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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Belle Verte : un outil pour dessiner une renaissance

La Belle Verte : un outil pour dessiner une renaissance

Sortie en en 1996, "La Belle Verte" avait un peu trop d'avance. L'actualité lui donne aujourd'hui beaucoup de sens et nous donne surtout de l'espoir et de l'envie.

Fiche Technique
Nom : La Belle Verte
Année de sortie : 1996
Durée : 1h 39min
Acteurs principaux : Coline Serreau, Vincent Lindon, Marion Cotillard
Comédie réalisée par Coline Serreau
Scènes artistiquement majeures : prestation de la troupe comique des violonistes du Quatuor, « concerts de silence », la transformation d'un match de football en ballet. 
A savoir : À sa sortie, Coline Serreau déclara avoir réalisé son film le plus personnel. Le film fut vivement critiqué par les médias, du Figaro à Télérama.

Descriptif
Sous la forme d'un conte philosophique, le film aborde des thèmes aussi divers que l'anti-conformisme, l'écologisme, la décroissance, le féminisme, l'humanisme, le pacifisme, les valeurs sociales ou encore le rejet des technologies nuisibles par le biais de dialogues ou de situations humoristiques. Les références à la spiritualité New Age sont très appuyées (télépathie, magnétisme, venues sur terre pour aider les humains à s'élever et parler vrai se révéler, philosophie de la nature, etc).

Critique


Plutôt mal accueilli à une époque où tout allait bien, du moins en surface, ce film est plus pertinent qu'il ne l'était 16 ans auparavant. Alors que nous sommes en mal de repères porteurs, que le constat d'un monde qui "part en sucette" est quasi général, "La Belle Verte" aide paradoxalement à prendre du recul. Non content de critiquer avec pertinence notre société, le film va plus loin en indiquant une piste de réflexion pré-révolution : la déconnexion. Grâce à l'exemple d'une planète au premier abord loufoque, c'est tout un modèle de société qui est proposé. 

Remise en cause d'une société post-moderne, la nôtre :

A travers le regard d'un visiteur venu d'ailleurs, nos postulats sont allègrement torpillés par l'exposition des non sens de notre quotidien. L’habileté de la critique est d'user d’innocence et d'incompréhension plutôt que de jugements et de condamnations. Cela confère au film un comique de situation aussi drôle qu'intrigant, d'abord on rit, ensuite on réfléchit.
Par exemple, au début du film, un habitant de la Belle Verte tente d'expliquer le cas singulier de la planète Terre :
“Comme c'est une grosse planète, il y a eu la dérive des continents ; ça fait que des sortes d'humains très différents sont apparus très loin les uns des autres. Alors le jour où ils se sont rencontrés, les plus dégénérés se sont crus supérieurs à tout le monde, ça a été le massacre, et maintenant, c'est les plus dégénérés qui dominent tout !"
Tout au long du film, les personnages réalisent comment la technologie, les artifices et le matérialisme restreignent une prise en considération plus globale, responsable et durable de notre condition d'Homme. Le spectateur, en suivant l'évolution de leurs prises de conscience, est incité à faire de même.

Extrait : " Le Rétroviseur "
 

Se déconnecter pour retrouver sa nature

Les années d'avance de la civilisation visionnaire de La Belle Verte lui ont permis de développer une arme redoutable : la déconnexion. Canons lasers et combinaisons ultra protectrices sont bien loin, c'est une arme psychique comptant sur un cerveau bien entraîné. Ce "programme" débranche sa cible du système dans lequel il baigne habituellement. Arme radicale : la victime réalise son illusion et se reconnecte au monde réel.

C'est cela dont il est question quand on parle d'un besoin de réveil collectif. Les activistes modernes oeuvrent pour une éducation populaire, à la création d'un débat pour discuter des étrangetés de notre manière de vivre. De l'image "choc" aux conférences en passant par des manifestations, on en vient à se rassembler puis à proposer. Ce dimanche 18 mars à la Bastille, "succès" pour la gauche, est-il à inclure dans une telle démarche ?

Ni décriée, ni encouragée, il n'est jamais fait mention d'une fantasmagorique révolution. Plus pragmatique, le film évoque "les grands procès" et les boycotts comme point de départ d'un "chaos pré-renaissance", naïf ?

Des évènements similaires se déroulent aujourd'hui. Après l'Equateur, c'est le Brésil qui poursuit le pétrolier Chevron en justice. En France, la survenue des affaires Médiator puis Monsanto ouvre la voix.

Extrait : " Les Grands Procès et les Boycotts"

"Tous les gens qui fabriquaient des produits nocifs contre les humains, les animaux ou les plantes, ont été jugés coupables de génocide et de crime contre la planète."

Un autre modèle de société

Sur la Belle Verte, les habitants vivent en respect de l'autre et de la nature puisqu'ils font partie d'un même ensemble cohérent. Sur Terre, c'est en croisant un groupe autochtone africain que les voyageurs trouve une communauté similaire à la leur. L'utopie telle qu'elle est présentée n'est donc pas une lubie puisqu'elle est au moins à porté d'un vol d'avion.

