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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La crainte d’être photographié

La crainte d’être photographié

A l’époque où l’image devient omniprésente, les réticences des sujets à être photographiés sont encore largement répandues. Essayons de comprendre pourquoi beaucoup d’entre nous réagissent mal en découvrant un objectif braqué dans leur direction.

Que se passe-t-il à l`instant où un appareil est braqué sur nous ? Le risque qu’on enregistre notre image nous met mal à l’aise. Comment expliquer qu’un acte devenu aussi courant hérisse le poil de la plupart d’entre nous ? Que craignons-nous au juste ? Tous les journalistes remarquent que si l’enregistrement de la voix est plutôt bien admis aujourd’hui, dès qu’une caméra pointe le bout de son objectif, le public s’enfuit. Et pourtant... des milliards de photographies sont prises chaque année, les caméras de surveillance («  souriez vous êtes filmés ») fleurissent dans les boutiques et aux coins des rues, de nombreux internautes équipent volontairement leurs ordinateurs de webcams qui les suivent dans leur intimité, sans parler des téléphones portables souvent équipés d’appareils photos rudimentaires. On aurait pu croire que notre image deviendrait anodine. Balzac, qui pensait que chaque photographie lui enlevait une de ses enveloppes, en le dépouillant comme un oignon, est-il encore d’actualité ? On aurait pu croire que la multiplicité de nos représentations entraînerait l’habitude, voire la lassitude, en tout cas pas l’indignation. Force est de constater qu’il n’en est rien. Enregistrer notre image est encore ressenti comme une restriction de liberté, presque une agression.

Sur le sujet, le droit est quasi inapplicable et très ambigu : l’autorisation de la personne est requise si elle est considérée comme sujet principal de l’image. Dans les faits, comment peut-on, au moment de la prise de vue, affirmer, en pestant contre le photographe, avoir été piégé ? Celui-ci peut très bien rétorquer avoir pris un cliché sur lequel on ne figure pas. Et d’ailleurs la loi ne s’attache pas à la prise de vue mais à sa publication, ce qui implique de lire les milliers de revues qui paraissent chaque semaine, en France et à l’étranger. Internet n’est pas exempt de ces droits sur l’image, et le contrôle devient aujourd’hui ingérable.

Cette aversion a être représenté est d’autant plus surprenante qu’il existe, chez les citoyens, un désir profond et de plus en plus patent de laisser des traces de leur passage sur terre. Une survalorisation de l’individu palpable dans la publicité ("vous le valez bien") et dans beaucoup d’actions entreprises pour exister après sa disparition. C’est une des premières motivations pour avoir un enfant, pour construire une maison, pour écrire un livre... alors pourquoi rechigner à donner son image, empreinte tellement évidente de son identité ?

Une première explication vient à l’esprit : cette image ne nous convient pas. Nous n’en sommes pas fiers et en souhaiterions une autre, plus valorisante, qui expose un meilleur côté de notre personne. Les décors des photographes du passé sont toujours bourgeois, les habits du dimanche toujours de rigueur. Le quotidien, le vêtement de travail, n’ont jamais suscité la demande des « portraitisés ». D’ailleurs, par le passé, les demandes de portraits confiés aux professionnels de la peinture, de la sculpture et plus tard de la photographie, allaient toujours dans le sens de la catégorie sociale juste supérieure à celle du client : l’ouvrier représenté comme un bourgeois, le bourgeois comme un aristocrate, l’aristocrate comme un souverain et même le souverain souvent immortalisé en empereur romain.

La seconde explication est que nous supportons mal une représentation contre notre gré, une atteinte à ce que l’on croit être notre liberté individuelle. La phobie de l’espionnage est toujours là. Cette inquiétude peut prendre des allures obsédantes presque paranoïaques. S’il est vrai que nous sommes souvent photographiés à notre insu, ces images ne peuvent théoriquement être utilisées que pour des individus déjà suspectés, et elles ne constituent pas des preuves. Le thème du grand complot étatique, du monde d’Orwell, de la STASI, est toujours d’actualité et les performances accrues des enregistrements d’images ne concourent pas à sa disparition.

