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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Crète minoenne ou l’Histoire revisitée par la légende

La Crète minoenne ou l’Histoire revisitée par la légende

 Maquette du palais de Minos à Heraklion

Au commencement était le mythe. A l’époque préhistorique, l’homme ébahi contemplait l’immensité de l’univers et essayait de comprendre le monde et de donner une interprétation logique aux phénomènes auxquels il assistait. Soucieux de prêter forme à ces forces invisibles qui lui inspiraient étonnement et peur, il inventa une version mythologique de la genèse du monde : sa propre version de la cosmogonie. Ainsi les mythes vont-ils mettre en scène des événements fictifs qui composeront l’histoire ancienne de ces populations confrontées au mystère des origines. Et la civilisation minoenne tiendra, dans cette dramaturgie, une place importante.

Il y a de cela des siècles et des siècles avant notre ère, Zeus s’éprit d’une jeune fille du nom d’Europe et, pour la séduire, revêtit l’apparence d’un taureau éblouissant de blancheur. Lorsque celle-ci fut mise en confiance, il l’enleva et ils arrivèrent jusqu’en Crète où ils s’unirent sous les platanes de Gortyne qui, depuis, en souvenir de leurs amours, conservent leurs feuilles toujours vertes. De cette union naquirent Minos, Rhadamante et Sarpédon. Une fois devenu adulte, Minos, l’aîné, parvint à convaincre ses frères que les dieux l’avaient assuré qu’il devait régner seul sur la Crète. Ses derniers s’étant ralliés à ce projet, Minos pria Poséidon, le dieu de la mer, de faire surgir des flots un taureau qu’il promit de lui sacrifier en signe de reconnaissance. Minos devint roi, en effet, mais l’animal était si beau qu’il ne put se résoudre à le tuer et l’envoya parmi ses troupeaux de façon à perpétuer sa race. Puis Minos épousa Pasiphaé, la fille d’Hélios (le soleil) avec laquelle il eut de nombreux enfants dont Ariane et Phèdre. Mais Poséidon offensé que le taureau ne lui ait pas été sacrifié inspira à Pasiphaé un amour contre nature pour le beau taureau. Devenue folle de désir, celle-ci, ne sachant comment assouvir sa passion, demanda à Dédale, l’architecte du palais, de lui venir en aide. Celui-ci conçut une vache en bois dans laquelle la reine se glissa. Le leurre étant si parfait, l’animal s’y trompa et l’accouplement put avoir lieu, donnant naissance à un être hybride au corps d’homme et à la tête de taureau : le Minautaure. D’une force que nul ne pouvait vaincre, il avait la funeste habitude de se nourrir de chair humaine. Humilié par sa présence, Minos ordonna à Dédale de bâtir un labyrinthe afin d’y cacher ce monstre, dont la vue lui rappelait la regrettable conduite de sa femme. Peu après, le fils de Minos, Andropée, fut violemment mis à mort par les Athéniens et le souverain, désireux de venger son sang, leur déclara la guerre et ne leur concéda la paix que moyennant le paiement d’un lourd tribut : tous les neuf ans, sept des plus nobles jeunes gens et jeunes filles de la ville devaient être envoyés en Crète et livrés en pâture au Minotaure. Thésée, fils du roi d’Athènes, se proposa aussitôt pour victime, considérant de son devoir d’être sacrifié à la place d’un enfant de la ville. Sa grandeur d’âme suscita une immense gratitude, mais le vieux souverain désespéré fit promettre à son fils qu’à son retour, s’il était vivant, on hissa des voiles blanches afin que ses parents apprennent son retour sans le moindre retard.

Porté par des vents favorables, le vaisseau était parvenu sans encombre au palais, là où se trouvait le labyrinthe imaginé par Dédale. Cet ingénieux architecte avait servi son monarque durant de longues années avec compétence, mais avait eu le malheur de commettre un impair et s’était vu contraint, pour garder la vie sauve, de fuir en Sicile avec son fils Icare. Pour ce faire, Dédale avait réussi à fixer sur ses épaules et celles de son fils des ailes en cire grâce auxquelles ils purent s’envoler au-dessus de la mer. Mais Icare eut l’imprudence de s’approcher trop près du soleil et ses ailes fondirent, le précipitant dans la mer. Son père avait alors recueilli son corps pour l’ensevelir dans une île appelée aujourd’hui Icarie.