En exportant le modèle occidental (marketing, "American Way of Life", "démocratie"...), l'alternative apparaissant comme la plus saine serait justement celle que l'on écrase. En 2012, beaucoup d'espoirs se fondent en Amérique latine avec l'émergence de sociétés autogérées dont le mouvement Via Campesina se fait un des porte parole. On retrouve aussi les balbutiements de ce modèle de communautés interconnectées dans les mouvements Occupy, Indignés et Anonymous.

Via Campesina : Présentation
 

Chacun peut trouver dans ce film une raison de se remettre en question, chacun a donc une raison de le détester, c'est son point fort comme sont point faible. Sommes-nous si fiers de notre technologie moderne pour envisager un monde qui en serait délivré ? "La Belle Verte" est un des outils qui peuvent nous aider dans ce changement de point de vue. Un premier pas vers une nouvelle construction ?

La Belle Verte
 

Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (15 votes)




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5 réactions à cet article    


  • floyd floyd 26 mars 2012 16:28

    J’ai vu le film et la seule chose intéressante que j’ai retenu est qu’il recense tous les clichés de l’écologie anti-humaniste et romantique. Selon cette vision manichéenne, l’homme moderne représente le mal absolu et la nature le bien absolu ! Pour bien appuyer le propos on montre la tribu africaine, ou ’tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’ ! smiley Quelle vision naïve de la réalité !

    Mais si ce monde ’idéal’ existe vraiment et notre société est si horrible, pourquoi ceux qui crachent continuellement sur la société moderne ne vont pas y vivre ? Je ne parle pas ici de manger bio ou de recycler ses déchets, mais de vivre sans moyens de transports modernes, sans ordinateurs, sans connections internet et sans électricité.
    Cela ne veut pas dire que je ne suis pas critique envers certains aspects de la société moderne, mais ce n’est pas en rejetant extérieurement celle-ci, et notamment la technologie, que nous réglerons les problèmes.

    • ergdor ergdor 26 mars 2012 17:43

      ton avatar est à l’envers, c’est comme si tu mettais la croix du christ la tête en bas.


    • gormux 28 mars 2012 09:34

      Et alors ?


    • Asp Explorer Asp Explorer 26 mars 2012 20:58

      J’ai vu quelques navets dans ma vie, et je ne suis pas le dernier à apprécier un bon nanar de temps en temps, mais j’avoue avoir du mal à trouver un exemple de film plus raté que « la belle verte ». Mais ce film n’est pas seulement le ratage esthétique et scénaristique que la presse, à l’époque, avait salué comme il se doit. C’est avant tout un film nauséabond dont vous soulignez avec justes - mais en vous extasiant dessus - toutes les tares.

      Que nous raconte donc ce film ? Rien de plus que l’habituelle réactionnaire qu’on nous sert sous divers aspects depuis Socrate, à savoir que l’homme à l’état de nature est bon, et que c’est la société qui le corrompt. Donc la société est mauvaise, le progrès technique est néfaste à l’homme, il faut s’en débarrasser pour, supposément, parvenir au bonheur pour tous. Pèle-mèle passent alors sous les fourches caudines de la réalisatrice tout ce qu’elle hait, qui lui déplait, qu’elle ne cherche pas à comprendre : la voiture, le football, les hommes... Une véritable plongée dans la psyché troublée de cette femme qui, si c’est vraiment son film « le plus personnel », devrait consulter d’urgence.

      Ah, qu’est-ce qu’on vivait mieux avant ! Qu’ils étaient heureux, nos ancêtres ! Comme il devait être content, mon grand-père, de faire la plonge de son bistrot à l’eau glacée. Comme ils devaient être joyeux et libres, nos aïeux, de communier avec la nature dans leurs chaumines, chauffées par les moutons en hiver, rafraîchies par les courants d’air en été, jusqu’au jour béni où ils pouvaient enfin mourir de tuberculose. Quel drame ont donc vécu nos mères lorsque les machines électriques leur ont volé ces travaux si typiquement féminins de la vaisselle, du blanchissage, du balais à poussière, qui faisaient leur fierté et où elles s’accomplissaient si joyeusement. Un film sorti trop tôt, dites-vous ? Oui, c’est vrai, et précurseur d’un grand mouvement de société. Car aujourd’hui, il est devenu tendance de vouloir revenir à la nature décroissante et éthiquement responsable... en particulier chez les gens qui comme madame Serreau, n’ont jamais manqué de rien dans la vie. Mais bizarrement, si l’opinion est répandue dans les conversations que nous vivons dans une société pourrie qui aliène l’homme, je n’ai jamais observé personne en tirer les conclusions logiques et se retirer dans une bergerie, au fin fond du Larzac, pour se cailler les meules comme on le faisait encore dans les années 70. Aucun d’eux n’envisagerait de se passer de sa bagnole qui-pue-qui-pollue, si ce n’est pour éventuellement, d’ici dix ou quinze ans, quand la technologie sera mûre, en acheter une électrique (donc, nucléaire).