La troisième explication est liée au phénomène du miroir. Nous nous voyons rarement tel que nous sommes tout simplement parce que c’est le miroir qui nous renvoie notre image. Et ce miroir inverse l’image droite gauche avec une symétrie horizontale (axe vertical). Un grain de beauté sur la joue droite est à gauche sur l’image réfléchie. Notre visage n’étant jamais tout à fait symétrique nous sommes accoutumés à sa dissymétrie inversée. Il serait intéressant de présenter deux portraits individuels à un échantillon de population, l’un normal, l’autre comme dans un miroir en demandant la préférence de chacun.

La quatrième explication est plus psychologique et il est difficile de l’approfondir ici. Elle concerne la pudeur. Certains parmi nous supportent mal les feux de la rampe. Une forme de modestie les garde de devenir un centre d’intérêt pour un public, si réduit soit-il. C’est leur choix le plus légitime et dans une société où la célébrité devient un atout majeur, on ne peut que respecter ceux qui en décident autrement et préfèrent rester dans l’ombre... par humilité.
Illustration : Balzac par Nadar, Daniel Lemarchand (bas)


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24 réactions à cet article    


  • philmouss philmouss 20 juillet 2007 16:28

    On pourrait rajouter à ces explications le rapport que l’on entretient avec l’image du photographe. Dans l’imaginaire social, le photographe est souvent assimilé à l’intrusion du paparazi. Lorsque je prend des photos dans la rue, je rencontre toutes sortes de réactions mais celle qui consiste à m’assimiler au paparazi est assez courante. Elle est d’ailleurs souvent agressive. Je deviens alors le « mauvais objet » sur lequel peut se décharger l’agressivité du quidam. Même lorsque la réaction est joviale, il est souvent fait référence au droit à l’image comme possibilité de tirer profit de son image, là c’est plus une nouvelle norme sociale qui s’exprime qu’une peur d’être « pris » en photo. Le plus souvent il y a le désir de s’affirmer face à un tiers qui nous semble potentiellement hostile. Que fait-on de mon image est certainement la question qui est toujours sous-jacente. « Vous-êtes journalise ? c’est pour Ouest France ? » me demandait un ancien qui jouait aux boules, non c’est pour moi, je suis photographe amateur. "ah bon, mais il n’y a pas de problème, vous pouvez nous prendre en photo. Je pense qu’il y a vingt ans, il n’aurait pas posé la question. L’oeil de la caméra nous paraît omniprésent puisque nous passons une grande partie de notre temps à observer ce qu’il produit. Cette omniprésence rend-elle l’objectif plus menaçant ? En tous les cas, une chose est sûre, pour la photo de rue, mieux vaut un appareil discret. Robert Doisneau avait un Leica avec un 35mm, mais pourrait-il opérer aussi facilement aujourd’hui, j’en doute.


    • zapinc zapinc 20 juillet 2007 23:02

      Bonjour, En complément, voici un extrait d’un texte que j’ai écrit voici quelques années, mais qui me semble encore d’actualité.

      « Psychophotographie »...

      Un aspect me semble assez peu pris en compte dans les discussions ayant rapport au droit à l’image : c’est la dimension psychologique. Cette dernière nous renvoie à l’essence de la photographie comme mode de représentation du réel. Car enfin, quel malentendu historique que de croire la photographie toujours fidèle à la réalité, alors qu’elle n’en rend la plupart du temps qu’une facette réductrice et trompeuse. La photographie utilise comme matériau le réel comme le sculpteur utilise la glaise. Mais les mythes ont la peau dure et les habitudes aussi. Il aura fallu que pendant plus d’un siècle ( et cela continue) on utilisât la photographie à des fins documentaires, pour répondre à des nécessités mécaniques et fonctionnelles (la presse ; l’édition) pour s’apercevoir et encore grâce à l’emergeance de nouveaux mediums (vidéo) que la photographie n’est décidément pas le moyen le plus adapté, car trop peu fiable, à la représentation du réel. Las ! Cette idée est encore trop enracinée dans l’inconscient populaire et dans les habitudes pour être changée.