 VIDEO

Mais revenons à Thésée qui s’apprêtait à pénétrer dans le labyrinthe afin d’y affronter le Minotaure. On sait que, jusqu’alors, l’animal n’avait fait qu’une bouchée de ses victimes. Mais le jeune homme n’avait pas invoqué en vain la protection d’Aphrodite, la déesse de l’amour. Apitoyée par son sort, elle avait inspiré à Ariane, la fille de Minos, un sentiment si irrésistible que la jeune fille avait eu l’astucieuse idée de remettre au jeune prince une bobine de fil qu’il n’aurait qu’à dérouler au fur et à mesure de son parcours dans le labyrinthe, pour être assuré d’en retrouver sans peine l’issue. Ainsi paré, Thésée s’était aventuré seul, avait affronté le monstre et l’avait tué, puis s’était empressé, une fois revenu à la lumière, de saborder les vaisseaux crétois pour éviter qu’ils ne viennent à le poursuivre sur la route du retour. En pleine nuit, sa flotte s’éloigna avec, à bord, les jeunes Athéniens auxquels il avait évité un sort tragique et Ariane qui lui avait permis de sortir sans encombre du labyrinthe. Durant le voyage, Thésée eut un songe, ce songe l’avertissait qu’Ariane ne lui était pas destinée parce qu’elle devait épouser, non un homme, mais un dieu. Aussi, une fois parvenu à l’île de Naxos, la laissa-t-il endormie sur le rivage, sans un mot d’explication, et poursuivit-il sa route jusqu’à Athènes où son père Egée guettait son retour. Hélas, par erreur, l’équipage avait hissé des voiles noires et le souverain, croyant que son fils était mort, se jeta dans la mer qui, désormais, porte son nom. Thésée, en arrivant au port, apprit la triste nouvelle et ne put se pardonner son erreur qui le faisait, contre sa volonté, roi d’Athènes.

Plus tard, Thésée prit pour épouse l’Amazone Antiope avec laquelle il eut un fils Hippolyte et, à la mort de celle-ci, épousa en secondes noces Phèdre, la fille de Minos. Mais quand Phèdre vit le fils de Thésée, elle en tomba éperdument amoureuse. Dans un premier temps, elle s’appliqua à cacher sa passion incestueuse jusqu’à ce que, cédant à sa folie, elle écrivit au jeune homme une lettre où elle lui dévoilait ses sentiments. Indigné, Hippolyte refusa ses avances et c’est alors que Phèdre craignant que son beau-fils ne révélât l’affaire à son époux, se suicida, non sans avoir pris soin de laisser une missive à Thésée, où elle accusait Hippolyte de lui avoir fait des propositions indécentes. Thésée lut la lettre, maudit son fils et le chassa d’Athènes.

Il y eut encore l’histoire de Jason, fils de Tyro, la fille du roi Salmonée et du dieu Poséidon, élevé dans une grotte par le Centaure. Devenu adulte, il avait armé le navire Argo dans le but de récupérer la Toison d’or. Faisant escale en Crète, lui et ses compagnons durent affronter le géant Talos, cadeau d’Héphaïstos au roi Minos, qui avait la mission de faire trois fois par jour le tour de l’île, de façon à empêcher les navires d’y accoster. Sa vie tenait à une veine qui, à la cheville, était fermée par un clou en bronze. Médée, l’un des Argonautes, réussit à le convaincre qu’en retirant le clou, il deviendrait immortel. Talos le crut et, dès que son corps se fut vidé de son sang, mourut, permettant aux navigateurs de faire escale.

Voilà les principaux mythes qui ont concouru à faire de la Crète une île magique et du musée d’Héraklion un lieu unique au monde, où se trouvent réunis les exceptionnels objets de l’époque minoenne (2000 à 1400 ans av. J.-C.), principalement des fresques dont le répertoire thématique s’inspire de la vie, des cérémonies, des processions, de la nature. Toutes ont eu pour vocation d’être agréables à l’esprit et aux yeux, d’exprimer la joie de l’instant et d’illustrer des événements qui mêlent harmonieusement réalité et mythes, suscitant immanquablement aux visiteurs éblouis que nous sommes, une émotion inoubliable. La cosmogonie antique a quelque chose de la fraîcheur de l’enfance, c’est la fraîcheur du monde. Les dieux et les héros finissent toujours par l’emporter. Certes le monde n’est pas parfait, mais, à ses imperfections, l’homme - comme on le voit - finit toujours par trouver un sens et surtout il a la bonne santé de ne pas se considérer comme coupable, à la rigueur comme simple fautif... 


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10 réactions à cet article    


  • docdory docdory 4 novembre 2008 13:43

     @ Le Furtif
    L’écriture crétoise dite " linéaire B " a été déchiffrée , il semble bien établi qu’il s’’agisse d’une forme archaïque de grec . Donc, linguistiquement parlant , les crétois auraient été proches des grecs .


  • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 4 novembre 2008 11:40

    Je n’ai pas fait un article sur l’origine des populations grecque ou crétoise, mais sur les légendes communes à la Crète et à la Grèce qui sont toujours bien vivantes. On sait que la Crète est dorénavant rattachée à la Grèce et pour cause ; elles ont de nombreux points communs culturels.( voir mon précédent article ).


