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L’or de Raumklang (II) : Carmina Helvetica de l’Ensemble Labyrinthus

L’ensemble russe Labyrinthus est novice sur la scène médiévale. Et consacrer un disque sur les conduits et rondels du XIIè et XIVè siècles provenant de manuscrits suisses a de quoi attirer l’attention. On doit d’ores et déjà remercier Raumklang de donner de la visibilité à ce type de projet difficile. Il est en effet salutaire de voir de jeunes interprètes s’attaquer à pareil répertoire et en ayant des choses à dire.

Balayons d’emblée un doute : nous sommes bien face à des oeuvres dans le style parisien de l’Ecole de Notre-Dame (XIIè-XIIIè) mais notées au XIVè siècle, soit un siècle après l’apogée des différentes formes enregistrées sur ce disque. Les manuscrits suisses sont conservés notamment dans les abbayes d’Engelberg (Codex 314, illustration ci-dessous) ou de Saint-Gall et ceux-ci rassemblent les deux courant principaux de l’époque : l’Ars Nova et son prédécesseur l’Ars Antiqua.

Pour ce disque, la Suisse s’est révélée être la source de douzaines de conduits et rondels dont environ un tiers sont uniques. Le rondellus est une danse qui était pratiquée aussi bien à l’intérieur de l’église qu’en dehors de ses murs. Les danses religieuses ont connu leur apogée au XIIIè siècle et de nombreux manuscrits font état de danses copiées par les auteurs de l’école de Notre-Dame. Quant au conductus polyphonique, il se situe entre les XIIè et XIVè, dans le style de la fête d’église mais avec plus de sophistication que le rondel. Un bel exemple quasi hypnotique est proposé en extrait avec un accompagnement de citole (instrument à cordes pincées, ancêtre du cistre).

Il faut s’arrêter sur les parti-pris. Ainsi le rondel devient une pièce à danser et sur base musicologique détaillée dans le livret, les instruments prennent une place certaine dans le répertoire liturgique. Le groupe refuse ce qu’ils appellent assez justement « l’hérésie a capella anglaise » en mettant en avant l’oeuvre du théoricien parisien Jérôme de Moravie et notamment un passage de son Tractatus de musica (c.1272) où il explique sur quel accord doit être réalisé à la vièle le chant religieux. A l’instar d’une sculpture de la façade occidentale de la cathédrale de Notre-Dame de Paris où figurent trois anges musiciens avec une vièle, une guiterne et un psaltérion, les musiciens ont choisit de faire figurer ces instruments au programme, avec le tambourin pour accompagner les rondels, évoqué par Honoré d’Autun (c.1070-c.1139) comme étant l’instrument de la Vierge Marie.

Résultat ? Des voix très belles quoiqu’un peu vertes parfois, une citole bien présente et directrice ; mais surtout une profusion de sons et d’atmosphères qui ne rendent pour un rien cette musique monotone, mention spéciale à propos des conduits. C’est assurément un disque qui pose de bonnes questions et qui y répond de façon pragmatique et intelligente. Les deux extraits proposés ci-dessous sont l’occasion de vous forger votre propre avis.

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Carmina Helvetica : Conduits et Rondels des abbayes et bibliothèques suisses (XIIè-XIVè)

I. Veni Sancte Spiritus (Rondellus, anonyme, Codex Engelberg 314)
II. Dum Medium Silentium Tenerent (Conductus, Gautier de Châtillon ? c.1135-c.1190, St. Gallen 551)

Ensemble Labyrinthus

2013 Raumklang


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1 réactions à cet article    


  • Jean d'Hôtaux Jean d’Hôtaux 21 février 2014 21:06

    Félicitations à l’auteur pour ce billet très original et didactique, ainsi que pour ces deux magnifiques extraits de musique médiévale !


    Cordialement !

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