      Les gens, puisqu’il s’agit d’eux, les plaignants, ceux qui intentent des procès à des photographes sont pour l’essentiel, on le sait aujourd’hui, motivés par l’appât du gain. En revanche, la réaction souvent brutale (et traumatisante) que chaque photographe a connu au moins une fois dans sa vie, est, je crois révélatrice de la violence à peine voilée que représente l’acte de viser et de tirer... le portrait de quelqu’un « sur le vif. » La « victime » ressent une forme d’impuissance à contrôler son image (trop tard !) Du coup, la réaction, spontanément se place au même niveau que « l’attaque » et la réaction est souvent virulente. Le photographe est toujours surpris ( je l’ai été de nombreuses fois) mais il ne mesure pas bien cette violence car elle est contenue dans l’acte même et non dans sa démarche, généralement bienveillante. Pour preuve, il est amusant de constater la différence de réaction de gens devant une caméra de TV et devant l’objectif d’un photographe : la TV induit des comportements qui sont presque à l’opposé, les gens se livrant souvent involontairement à de l’exhibitionnisme. Devant une caméra il est possible de contrôler( on se l’imagine...) son image. Devant un appareil photo, en 1/125 eme de seconde...on est mort. Toute la différence est là.

      De tous temps il a donc été difficile de photographier les gens dans la rue. Cartier-Bresson disait : « On ne fouette pas l’eau avant de pécher », il avait ses trucs pour passer inaperçu, Robert Doisneau refaisait jouer souvent une scène, Raymond Depardon avoue voler « à la dérobée » et en faisant volte-face ses instantanés, Guy Le Querrec amuse la galerie et finit par se faire oublier... à chacun sa méthode. Reste que devant une photo publiée sans autorisation l’ avocat moyen se régale, car la différence énorme est qu’aujourd’hui la société s’est judiciarisée à outrance. vm


      • moebius 20 juillet 2007 23:23

        Il y’a quelques années dans un souk a Marrakech je filme une « ambiance » au caméscope. La réparti d’un passant ; « ont est pas des singes » Depuis je ne filme plus que des paysage, de l’architecture, des animaux comme des poissons rouges et seulement les etres humains qui consentent a faire « le singe »...ce singe que nous singeons qui est tu ?


        • Céline Ertalif Céline Ertalif 20 juillet 2007 23:40

          Article intéressant qui suscite des commentaires intéressants.

          J’aurais aimé avoir un petit complément sur les différences culturelles dans le monde par rapport au portrait photographique. On sait qu’il y a des attitudes différentes : que disent ces cultures allogènes ?


          • zapinc zapinc 20 juillet 2007 23:42

            Je tente une mise à jour du texte précédent.

            J’observe depuis quelques mois des comportements urbains et pour tout dire un peu étranges : de plus en en plus de gens prennent des images avec leur petit galet poli, le tiennent à bout de bras et à tout bout de champ, les yeux écarquillés, prennent tout et souvent n’importe quoi. Scène vue cet été sur le quai d’une gare de banlieue : un groupe de filles, la trentaine, bavardent en attendant leur train. L’une d’elles avise une autre fille à distance, comme je suis à côté, je tends l’oreille : « t’as vu la fille là-bas ?, j’adoooore sa coiffure !!! » Et là, ni une, ni deux, avec un naturel désarmant, elle s’approche d’elle et lui demande si elle peut la photographier. La fille en question, tout sourire se prète au jeu, ravie d’être le centre d’intérêt du quai, fût-ce qu’un instant.

            Du coup, je me dis que finalement ce foutu téléphone portable, que je critique souvent est quand même un drôle d’objet de médiation.

            Malheureusement... autre scène vue, autres lieux... un corps de milicien du Hamas déchiqueté en palestine, suite à des combats entre miliciens du Fatah et membres du Hamas à Gaza. Au dessus du corps mutilé, des grappes de jeunes prenant en photo le maccabée... Même scène quelques années avant en Israël : des policiers israéliens sur le site d’un attentat tiennent à bout de bras la tête du kamikase et se photographient avec, hilares.

