux eaux de ruissellement de surface de ne pas stagner et d’aller vers le bas. Ainsi, il n’y a jamais d’excès d’eau, mais l’une des vertus de l’argile est ce pouvoir de rétention d’eau, elle se comporte comme une belle éponge, et restitue l’eau lentement à la plante en période de sécheresse. Petrus, c’est aussi l’expression d’un cépage, le merlot, qui s’épanouit pleinement sur ces argiles.

C’est un vignoble très ancien. J’y suis arrivé en 1964 et j’ai connu une parcelle postphylloxérique qui avait été plantée en 1885. Il y a encore des parcelles plantées en 1957, mais la moyenne d’âge des vignes est de 35 ans. À partir de 1985, nous avons fait un gros effort de sélection massale en collaboration avec l’Inra et la chambre d’Agriculture. Pour les replantations, nous avons réintroduit les vieux pieds de vignes sélectionnés et passés en Tests Elisa pour vérifier leur état sanitaire. Ainsi, nous avons reproduit les vieilles sélections qui avaient été choisies par nos anciens, auxquelles nous avons ajouté de nouveaux clones, de telle sorte qu’on laissera aux successeurs la population ancienne et la population moderne. La culture de la vigne est très traditionnelle à Petrus : on laboure 2 fois par an, on chausse et déchausse. Les rendements varient de 25 à 39 hl/ha mais la moyenne se situe plutôt vers 35 hl/ha. Les vendanges sont manuelles, effectuées en cagettes avec un tri sévère effectué sur 2 tables de tri. La vinification est très traditionnelle avec des fermentations en cuves béton. Nous privilégions des extractions très mesurées, ainsi les cuvaisons ne sont pas très longues car nous souhaitons rester sur le fruit et des tanins soyeux.

S’ensuit l’élevage durant 18 à 20 mois en fûts de chêne avec une proportion de bois neuf qui varie selon les millésimes (un peu plus de 50 %). Nous évitons le surboisage, toujours dans un souci permanent de préserver la spécificité du vin. Le vignoble est protégé en lutte raisonnée. Nous pratiquons depuis 1991 l’étude de la maturité phénolique en parallèle avec la maturité physiologique. Avec l’indice de maturité et la dégustation des baies, parcelle par parcelle, nous déterminons une date de vendange la plus précise possible, ce qui est un facteur primordial pour obtenir la meilleure qualité d’un vin.

La force du terroir se retrouve aussi dans le potentiel d’évolution. Celui de Petrus est très important et tout le monde se souvient encore des fabuleux 1953, 1955, 1959, 1961 ou de l’exceptionnel 1947... Nous avons hérité d’un très grand terroir et cela est un privilège de la nature. Il y a une dizaine de parcelles qui ont des caractéristiques pédologiques propres, il existe une résonance du sol à un climat et, selon les millésimes, cela donne des variations (20 à 35 000 bouteilles)."

Fidèle à lui-même, Petrus dévoile dans ce 2004 toute sa subtilité, sa complexité, alliant une grande distinction à une matière pleine, un millésime extrêmement charmeur, onctueux, puissant, corsé et souple à la fois, d’une structure de “cathédrale”, très élégant, très riche en arômes avec cette note de truffe fraîche qui le caractérise. L’archétype du vin rare, qui se dévoile dans le temps. Toujours du très grand art.

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L'exceptionnelle dégustation 2004 de Petrus, Trotanoy, Magdelaine, Belair...

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7 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 8 octobre 2007 11:36

    Cher Monsieur, Vous serait-il possible un jour de parler d’autre chose que des Bordeaux, qui sont tout de méme loin (très loin, méme) de symboliser à eux seuls les grands crus français. Bref, comme Paris n’est pas la France, le bordelais n’a pas le monopole des grands vins. A quand un papier sur les Vosne-Romanée, Romanée-Conti et Moulin - à Vent ?

    Cela changerait.


    • tchoo 8 octobre 2007 15:56

      Vos commentaires prouvent bien, si il en était besoin qu’avec un peu de travail on transforme un millésime difficile et parfois pléthorique en belle réussite !


      • farniente 8 octobre 2007 21:01

        Je n’ai jamais bu une goutte de vin, et je crois que c’est très mal parti.

        Je raffole de lait, des eaux minérales à peine gazeuses, des jus de fruits naturels, sans sucre ni conservateurs ajoutés.

        Et je crois que ma vie déjà bien entamée ne suffira pas pour tous les découvrir.

        En tout cas elle ne sera jamais assez longue pour les déguster...


      • moebius 9 octobre 2007 00:33

        ..monsieur vous etes l’auteur le plus sympathique de tout agora vox


        • moebius 9 octobre 2007 00:42

          ....je m’adresse à l’auteur évidemment pas à ce buveur d’eau, quoique l’eau minérale a peine gazeuse !...vous etes aussi un vrai connaisseur ! essayez un peu de vin. Je me suis mis au thé moi qui était café


        • farniente 9 octobre 2007 12:31

          Monsieur Moebius, le buveur d’eau est une dame qui vous salue bien, et qui est fière de pouvoir ramener en voiture sa famille après un bon repas bien arrosé.

          Elle respecte le plaisir des autres amateurs de vins, mais apprécie tout autant d’être reconnue dans ses penchants non alcoolisés.

          Cordialement.


        • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 9 octobre 2007 12:37

          Un grand merci. En fait, il faut bien avouer que le vin, un vin Corse comme un grand Meursault, peut procurer, dans la simplicité et le partage, ce côté à la fois sprituel et épicurien dont notre époque a besoin.

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