      En tout cas, il ne faudrait pas que les caprices de quelques fils de privilégiés des pays riches pressés de twitter leur contestation de la société de consommation sur leur iPhone 4S blanc masquent le fait que contrairement à ce que vous suggérez, nous vivons une phase sans précédent de croissance du capitalisme marchand. Peut-être pas chez nous, mais dans les 80% du monde qui jusque ici étaient exclus du partage. Et cette croissance ne doit rien à un complot de vilains lobbys, mais s’appuie sur la simple et bien naturelle aspiration des peuples à vivre mieux. Le paysan chinois qui, voici quinze ans, a vu arriver l’électricité au village, et a aujourd’hui la télé, internet et un scooter, vous aurez bien du mal à lui faire saisir l’intérêt de retourner au moyen-âge technologique qui pour lui n’a rien de romantique : c’était son quotidien lorsqu’il était enfant. Ce ne sont pas des discours stériles d’occidentaux oisifs qui vont convaincre un pasteur sahélien qu’il est plus heureux nu dans sa savane que son cousin de la ville, qui vient de s’acheter une voiture. Et plus proche de nous, je vous souhaite bien du courage pour expliquer aux millions de banlieusards franciliens que sous prétexte de densifier l’habitat, ils vond devoir abandonner leurs pavillons, qui sont souvent leurs seuls patrimoines, et mettre leurs autos à la casse pour s’entasser dans des métros déjà saturés et dans les HLM que leurs parents ont eu tant de mal à quitter.

      Nauséabond, ce film, oui, car cet humour que vous percevez, un humour slapstick bas de gamme qui était déjà passé de mode dans les années 30, n’est là que pour rendre acceptable des scènes qui sans cela, nous glacerait d’effroi. Car que penser de cette « déconnexion » dont usent et abusent les héros à l’encontre de tous ceux qui n’entrent pas dans leur norme ? Qu’est-ce au juste que ce châtiment qui vous prive de votre libre-arbitre et de votre dignité ? Qui décide qui le subira ? Quel serait le sort réservé aux déviants du système dans le monde émasculé de Coline Serreau ?


      • Yoann Yoann 7 septembre 2012 09:20

        La belle verte est un excellent film de réflexion, sur notre monde, la voie choisi par l’humanité, etc ...

        On nous parle sans cesse de tous les problèmes du monde qui sont pour la plupart insolvable (pollution, chomage, famine, pauvreté, etc ....) mais ces problèmes sont solvable si on change ou tout du moins si on réussi à canaliser le centre du problème : La nature humaine.
        Etienne Chouard en parle très simplement, nous sommes impuissant politiquement et vu que la nature humaine est ce qu’elle est, nous ne résoudrons aucun problème de fonds ...

        Pour revenir à « la belle verte », certes l’humour est contestable, décalé, mais il aborde très bien certains problèmes de fonds et montre que toutes les voies sont possibles, c’est au peuple de décider ce qu’il veut ... La forme de société montré dans le film, à savoir les hippies, new age des années 1970 est bien sûr caricatural, comme les déconnexions ou les transmissions de pensées les pieds dans l’eau, mais c’est le ton du film qui est comme ça, joyeux, délirant et gnan gnan de tps à autres, mais franchement ne vous arrêtez pas sur la forme et regardez le fonds.

        Dans un autre registre beaucoup plus glauque, sans humour, vous avez 1984 d’orwell si vous voulez l’aboutissement (visionnaire ?) de nos sociétés modernes ...

        @ASP
        Que nous raconte donc ce film ? Rien de plus que l’habituelle réactionnaire qu’on nous sert sous divers aspects depuis Socrate, à savoir que l’homme à l’état de nature est bon, et que c’est la société qui le corrompt. Donc la société est mauvaise, le progrès technique est néfaste à l’homme, il faut s’en débarrasser pour, supposément, parvenir au bonheur pour tous 

        Honnêtement, vous arrivez d’une autre planète là je pense ... smiley C’est connu depuis au moins 2500 à 3000 ans que le pouvoir et l’argent rendent fous, plus vous en avez et plus vous en voulez ... Regardez l’histoire, il n’y a presque aucune exception à cette règle ... Et quand il y a une, vous dites qu’il faut qu’il consulte (psy ?).

        Le seul défaut que je reprocherais à Coline Serreau c’est d’être une intégriste écologique, la forme n’est pas souvent la bonne, je pense à certaines interventions télévisées que j’ai vu d’elle, mais sur le fond elle est bel et bien dans le vrai et pose assez bien le problème je trouve ...
        Je pourrais vous opposer votre intégrisme du progrès, tout progrès n’est pas forcement une avancée pour l’humanité, loin de là même et surtout dans un monde qui n’est pas extensible. Le paysan chinois ou autre sait ce qu’il vient de gagner (télé, scooter, etc ..) mais ne voit pas encore que sa condition de vie vient d’être hypothéquée ... Et arrêtez de nous servir et resservir l’age de pierre, il y a une multitudes de voies possible entre le tout et le rien smiley

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