            Mais c’est une autre histoire...

            Pour ce qui est de la photo de tous les jours, le portable réconciliera peut-être nos contemporains avec la photo de rue. Reste que porter l’oeil au viseur de son Leica et tendre son portable à bout de bras, n’est pas la même chose. Pas la même attitude : dans le cas de l’appareil, qu’on le veuille ou non, on est un peu amputé de la tête (même si avec le Leica M précisement, c’est un peu moins vrai) du coup, pour celui qui est « la proie » il y a sans doute une appréhension bien légitime. Le geste du « tendeur de portable » est probablement moins traumatisant, et plus « in », ou plus « fun »... Les rolleiflex ou les blad, posés sur les paumes ouvertes du photographe avaient en d’autres temps, meilleure réputation. C’était sans doute fondé. On parlait d’ailleurs à ce propos que le photographe qui utilisait ces appareils s’inclinait devant les gens qu’il photographiait.

            Prendre une photo sur le vif requiert des compétences et du métier : un sens de l’anticipation, une discrétion et une maîtrise de la technique exemplaires, sans compter une bonne dose de psychologie. Mais quelquefois, apprendre aussi à s’approcher, à ne pas faire la photo tout de suite, à parler avec les gens, à leur donner confiance permet d’obtenir souvent de bien meilleurs résultats. Un regard qui vous sonde, un regard donné de plein gré, avec la générosité de l’instant est souvent bien plus précieux qu’une image volée. A ce propos, lire ce que raconte à ce sujet notre ami Nicolas Bouvier, et enchainer sur « histoire d’une image » du même auteur.

            Que du bonheur...

            VM


            • philmouss philmouss 21 juillet 2007 01:12

              oui vm, bien sûr, il faut de l’éthique, du respect, essayer la relation, mais au delà, je reste convaincu qu’il n’y a pas de règle pour la photo de rue, ou bien si une : se laisser surprendre. De toute façon, quoi qu’on dise, on reste des voleurs. On peut habiller nos intentions avec de beaux discours poétiques, mais nous gardons un objectif, « prendre » une photo. Le photographe est un grand obsessionnel un peu pervers mais bon tu as raison, ça requiert du métier et peut être au fond un travail de type méditatif un peu spirituel quand à son rapport au monde, à l’autre... finalement je te rejoins.


              • Philippakos Philippakos 21 juillet 2007 17:05

                Bien sûr, quelque part nous sommes tous des voleurs mais que vole-t-on au juste ? Une image de quelqu’un qui ne la verra sans doute jamais, de quelqu’un qu’on ne reverra sans doute jamais non plus. Une image qui a finalement peu de chance d’être utilisée et sur laquelle personne ne reconnaitra le sujet photographié (le contraire peut arriver, j’en conviens). Disant cela je nie un peu le sens le l’individu en le noyant au sein d’une gigantesque communauté anonyme. Il faut pourtant s’y faire, nous sommes six milliards et on peut difficilement respecter strictement l’ego de chacun. En contradiction avec ce que j’ai dit précédemment (ne pas se comporter comme un voleur) il existe des techniques « psychologiques » qui fonctionnent à merveille et qui finalement contentent tout le monde : photographier quelqu’un qui vous voit sans qu’il pense avoir été photographié. Il suffit de ne jamais le regarder directement, uniquement dans le viseur. L’utilisation d’un grand angulaire arrange bien les choses. Cela paraît un peu fourbe mais le sujet ne se sent pas piégé, vous avez pris votre image et personne en vous en tient rigueur... Hypocrite ? Certainement, mais il faut assumer en relativisant : le mal n’est pas bien grand et la fierté du photographe et du photographié est préservée.


