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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’interview de Gertrude Stein, collectionneuse visionnaire

L’interview de Gertrude Stein, collectionneuse visionnaire

Voilà une extraordinaire famille américaine : les Stein. Débarqués à Paris au tout début du XXe siècle, Gertrude et ses frères collectionnent les tableaux de quelques illustres inconnus : Picasso, Matisse, Bonnard… et deviennent leurs intimes.

Dans le cadre de l’exposition qui est consacrée à leur splendide collection, j’ai interviewé Gertrude Stein !

 

Portrait de Gertrude Stein par Picasso

Paulette : Pourquoi avez-vous décidé de vivre en France ?

Gertrude : J’ai passé un an à Paris avec ma mère lorsque j’avais 4 ans. Un enfant n’oublie pas. Ensuite, à San Francisco, la France nous parvenait de temps à autres au travers des livres de Jules Vernes et d’Alfred de Vigny. Elle nous parvenait aussi dans les vêtements de ma mère et les gants et les toques… Ce n’est qu’en entrant dans le XXe siècle, que j’ai décidé de quitter les Etats-Unis et mon école de médecine pour m’installer à Paris. Car Paris était l’endroit où était le XXe siècle !

Paulette : Vos frères, Léo et Michael, ainsi que Sarah, votre belle soeur se sont aussi installés à Paris. Voulaient-ils être, comme vous, « dans le XXe siècle » ?

Gertrude : Bien sûr ! Les américains venaient en France pour peindre ou écrire car ils ne pouvaient pas faire cela chez eux. Chez eux ils pouvaient être dentiste car les Américains était un peuple à l’esprit pratique et le métier de dentiste était chose pratique.

Et puis, mon frère Léo était venu à Paris pour Cézanne car il avait vu quelques unes de ses toiles à Florence chez un collectionneur, et il voulait en acheter au marchand d’art parisien Vollard. C’est bien l’art qui nous a conduits à Paris.

Rue de Fleurus chez les Stein à Paris

Paulette : Rue de Fleurus, où vous habitiez, vous avez accumulé une collection d’oeuvres d’art extraordinaires et déroutantes pour l’époque. Comment avez-vous pressenti la valeur artistique d’un courant dont personne ne connaissait rien ?

Gertrude : Chez nous il y avait en effet des tableaux de toutes sortes : des Matisse, des Picasso, des Renoir, des Gauguin, des Bonnard et beaucoup d’autres. Aujourd’hui personne ne s’étonne plus de rien et il est difficile de donner une idée du malaise la première fois que l’on regardait tous ces tableaux aux murs. Ces oeuvres choquaient, mais pas nous ! Au salon d’Automne, par exemple, lorsque Matisse exposa sa femme au chapeau, les gens voulaient lacérer le tableau. Moi je trouvais ce tableau « naturel » et je l’ai acheté… 500 francs.

La femme au chapeau de Matisse

Paulette : C’est ainsi que vous êtes devenus amis avec Matisse ?

Gertrude : Il est en effet devenu un fidèle habitué de la rue de Fleurus. Il y amenait des gens pour voir ses tableaux et les Cézanne. Chacun amenait des gens et il venait des gens tout le temps et ça finissait par être intolérable ; c’est pour cette raison que les samedis soirs furent institués.

Paulette : Picasso, aussi était de vos amis. Comment l’avez-vous rencontré ?

Gertrude : C’est mon frère qui le premier s’est intéressé à sa peinture. Il a acheté pour 150 francs le tableau qui est maintenant fameux de la jeune fille nue au panier rouge. Je n’aimais pas ce tableau mais Léo voulait absolument le garder et rencontrer le peintre. Picasso et sa femme Fernande vinrent donc dîner. Picasso était un « beau costaud » ; il avait des manières brusques mais pas brutales. Il était assis à côté de moi au dîner et comme je prenais un morceau de pain, il me l’arracha des mains : « Ce morceau là c’est mon pain », dit-il. J’éclatais de rire et il prit un air penaud. Ce fut le commencement de notre intimité qui devait durer toute notre vie.

Paulette : Vous êtes célèbres pour votre collection d’art mais aussi pour votre propre oeuvre littéraire. Avez-vous été inspirée par la peinture pour trouver votre style ?

Gertrude : Quand j’ai commencé à écrire, je m’intéressais à ce qui se passait à l’intérieur des gens, leur caractère et ce qui se passait en eux. Ensuite j’ai voulu décrire le rythme du monde visible et j’ai fait toute sorte d’expériences pour y parvenir. J’ai toujours été tourmentée par les rapports entre l’être intérieur et l’être extérieur. C’est aussi une question qui me préoccupait en peinture : la difficulté de l’artiste à représenter l’être humain et qui finit par l’entrainer à composer des natures mortes car après tout, les sens de l’être humain se dérobent à la peinture.

Paulette : Picasso a pourtant réussi à vous représenter n’est-ce pas ?

Gertrude : Oui, mais c’est parce que c’était, avec Matisse, le plus grand génie de son siècle. D’ailleurs, à ceux qui trouvaient que le portrait qu’il avait fait de moi ne m’était pas fidèle, Picasso répondait : « Vous verrez, elle finira par lui ressemblait ! » Et il avait raison !

Pour écrire cette interview je me suis librement inspirée des textes de Gertrude Stein « Paris France » editions du Rocher et « Autobrographie d’Alice Toklas » Gallimard Collection l’Imaginaire.

L’exposition Matisse, Cézanne, Picasso… L’aventure des Stein a lieu du 5 octobre 2011 au 16 janvier 2012 au Grand Palais Galerie Nationale.


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1 réactions à cet article    


  • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 20 octobre 2011 15:28

    Pas mal du tout, intelligent même. Bravo !

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