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La comtesse Greffulhe - l’ombre des Guermantes de Laure Hillerin

Née Elisabeth de Caraman-Chimay le 11 juillet 1860, mariée au richissime comte Henry Greffulhe, cette femme de grande beauté sera une inspiratrice dans toute l’expression du terme par sa grâce, son élégance, sa position sociale et son intelligence à savoir s’entourer des gens éminents de son époque. Elle méritait, de par son influence incontestable sur son temps, qu’un ouvrage lui soit consacré et c’est chose faite grâce à la plume de Laure Hillerin qui publie chez Flammarion « La comtesse Greffulhe », nous ouvrant les portes de la vie intime, mondaine et culturelle de celle qui fut surnommée «  l’archange aux yeux magnifiques ». Biographie qui a le mérite de faire défiler devant nos yeux, non seulement le bottin mondain de la Belle Epoque, mais les personnalités les plus remarquables que cette reine du Faubourg Saint-Germain se plaisait à réunir rue d’Astorg. Parmi les invités, on croisait aussi bien Nicolas II et Edouard VII, Reynaldo Hahn ou l’abbé Mugnier que des savants et des hommes politiques comme Clémenceau, si bien qu’un diplomate avait affirmé qu’elle était « une reine conciliatrice entre l’ancienne noblesse et la IIIe République  ». Elle soutiendra plus tard Léon Blum au point que le murmure courut qu’elle était à l’origine de la naissance de l’Entente cordiale.

Malheureuse en ménage, son mari étant un grand amateur de courtisanes, Elisabeth Greffulhe saura se consoler en pratiquant les arts comme la peinture et la musique (le piano), non seulement en amateur mais avec un vrai souci de la perfection comme elle l’aura envers tout ce qu’elle entreprenait. En octobre 1899, elle organise la première représentation parisienne de « Tristan et Isolde » de Richard Wagner, se lie d’amitié avec Liszt et Fauré et fonde la « Société des grandes auditions musicales », favorisant également la venue des Ballets Russes à Paris avec l’aide de la princesse Edmond de Polignac. Par ailleurs, grâce à son cousin Robert de Montesquiou, qui inspirera à Marcel Proust le personnage de Charlus, elle fréquente assidûment des écrivains et poètes, ainsi les Goncourt, Mallarmé, Heredia, Anatole France et fera même de l’abbé Mugnier son intime. Quant à son mari Henry Greffulhe, il apparaîtra sous les traits assez grossiers du duc de Guermantes dans La Recherche, un Jupiter tonnant que Cocteau considère comme monstrueux avec son épouse, épouse qui ne se gênait pas de dire : "Quelques amis que l'on voit de temps en temps tiennent plus de place que celui qui ronfle près de vous."

Amie de Marie Curie, Elisabeth Greffulhe s’intéresse à ses travaux et la soutient moralement et financièrement lors de la création, après la mort de son mari, de l’Institut du Radium qui deviendra plus tard l’Institut Pierre et Marie Curie. Elle fera aussi la connaissance d’Edouard Branly et ne cessera de l'interroger sur les expériences en cours tant elle était consciente que la Science s’apprêtait à changer le monde. Nullement satisfaite de sa seule position sociale, de sa simple beauté et de sa considérable fortune, cette femme fut une fund raiser avant l’heure, souligne Laure Hillerin, levant des fonds pour organiser des spectacles, encourageant la recherche fondamentale, aidant et épaulant les artistes dont elle interprétait les œuvres musicales, accrochait les tableaux dans ses salons et dévorait les livres. Ainsi a-t-elle mis à l’honneur Wagner, patronné Fauré, promu les travaux d’Edouard Branly, sans oublier que cette dreyfusarde philanthrope a rédigé de sa plume, vers les années 1904, un manuscrit intitulé « Mon étude sur les droits à donner aux femmes  ».