              • Philippakos Philippakos 21 juillet 2007 07:53

                Ce qui reste étonnant tout de même est le rapport entre l’image qu’on vole et son utilisation. Je veux dire qu’une image de nous prise dans la rue n’a pratiquement aucune chance d’être divulguée dans un média à grand tirage. Et même si elle est divulguée on a très peu de chance de se voir, à moins de tout lire ce qui devient franchement difficile aujourd’hui. Personnellement, je ne me suis jamais vu nulle part... ainsi donc la crainte d’être photographié me semble très disproportionnée par rapport à la probabilité que son image soit divulguée et que l’on puisse s’en trouver dérangé ou spolié. Pour essayer de répondre à Céline, le rapport à l’image est très différent selon les cultures. Pour un Népalais c’est une fierté d’être photographié, pour un Egyptien une honte. C’est souvent perçu comme une agression en Afrique noire et comme un acte naturel en Amérique du Sud. Le religieux joue un rôle mais pas si déterminant qu’on pense : un Turc, musulman, ne se comportera pas comme un musulman d’un pays plus strict quant au domaine religieux. Le tourisme est un facteur important aussi : en Crète, les vieilles femmes n’acceptent d’être photographiées que contre finance. Les enfants Egyptiens demandent à être photographiés pour réclamer ensuite leur dû. Certains tentent même d’interdire toute photographie (architecture ou paysage),en masquant votre objectif, et se comportent ainsi en racketeurs. S’il est une règle à observer c’est, je crois, d’établir le contact avec la personne photographiée, si rudimentaire soit-il (la fameuse « barrière de la langue » n’aide pas), sourire et ne pas se comporter comme un voleur. Cela reste simple et évite souvent de nombreux ennuis.


                • Philippakos Philippakos 21 juillet 2007 08:33

                  Merci à Zapinc et à Philmouss pour l’apport de leurs refléxions. Je viens de lire l’article de Zapinc sur l’abandon du numérique et les joies de l’argentiques. Je dois dire que j’ai abandonné ces joies-là depuis le début du numérique professionnel (le Nikon D1 en 1999) sans vivre depuis le moindre regret ni même la moindre nostalgie. Pensez à l’angoisse de ceux qui, comme moi, partaient en mission pour un mois dans un pays lointain, en rapportaient 3000 clichés (type studio)en image latente sans savoir si le photomètre ne s’était pas déréglé, si l’obturateur n’avait pas des problèmes, si le diaphragme se fermait bien complétement (j’ai connu ces trois calamités). Pensez aux sueurs froides en montant l’escalier du labo de traitement E6 après avoir laissé le matin 45 bobines 120... et je ne parle pas des heures passées à placer un fond derrière une statue colossale, à peaufiner les équilibres de lumière qui devaient être parfaits, la propreté de l’image, etc, etc. Parfois, en regardant une image argentique, je me dis tout de même : c’était pas mal la finesse du grain et le modelé argentique... mais je crois que le culturel, l’habitude joue un grand rôle. La définition du bon numérique est supérieure (en terme de traits par mm)à l’argentique. Les éditeurs attendent tous de nous des images numériques aujourd’hui. Ne pas perdre de vue que mon fils n’a pratiquement jamais vu d’image argentique et que dans quelques années elles seront sûrement rangées au rayon des antiquités. Elles n’évoqueront plus grand chose pour personne. Franchement, et sans être un adepte de la modernité, je pense qu’il n’y aura pas de retour en arrière possible, sauf pour usages particuliers mais je peine à les trouver. Reste la poésie, les souvenirs, et c’est important aussi.


                • Thomas Thomas 6 août 2007 16:46

                  Bonjour, je découvre votre article au retour d’un voyage au Kenya. Le spectacle de la rue et des villages est tout aussi intéressant que celui des animaux sauvages mais plus difficile à capturer. La population déteste être photographiée, tout particulièrement les Masaï.

                  Explication du guide : aucune croyance religieuse ou phantasme n’est invoqué. C’est juste que depuis tant d’années qu’ils voient des touristes, dans leur esprit, la photo c’est pour prendre des animaux, donc devenir le sujet de l’appareil crée une assimilation méprisante.

