Blast (mot anglais), nom masculin : traumatisme par effet de souffle lors d’une explosion, titre de la dernière œuvre de Manu Larcenet.
Auteur connu et reconnu, entre autres pour son Combat ordinaire (3 tomes), Manu Larcenet explore avec Blast de nouveaux territoires.
C’est l’histoire de Polza Mancini, 38 ans, la « Grasse carcasse » du titre de l’album. Clochard, alcoolique, gros tendance énorme, il vient de se faire arrêter par la police qui le soupçonne d’avoir maltraité une femme. Comme les enquêteurs qui cuisinent leur suspect, le lecteur n’en saura pas plus.
« Si vous voulez comprendre, il faut que vous passiez par où je suis passé », explique Polza Mancini qui prend dès lors les commandes de la narration.
Tout part d’une difficile relation filiale (un sujet cher à Larcenet). Après cinq ans sans voir son père, Mancini se rend à son chevet. L’homme est sur le point de mourir et n’a déjà plus conscience de ce qui lui arrive.
En sortant de l’hôpital, Grasse carcasse se met minable : bouffe, médocs et alcool. C’est là, après ce « pot belge » de sa composition, va que le « blast » le frappe.
« Un craquement d’abord, dans ma tête. Puis c’était comme si un trou s’était ouvert au sommet de mon crâne. J’étais comme aspiré au-dehors. Suspendu entre ciel et terre », raconte-t-il aux enquêteurs.
Ce moment de plénitude est pour le héros une révélation. Travail, maison, femme, Polza Mancini décide de tout laisser derrière lui et de partir sur les chemins de l’errance.
« J’ai réalisé que mon père était mort, je ne pouvais plus le décevoir, j’étais libre. […] Je suis alors devenu adulte et j’ai adoré ça. […] Au fond, je voulais revivre le blast. »
Un dessin épuré
Loin des BD classiques de 50 pages et des contraintes graphiques et narratives qu’elles impliquent, c’est sur 200 pages et en noir et blanc que Manu Larcenet a choisi d’étendre l’histoire de Grasse carcasse. D’un trait simple parfois recouvert d’aquarelle plus ou moins sombre, c’est la sobriété, entrevue dans ses œuvres plus intimistes (Presque et Dallas Cowboy, éditions Les Rêveurs), qui a été privilégiée.
Pas besoin d’en faire des tonnes pour aller à l’essentiel. Une philosophie illustrée par la matérialisation des blasts dans le récit. Seuls flashs de couleurs de l’album, ce sont en fait des dessins d’enfants, à la fois simples et innocents, qui illustrent la plénitude atteinte par Polza Mancini lors de ses blasts.
Introspectif et puissant, Blast, qui est prévu pour comporter 5 tomes, prend le chemin pour être une œuvre majeure de Manu Larcenet. Les fans du Combat Ordinaire y trouveront à n’en pas douter leur bonheur.
Bande-annonce de l’album :
Manu Larcenet, Blast, tome 1 Grasse Carcasse, Dargaud.

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