Cette ouverture d’esprit, elle la devait à ses parents, à son père le prince de Caraman-Chimay, malheureux en argent mais issu d’une grande lignée de mécènes et de mélomanes et à sa mère, Marie de Montesquiou, musicienne et lettrée, qui saura éviter à sa fille le carcan rigide de l’éducation classique, d’une affligeante pauvreté intellectuelle qui était celle que l’on réservait alors aux jeune filles de bonne famille.

Sa correspondance, qui mériterait d’être publiée, nous révèle son esprit curieux, sa nature égocentrique certes mais pleine de charme, d’originalité et d’intuition. Elisabeth ne s’est pas contentée d’inspirer le plus grand écrivain du XXe siècle qui fera d’elle l’inoubliable comtesse de Guermantes, mais beaucoup d’autres auteurs ou peintres et fut probablement la femme la plus admirée et recherchée de la Belle Epoque. « Tous ceux qui regardent la comtesse restent comme fascinés par ces yeux infinis, remplis de rayons et d’ombres, et d’un crépuscule qui chante, devant sa beauté parfaite, devant sa grâce absolue de divinité » - écrira un Marcel Proust pâmé devant cette inaccessible déité. Ils correspondront jusqu’en 1920, la comtesse se rapprochant de lui au fur et à mesure que, son miel engrangé, Proust s’éloignait d’elle, requis par le souci de l’immortaliser dans son œuvre et de lui ouvrir les portes d’une renommée intemporelle. Les cahiers de brouillon de l’écrivain démontrent que ses rêveries sur les familles Montesquiou et Caraman-Chimay, dont les origines remontent à l’époque médiévale, ont inspiré la découverte du nom magique de « Guermantes » d’où naîtra La Recherche. Si bien que l’ombre des Guermantes a finalement relégué dans l’obscurité cette femme qui avait géré son image comme une œuvre d’art, raison pour laquelle Laure Hillerin n’a pas impunément donné pour titre à son livre : La comtesse Greffulhe – L’ombre des Guermantes.

Elisabeth mourra à l’âge de 92 ans le 21 août 1952.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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1 réactions à cet article    


  • Djam Djam 2 septembre 2016 10:58

    Personnage de grande bourgeoise qui n’avait, à l’évidence, pas le souci de gagner sa vie. Belle femme, à l’évidence, qui permit à Proust de broder son personnage récurrent dans son oeuvre. J’ai lu la totalité de « A la recherche... » parce que je voulais comprendre la fascination de la plupart des critiques littéraires et autres auteurs médiatisés pour cet agaçant personnage qu’était Marcel Proust. S’il est indiscutable que le style proustien est sublime (de mon point de vue, surtout lorsqu’il décrit la nature) il est plus difficile d’en dire autant concernant le contenu en général. Certes, Marcel nous permet d’avoir un panorama superbe, précis et finement décrit de son époque, mais ce monde est tellement éloigné du nôtre qu’il faut s’armer de ténacité pour achever son oeuvre. La contesse de greffulhe alias Contesse de Guermantes n’est pas, encore une fois de mon point de vue, le personnage le plus captivant dans l’oeuvre proustienne.
    D’une façon générale, ce qui frappe davantage dans toute l’oeuvre de « A la recherche... » ce sont toutes les jeunes filles dont Proust tombait amoureux (?). Il était vraisemblablement toujours attiré par des gamines un poil perverses et les fiascos à répétition de ses relations platonico-charnelles tiennent à la fois des caractères « légers » de ses jeunes filles et de son propre goût pour une certaine manipulation d’autrui.
    Proust, visiblement, s’emmerdait beaucoup. Comme beaucoup d’enfants bourgeois de l’époque, il passait sa vie en balades, soirées, après-midi de salon avec thé et petits concerts privés. Hors mis la prolixité de cet écrivain qui rêvait clairement de postérité (vanité réelle doublée d’un flou d’assurance) je continue de préférer, et de loin !, le style viscéral, tripard, marquant et parfois sublime d’un Céline que la gnangnanterie élégante et souffreteuse d’un Marcel Proust.
    Au milieu de son oeuvre, la contesse de Greffulhe est comme une très belle vraie rose au milieu d’un bouquet de fleurs artificielles...Proust étant le pot !

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