                  Bien sûr, un petit billet opportunément glissé les aide à voir leur dignité humaine prise en compte et respectée par le photographe smiley


                • zOoO zO 21 juillet 2007 07:55

                  A votre avis est-ce que j’aime être photographié ? d’où ce petit negatif.

                  C’est plus fort que moi, ce n’est pas encore une phobie, mais un malaise certain devant l’objectif, photo ou vidéo.

                  Je préfère la position d’observateur, pas de voyeur, à celle d’observé. La quatrième explication de votre article me convient bien.

                  Même si nous sommes toujours surpris en bien ou en mal par une photo, celle-ci ne représente en fait que 1/500 de seconde d’une vie, ce n’est pas vraiment représentatif d’une personnalité.

                   smiley


                  • zapinc zapinc 21 juillet 2007 09:46

                    Bonjour, En réponse à l’auteur de l’article et au sujet du numérique/argentique : je comprends tout à fait ce que vous développez (sans aucun jeu de mot) c’est vrai que la photographie numérique a considérablement déstressé le photographe professionnel, l’a délesté de quantité de préoccupations d’ordre technique dans certaines applications. Mais d’un autre côté, la vulgarisation qu’amène les technologies digitales à gommé ce qui faisait autrefois la différence : aujourd’hui, avec un réflex numérique, une bonne dose de bagout suffit souvent à faire un photographe et la profession est littéralement saturée de gens qui s’improvisent photographes sans le début du commencement d’une éthique, sans parler de réflexion. Mon propos pourra vous paraître quelquepeu méprisant mais pour croiser chaque jour ces nouveaux homo photographicus, je vous assure qu’on a un peu ce sentiment. Mais 100% d’accord avec l’auteur quant à l’irréversibilité : à mon sens, l’argentique restera, mais ne concernera plus qu’une petite portion de photographes, pour qui l’idée de permanence, de trace, de texture ou même d’imperfection de support, importe plus. Et puis... quid des supports numérique dans le temps ? On sera fixés dans les années à venir.

                    Merci


                    • Philippakos Philippakos 21 juillet 2007 17:25

                      Le représentant Nikon me le disait l’autre jour : « avec le numérique, n’importe quel nul peut donner une image exploitable ». C’est vrai que toute la belle technique que j’ai pu apprendre devient en grande partie caduque (la chimie entièrement, la physique demeure utile). L’image du photographe, du même coup, se dégrade à grande vitesse. Beaucoup d’amis photographes changent de mot pour se définir (concepteur d’images, illustrateur, etc...) . On fait moins appel à des photographes puisqu’on voit immédiatemnt le résultat de ce qu’on a fait, en évitant le risque de tout rater. Il faudra en tenir compte pour la suite. Certaines manipulations restent difficiles pour des non spécialistes. Le maniement des courbes est délicat. Une bonne technique « photoshop » est assez rare et difficile à acquérir. Photographe n’est pas la première profession piégée par l’évolution des techniques. Pensez aux horlogers et même aux informaticiens dont le rôle ne consiste plus que d’assurer la maintenance, sans programmmer la moindre ligne. Le manque d’exigence du public est plus inquiétant et personne n’est choqué de voir une image pourrie issue d’un tél.portable. A nous de trouver des domaines assez spécialisés pour que notre savoir-faire soit requis mais pour combien de temps. Un dur combat, j’en conviens...


                    • haddock 21 juillet 2007 10:27

                      Le révélateur dans la photo , le fait que c’ est toujours la prochaine qui sera la bonne . Un angle positif .


                      • maxim maxim 21 juillet 2007 13:14

                        la photo,cet impitoyable miroir qui fixe en un instant ce que vous n’auriez pas voulu que l’on voit, ce que vous auriez pu dissimuler si on vous avait demandé de poser .....

                        devant un miroir ,ce que l’on voit de soi est finalement très subjectif ,c’est à dire tel que l’on a envie de se découvrir ,on peut se persuader que la glace grossit ou allonge ,on prend la pose la plus avantageuse ,comme lorsque l’on pose pour une prise de vue .......

