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La boucle est bouclée

Le conte est bon !

Vidéo d'accompagnement

Aveu ...

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Quand en mars dernier, je me proposai d'écrire un conte pour le musée de la marine de Loire, j'ignorais à quel point je me lançais un défi. Je venais de tourner le dos à trente années de rugby, j'abandonnais une activité qui avait occupé une grande part de mon temps libre. J'avais souvent écrit sur la Loire, des textes contemplatifs, illustratifs, admiratifs que je lisais parfois en de rares occasions. Il est difficile de toucher les gens sur le seul attrait d'un style ou d'une langue, je l'avais découvert à mes dépens.

Je travaillai bien plus que d'habitude ce long conte que je m'étais engagé à dire lors de la fête de la Saint-Nicolas. Une gageure personnelle, une vantardise inconsciente, un pari ou un coup de pied au cul. Qu'importent les motivations exactes ou la raison profonde de ce coup de poker ! Ce qui est dit doit être tenu et neuf mois durant une longue gestation me conduisit à préparer ce rendez-vous avec moi-même.

J'avais déclenché un engrenage. Ma production délirante et quotidienne de billets me poussa à écrire une quarantaine de contes de Loire que je nommai « Bonimenteries » pour me préserver, pour éviter de dire franchement la chose, pour continuer à faire le pitre et me cacher derrière mon nez rouge. L'abondance ne remplace pourtant pas la réalité tangible de la démarche vers les autres, conter ce n'est pas lire. Dire exige bien d'autres qualités que de déchiffrer un code graphique.

Le chemin fut long et douloureux. Il me fallut accepter l'impudeur de la comédie. Je ne parvenais à m'y résoudre. La prétention me poussait à croire qu'il n'était pas question de changer une virgule dans ce que j'avais écrit. Je me persuadais tout autant que j'étais incapable d'apprendre par le cœur ce que j'avais écrit par la déraison.

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Le masque ne tombe pas si facilement. Heureusement j'ai trouvé durant cette longue grossesse des amis qui ont feint de ne pas entendre mes craintes de vieux ronchon. Petit à petit, Bertrand me donna l'occasion de raconter la Loire sur son bateau à passagers. Je dus vite tomber le livret qui contenait mes textes, pour improviser devant ces quelques spectateurs captifs, au milieu de l'eau.

Il fallut vraiment passer physiquement dans la rivière pour accepter cette évidence. En me jetant à l'eau, je rendais illisibles mes écrits et je dois enfin admettre que si je n'ai pas de mémoire pour réciter à la lettre, je suis parfaitement capable d'interpréter ce que j'avais déjà écrit. Le pas était enfin franchi !

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Je trouvai astuces et facéties pour faire avaler mes mensonges, mes hésitations ou mes erreurs. Des menteries vraies ou des vérités fausses, la formule intègre à plaisir les incohérences éventuelles du propos. Le rire sauve la mise et fait oublier les inévitables flottements au fil de l'eau et de la réalité historique.

Puis, je devais oser me donner en spectacle en dehors de ce bateau protecteur. C'est le Liger Club d'Orléans qui essuya les plâtres et accepta de mettre à son affiche un parfait débutant, totalement usurpateur du titre de conteur. La soirée fut un pur bonheur, un moment inoubliable de rires et d'écoute, de silence et d'exclamations. J'avais trouvé ce que je ne croyais pas chercher.

M'appuyant sur un piquet de bois, ce compagnon qui m'avait accompagné lors de mon chemin d'Orléans jusqu'au Mont Gerbier, je trouvai contenance et confiance. Il devint mon bâton de parole, ce truchement qui vous permet de discourir sans lire, de jouer un personnage, de prendre des spectateurs par la main pour suivre mes pas au fil des mots.

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Puis, il y a eu une prestation inconsciente loin de ma Loire, en bord du canal d'Orléans pour le Téléthon. La bonne action devait faire oublier l'incongruité de ma prétention à conter pour des gens qui ne connaissent pas nécessairement notre fille Liger. Je m'en suis sorti en ayant eu très peur de me noyer dans une eau stagnante.

Puis, ce fut la soirée marinière. Cent cinquante braillards à table qui lèvent le coude et parlent bien haut ; il n'y a pas plus indiscipliné que ce public là. Je voulais me passer du micro, imposer ma voix et mes grimaces pour qu'ils posent les couverts et même leur cher verre ! Et j'y suis arrivé à ma grande surprise ! J'étais en eau, j'avais tout donné pour réussir cette folie. J'avais pourtant face à moi, un public acquis au sujet. Je savais qu'il n'en serait pas ainsi à Châteauneuf.

Le lendemain, la boucle allait se boucler. Je devais dire le conte initial, le premier d'une longue liste que vous avez eu la patience de lire au fil de cette longue période. Je demandais à Jacques de m'accompagner à la guitare pour captiver un public hétéroclite et néophyte. La Loire, bonne fille, nous avait protégés de son aile, saint Nicolas nous fut clément. Pour totalement improvisée que fut notre prestation, elle fut chaleureusement accueillie. Désormais, je ne dois plus me raconter d'histoire, je suis un Bonimenteur de Loire !

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Confessionnement vôtre.


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4 réactions à cet article    


  • Brontau 12 décembre 2012 17:02

     C’est un étrange paradoxe, Nabum, que d’avoir quitté votre rivière pour vous jeter à l’eau ! Rejoignant finalement une longue lignée qui, des aèdes aux bardes, en passant par troubadours et trouvères, soumettait ses créations à un public que sa culture et son histoire devait rendre exigeant. Il me semble que vous avez retiré un réel plaisir de cette expérience où l’auteur et l’interprète sont la même personne : je ne dis pas ne font qu’un, car si j’ai bien compris l’interprète s’est permis quelques libertés avec l’auteur… ce qui est consubstantiel à son rôle ! Le mot écrit, inflexible dans sa chair, qui tranche et transperce comme un épée, agrège ou rejette, le même prononcé qui se colore d’affectivité pour être mieux perçu, ou agrémenté, complété, voire changé pour mieux s’adapter à un public, après avoir vu d’aussi près ses deux visages (complémentaires ?) en êtes-vous changé ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 12 décembre 2012 17:30

      Brontau


      Il m’a fallu faire le deuil du mot exact ! 

      Ce fut vraiment le plus difficile.

      Quant à parler en public, là, j’ai depuis longtemps ce virus. Paradoxalement, moi qui aime le micro pour animer, cette fois, pour dire mes menteries, je crois que seule la voix qui porte est ce qu’il convient.

      Et j’aime cet exercice du conteur qui m’épuise tout en me réjouissant !

      Merci l’ami

      • Richard Schneider Richard Schneider 12 décembre 2012 17:38

        Nabum,

        Encore un beau texte à la gloire de la Loire.
        Cette fois vous nous confessez que c’est difficile d’écrire - ah ! comment trouver le mot juste - et difficile de raconter ce que l’on a soi-même écrit.
        Je ne suis pas trop inquiet : connaissant la qualité de vos articles, je suis persuadé que vous arriverez à les faire passer oralement.
        Amicalement,
        RS

        • C'est Nabum C’est Nabum 12 décembre 2012 17:42

          Richard Schneider


          C’est une confession qui s’imposait pour moi car je venais de franchir ce pas que je n’osais faire.
          Il me fallut faire le deuil du par cœur qui ne peut me convenir pour accepter d’interpréter les histoires et de donner autre chose que les textes écrits qui voguent sur la toile

          Cette fois, j’ai accepté et je suis disposé à vennir bonimenter pour qui le désire.

          Merci 

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