    • Emile Mourey Emile Mourey 4 novembre 2008 11:42

      @ Armelle et @ Le Furtif. Vous dites : Au commencement était le mythe ? La formule est ambiguë. Comme vous le précisez d’ailleurs, les Anciens n’ont pas inventé leurs mythes en dehors de la réalité visible (cf. leur cosmogonie). En contradiction avec la pensée unique, j’ajouterais : ni en dehors de l’Histoire. J’aurais même tendance à dire : au commencement était l’Histoire. Car les Anciens étaient des poètes. Vivant dans un univers que le divin n’avait pas encore déserté, ils ne pouvaient transmettre leur propre histoire, fondement de la cité, aux générations suivantes, qu’en la sublimant, d’où le récit mythique. Encore plus que la beauté et la poésie du récit, c’est le fait historique qui est le plus passionnant à redécouvrir. De tous temps et surtout dans cette période antique, deux types de gouvernement étaient possibles : soit par un tyran, soit par une oligarchie. Supposons que Minos ne soit pas un individu mais un clan au pouvoir, alors tout prend sens. Minos serait un clan issu d’une colonie venue d’Europe (du continent, côté phénicien), portée par les flots (le taureau) jusqu’en Crète où il aurait imposé son pouvoir. Le Minotaure serait la garde mixte (Crétois et instructeurs étrangers) du palais (le labyrinthe) dont on a d’ailleurs retrouvé la trace. Une garde, ou une armée, qu’il fallait bien alimenter en recrues, et cela sous forme de contingents que le "roi/clan" de Crète exigeait d’Athènes, alors vassale. En continuant dans cette logique, Persée serait donc une organisation politique anti-crétoise, infiltrée dans un contingent qui, en s’alliant avec une localité/colonie crétoise (Ariane), aurait vaincu l’armée crétoise (le minotaure), "libéré" ses compatriotes enrôlés de force, détruisant ensuite la flotte crétoise et instaurant, à partir de là, la prépondérance d’Athènes sur les mers... et ainsi de suite (voyez mes ouvrages et mes articles). Félicitations ! Vos articles ont plus de succès que les miens.


      • Emile Mourey Emile Mourey 4 novembre 2008 12:45

        @ Le Furtif

        Ah ! J’avais pas vu... votre commentaire du 8 octobre au sujet de mon demi quatrain, je vous cite : Désolé mais le compte n’y est pas 13 c’est un (pied) de trop....Emile auriez vous trop festoyé avec le mari d’Ariane ?

        Est-ce que c’est mieux ainsi :


        Armelle, ma soeur, par quel amour portée,
        Vous foulâtes cette terre qu’avait Thésée foulée.


      • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 4 novembre 2008 12:13

        Merci, cher Emile Mourey, de ces précisions savantes et enrichissantes. Il est plus que probable que Minos ait été une dynastie comme pharaon et, sans aucun doute, le mythe s’est inspiré de l’histoire. Ainsi, comme vous le soulignez à juste raison, la poésie des anciens a revisité la réalité et inspiré le récit mythique. D’où le titre de mon article : La Crète minoenne ou l’histoire revisitée par la légende.


        • Emile Mourey Emile Mourey 4 novembre 2008 12:25

          Merci, et comme vous le laissez entendre, il faudra bien aussi, un jour, revisiter l’histoire des pharaons.


        • Antenor Antenor 4 novembre 2008 15:31

          @ Le Furtif

          Sur les tablettes qu’on a retrouvées, tous les souverains de la période des seconds palais (-1700 à -1450) portent le nom de Minos. Difficile de ne pas penser que le Minos mythique désigne cette dynastie.

          Au sujet des Egyptiens, que pensez-vous du mythe d’Io ? Memphis fondée par des Grecs, cela me paraît un peu énorme.


        • Emile Mourey Emile Mourey 4 novembre 2008 15:52

          @ Antenor et @ Le Furtif

          Commentaire judicieux. On attend la réponse de Le furtif.

          Curieux : mon article proposé à la modération, rubrique culture, "Mon rêve : Rachida Dati à la Culture" a disparu sans tambours ni trompettes.


        • Emile Mourey Emile Mourey 5 novembre 2008 09:01

          @ Léon

          En effet, j’ai voulu savoir le nombre de modérateurs qui avait voté, pour ou contre. Depuis le 25 octobre que j’ai proposé cet article, comment savoir ce qui se passe, question de transparence.


        • ASINUS 4 novembre 2008 13:31

          bonjour , un sujet interressant plus les commentaires eclairés de mr Mourey que demander de plus
          à agoravox
          yep

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