                        un Doisneau ,un Cartier Bresson avaient le genie de saisir l’instant qui faisait de vous un personnage intéressant ......et le trait furtif fixé sur la pellicule exprimait à lui seul tout une histoire ,le cliché transperçait le sujet ,j’oserai dire que c’etait presque de la radiographie .........

                        personnellement ,je ne suis pas « photo » ,j’ai possédé de bons appareils que j’ai revendu ,je suis piètre photographe ,et n’aime pas spécialement être mis dans la boîte non plus .....

                        mon frère expose ,il est considéré comme artiste ,spécialiste de la photo animalière et de la macrophotographie ,possédant un matériel conséquent .......

                        l’article est intéressant ......

                        bon week end à tous ......


                        • zapinc zapinc 21 juillet 2007 15:26

                          Il est vrai que la culture prédomine dans notre rapport à l’image, à notre image. Et l’auteur à raison de rappeler que suivant les cultures, on a pas du tout les mêmes réactions. Cependant, regardez les photos d’Izis, de Doisneau, d’HCB ou de Ronis. Les gens photographiés au quotidien semblent animés de bienveillance. Certes, les photographes sus-nommés étaient de vrais génies de la photographie sur le vif, mais je crois aussi que l’époque joue un rôle non-négligeable. En ce temps-là, les images étaient plus rares, et être photographié était souvent considéré comme un honneur, ou une bonne grâce. Dans les familles, on posait pour la postérité dans ses meilleurs atours, dans le jardin, l’été lorsque la lumière s’y prêtait. Les photographies étaient livrées avec de petits bords dentellés, et les images étaient ensuite collées dans de lourds albums reliés ( voir le travail de J-H Lartigue), bon, au sein des familles bourgeoises certes, mais le petit peuple connaissait déjà le clic-clac merci Kodak et depuis les premiers congés payés, les petits appareils en bakelite faisaient partie du décor.

                          Aujourd’hui, les écrans sont partout, ( et cela n’est pas prêt de s’arrêter), les paparazzis traquent les stars et les anti-stars se retrouvent sur les plateaux des émissions de télé-réalité. Chacun a enfin sa part de notoriété. Mais Andy Wharhol ne l’avait-t-il pas prédit ?. La part d’ingénuité et de rêve qui est souvent le dénominateur commun des peuples innocents ou des société balbutiantes (d’après-guerre par ex) est peut-être en passe de s’évanouir. Notre société est peut-être en train de vieillir. L’image est partout mais jamais elle n’aura eu aussi mauvaise presse. Impossible désormais de faire des images dans la rue (à moins de demander bien entendu) sans encourir des regards de franche répprobation quand ce ne sont pas des insultes. Sommes-nous blasés, revenus de tout, méfiants de tout et de tous ? La notion de propriété est si pregnante dans notre société moderne, et l’individualisme si développé que nous ne saurions souffrir qu’on nous emprunte même notre image. Des propriétaires intentent des procés aux photogaphes qui ont eu l’heur de cadrer leur propriété, et certains avocats se sépcialisent dans le droit à l’image. La société se judiciarise de plus en plus et corrolaire malheureux notre patrimoine iconographique s’apauvrit chaque année davantage. Quelle image de notre société livrerons-nous à nos descendants ? ces images libres de droits qui garnissent les catalogues des agences d’illustration, photos trop bien cadrées où des mannequins au physique calibré (cadre, executive women, seniors ...) baignent dans des lumières bibliques ? comment leur transmettrons-nous les images de la vie de quartier, de la banlieue, des zones pavillonaires, des campagnes ? les endroits où il ne se passe rien, sinon la vie ? Que comprendront-ils de la banlieue, en voyant ces images faites trop rapidement par des photojournalistes pressés (aux deux sens du terme) en quète de spectaculaire et de sensationnel. A part certains photographes, qui s’échinent à chroniquer les « temps morts » comme dirait R.Depardon, et qui ne trouvent plus guère de journaux pour publier leurs reportages, l’image s’est considérablement apauvrie. De la gastronomie, nous sommes passés en quelques années au rêgne du fast-food. Je sais, c’est un constat un peu amer, mais malheureusement je crois assez réaliste.

