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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’Oncle Vania de Anton Tchekhov par Marcel Maréchal

L’Oncle Vania de Anton Tchekhov par Marcel Maréchal

Retrouver Marcel Maréchal, nommé à la tête des Tréteaux de France depuis 2001, avec présent à la mémoire, ses cinq années passées à la direction du Théâtre du Rond-Point, c’est comme retrouver un oncle des familles qui porterait en lui, l’emblème du chemin à tracer... en l’occurrence celui d’un théâtre itinérant à travers les provinces françaises, posant, périodiquement, ses fameux tréteaux à Paris.

Retrouver Oncle Vania, publié par Tchekhov en 1897, c’est renouer avec l’esprit des familles qui se déchirent pour des problèmes de coeur et d’argent mais qui, néanmoins, ne peuvent se résoudre à l’économie de ces retrouvailles, en raison de liens affectifs complexes qui perdurent dans la nostalgie, quoiqu’il advienne.

Aussi, retrouver Marcel Maréchal dans Oncle Vania, c’est comme jouer avec le feu qui fait brûler la passion du spectacle vivant, en appréhendant, quelque peu, l’éventuelle déception du rendez-vous manqué.

Alors, pour preuve du contraire, voici, fringant dans son costume de lin blanc, l’oncle Marcel faisant une entrée princière, à demi-réveillée, dans le domaine labyrinthique qu’il gère tant bien que mal, avec Sonia (Juliette Duval), sa nièce depuis le veuvage de Maria (Hélène Roussel), respectivement leur mère et grand-mère.

Le décor (Thierry Good) flanqué, dans une lumière réconfortante (Jean-Luc Chanonat), de quatre portes autonomes dont une à double battant, laisse à deviner derrière sa palissade de bois en planches mal fagottées, la nature instable d’une Russie, en attente de Potemkine.

Dans l’imbroglio des relations à neuf personnages, dansant sur le volcan crépusculaire d’un monde à réinventer, le focus peut se déplacer allègrement de l’un à l’autre, selon les motivations spécifiques de telle mise en scène, sans que Tchekhov ne puisse être pris en défaut de pertinence psychologique ou sociale.

C’est pourquoi, ici, la « sublime » Elena Andreievna (Liana Fulga), la seconde épouse du professeur Serebriakov (Michel Demiautte), illumine la maisonnée d’un charisme discret et de son charme subtil, laissant le parfum délicat du désir flotter, à qui mieux mieux, au grès des fantasmes de celui-ci ou de celui-là.

Par effet de miroir amincissant, les frustrations amoureuses de Sonia à l’égard du médecin Astrov (Emmanuel Dechartre) n’apparaissent, ainsi, que comme des épiphénomènes moins difficiles à gérer que pourrait laisser supposer sa soi-disante laideur.

En définitive, la dramaturgie de François Bourgeat laissera l’oncle et la nièce dans un état de béatitude positive où la notion du travail à venir sera perçue comme une chance à saisir.

Aussi, grâce à l’intensité paradoxale de ces doux souvenirs mélancoliques, le repos éternel des uns et des autres n’est pas, de toutes évidences, au programme du lendemain.

photo © Lot

ONCLE VANIA - *** Theothea.com - de Anton Tchekhov - mise en scène : Marcel Maréchal & Michel Demiautte - avec Olga Abrego, Jacques Angéniol, Antony Cochin, Emmanuel Dechartre, Michel Demiautte, Juliette Duval, Liana Fulga, Marcel Maréchal et Hélène Roussel - Les Treteaux de France - Théâtre 14 

 


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