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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’oreille extatique de Zurbarán par le Huelgas Ensemble

L’oreille extatique de Zurbarán par le Huelgas Ensemble

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A l’occasion de l’exposition bruxelloise à Bozar consacrée au peintre Francisco de Zurbarán (1598-1664), Paul van Nevel et son Huelgas Ensemble furent conviés à collaborer au projet en présentant un disque restituant des partitions qu’a pu entendre le peintre en son temps et qui révèlent le même mysticisme que ses oeuvres. Focus sur ce XVIIè espagnol si peu emprunté.

Il faut imaginer Paul van Nevel dans les bibliothèques, à la recherche infatigable de manuscrits pouvant servir à la réalisation d’un programme toujours pertinent et novateur. Il ne s’en cache pas : pour le présent projet il a notamment visité la cathédrale de Valladolid où il fut face à 50 mètres de partitions inconnues. Il s’est donc attaché à rassembler les plus belles pages trouvées en corrélation avec la vie de Zurbarán, représentant à la fois le sacré et le populaire que le peintre a pu entendre dans la rue, la fenêtre de son atelier ouverte. Les styles sont divers : du repos méditatif à l’intemporel des « Lamentaciones » en passant par le villancico de Mateo Romero, tout est servi pour illustrer la pluralité du mysticisme forgé tout au long de l’oeuvre du peintre.

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En effet, Zurbarán grandit dans une époque difficile : l’Eglise catholique d’Espagne est en pleine Contre-Réforme, privilégiant la clarté du stile antico contre l’hérésie des expérimentations, dominée par la pensée de religieux tels que Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) ou Saint Jean de la Croix (1542-1591) qui plaident pour une union avec le divin et un sentiment religieux de plus en plus exacerbé. L’époque est à la quête de l’extase, à l’élévation spirituelle, et quoi de mieux que l’Eglise pour que cette union devienne l’aspiration ultime du croyant ? Les arts n’échappent pas à cette empreinte mystique et la musique sacrée du Siècle d’or espagnol en est envahie. Elle est au coeur de cette recherche de transcendance. La polyphonie vocale qui nous intéresse ici en est un parfait exemple : elle doit incarner le pont idéal entre l’auditeur et le monde invisible, entre nouveauté extatique et rigorisme universel de la foi. 

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Ce qui fait la richesse de ce répertoire en suivant les lieux où Zurbarán s’est rendu - c’est à dire dans les grandes lignes Séville pour son apprentissage, Madrid quand il est appelé à la cour de Philippe IV, pour revenir à Séville et s’éteindre finalement à Madrid - c’est que l’on est face à une palette de compositeurs inconnus et d’oeuvres vocales inédites, flirtant entre stile antico et seconda prattica italienne - malgré les tentatives infructueuses de l’Eglise d’exclure cette dernière. Ainsi trouve-t-on des compositeurs comme Andrés Barea où l’on sent l’inspiration vénitienne du double choeur, ou encore Juan García de Salazar (en extrait ci-dessous) dans un stile anticoà ouvrir les portes de l’extase avec son instabilité harmonique. Plus loin, la confrontation aux lamentations à 8 voix de Fray José de Vaquedano est une des pièces maitresse de l’album, toute expérience transcendantale n’étant pas loin de nos oreilles avec ses mélismes et sa sensation d’infini.

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A côté de ce répertoire sacré, Paul van Nevel a accordé une place à la musique profane avec trois exemples. Manuel Machado avec sa romanceDos estrellas le seguen (en extrait bas de page et partition du superius ci-dessus) - fil conducteur hypnotique tout au long de l’exposition - ou Mateo Romero avec son villancico impriment une couleur mélancolique et surtout typiquement espagnole à ce disque. Ces deux pièces proviennent directement de la première source en matière de musique profane au XVIIè siècle espagnol : le Cancionero de la Sablonara (1624-25). Dégagées de toutes influences extérieures, ces oeuvres montrent la culture espagnole dans son originalité et sa pureté, offrant des contrastes qu’elle seule sait donner et que Paul van Nevel sublime avec ce Huelgas Ensemble inspiré, précis, en excellente forme et…extatique. 

Jusque fin mai, il est encore possible se rendre à Bozar. Si le disque est déjà une magnifique découverte en soi, la visite de l’exposition est un complément plus que salutaire dans la compréhension de l’art espagnol du XVIIè. A noter aussi que le Huelgas Ensemble sera en concert avec ce programme le 26 mai en clôture de l’exposition.

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La Oreja de Zurbarán

I. Manuel Machado (c.1590-1646) : Dos estrellas le seguen, Romance a 2, 3 & 4
II. Juan García de Salazar (1639-1710) : Lauda Sion Salvatorem, Secuencia del Corpus a 4

Huelgas Ensemble
Paul ven Nevel, direction

2014 Cyprès CYP 1669

Ce disque peut être acheté ICI


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1 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 7 mai 2014 12:13
    Zurbarán...un grand peintre...à regarder en silence pour admirer son talent.. !

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