                          VM


                          • philmouss philmouss 22 juillet 2007 03:50

                            peut-être qu’il faut lacher la logique du monde argentique pour explorer les immenses possibilités qui s’offrent à nous avec le web et le numérique. Plonger dans l’expérience psychédélique de l’image en ligne en haut débit.


                            • zapinc zapinc 22 juillet 2007 11:35

                              Oui philmouss, Peut-être... Il se trouve pour ma part que j’ai essayé et que je n’y ai pas trouvé mon compte. Mais je ne parle que pour moi. La profusion risque trop de devenir boulimie et quand on a tout, tout de suite, ou plutôt quand le champ des possibles est trop grand, on s’y perd je crois. Regardez un logiciel comme photoshop, véritable usine à gaz numérique : quand on l’utilise de manière raisonnable, on obtient ce que l’on recherche, mais lorsque on s’épanche dans tous les filtres, je trouve que les résultats sont rarement probants. Mais ce n’est que mon avis.

                              Le principal est de trouver le voie que l’on cherche.

                              VM


                              • hurlevent 25 juillet 2007 18:18

                                Je ne suis pas photographe, mais je trouve l’article et les commentaires très intéressants.

                                Merci


                                • stephanemot stephanemot 27 juillet 2007 11:41

                                  Notre image nous échappe : nous nous livrons déjà beaucoup à travers notre activité en ligne ou, à notre insu, à travers les caméras de surveillance, ces cameraphones sur lesquels nous n’avons aucune prise... Cette accumulation joue et la paranoïa diffuse ne touche plus seulement les habituelles victimes des paparazzi.

                                  Ce phénomène n’existe pas encore dans des contrées moins saturées de nouveaux moyens de communication. Je me souviens de ces paysans du Yunnan émerveillés par la découverte de leur première image capturée sur le vif en reflex numérique (c’est là que j’ai compris l’importance d’avoir un polaroid ou une mini imprimante sur soi : impossible de leur laisser leur image, frustration et incompréhension de leur part).


                                  • philmouss philmouss 27 juillet 2007 17:35

                                    c’est là qu’on réalise que ça se joue au niveau du prendre (et donc du donner), c’est intéressant cet exemple. tu devrais avoir des cartes de visite sur toi. l’important, c’est de donner quelque chose.


                                  • stephanemot stephanemot 27 juillet 2007 18:54

                                    Ce n’est pas qu’une affaire de verroterie : en l’occurence, les personnes attachaient réellement de la valeur à cette représentation, ou à celle de leurs proches comme ce vieux avec son petit enfant.


                                  • zapinc zapinc 27 juillet 2007 23:45

                                    Oui, notre image nous échappe, mais plus généralement je crois que les images épuisent le monde et cela, aux différents sens du terme : Dans celui de « vider (quelque chose) de son contenu ou de sa substance » tout d’abord, mais également dans celui de « rendre stérile ou d’user jusqu’au bout », et même de « réduire à un affaiblissement complet ». Si le monde est constamment sous le feu des caméras, comme face à un omniprésent miroir, comment pourrait-il ainsi se reposer ? On a besoin de mystère, de choses à découvrir, de nouvelles images et pas d’un incessant bavardage visuel qui finit par ...épuiser le monde. De plus, ...l’image du monde que tout un chacun conserve en soi à chaque instant se nourrit de ce flot ininterrompu ...d’images et comme on parle rarement des trains qui arrivent à l’heure, ...l’image du monde qui est véhiculée par toutes ces ...images finit par peser sur les consciences, et par former une... image peut-être un peu négative de notre bonne vieille terre.

                                    Bref, pour se guérir, il faudrait probablement commencer par se sevrer, et regarder moins ...

                                    Et ne pas confondre polyphonie avec cacophonie...

                                    Peut-être que nos contemporains sentent aussi confusément cela lorsqu’on les photographie. D’où leur hire.


                                    • zapinc zapinc 27 juillet 2007 23:55

                                      ...D’où leur ire sans H fallait-il lire. Désolé.

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