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La Double Inconstance façon répétition Comédie Française

Surprenante Anne Kessler, entrée à La Comédie Française en 1989, nommée sociétaire en 1994 et qui, vingt ans plus tard, non sans avoir enchaîné ses premières mises en scène au Studio Théâtre et au Vieux Colombier puis s’être fait particulièrement remarquée avec celle « Des fleurs pour Algernon » au Studio des Champs-Elysées, vient aujourd’hui « mine de rien » triompher en salle Richelieu avec « La double inconstance » qu’elle réalise à sa main, c’est-à-dire en rendant les dialogues à leur pertinence et les sentiments à leur évidence inexorable.

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LA DOUBLE INCONSTANCE
photo © Brigitte Enguérand

 

Si, à ce cocktail gagnant, s’ajoutent une projection instinctive de malice relationnelle et une nette disposition à l’ambivalence du ressenti amoureux, tous les ingrédients sont effectivement réunis pour que le couple marivaldien puisse se fracasser sur le mur imaginaire de la réalité afin de faire surgir un ersatz de l’Amour là où il ne resterait en définitive que le fruit d’une manipulation éhontée.

Résumons-nous, Arlequin (Stéphane Varupenne) et Silvia (Adeline d’Hermy) s’aiment passionnément de façon sincère mais voilà que Le Prince (Loïc Corbery) en a décidé autrement ; complètement envoûté, celui-ci veut posséder, pour lui-même, cette jolie villageoise, quitte à se donner tous les moyens de la conquérir.

Le pire étant à venir puisqu’à terme les amoureux transis du début finiront par se résoudre d’eux-mêmes à l’option fallacieuse d’un tel coup fourré.

Mais pourquoi donc n’auront-ils pas su ou pu résister à la séduction de Flaminia (Florence Viala), aux roueries de Lisette (Georgia Scalliet), à l’hypocrisie du Prince ? etc… Pourquoi la nature humaine apparaît-elle si vulnérable face à des convictions initiales pourtant réputées inébranlables ?

Anne Kessler a pris le parti, risqué à l’origine, mais très performant dans le décor gigogne du Foyer de la Comédie Française reconstitué, d’illustrer le piège du délaissement progressif en l’inscrivant dans une mise en abîme scénographique, celle de la maïeutique offerte par le temps de répétition in situ. En effet, au Théâtre, celle-ci s’avère être la période de véritable compréhension du texte par les acteurs mis en situation d’incarnation après lecture à la table.

En jouant ainsi avec la préparation chronologique et l’apprentissage des rôles, ceux-ci, endossant peu à peu leurs costumes, vont pouvoir éclore en artifices psychologiques signifiants. Ils démontrent par ce processus récurrent que l’être humain n’est toujours, à l’instant présent, que le résultat de ses contradictions précédentes dont l’Amour ne serait, en fait, qu’une des composantes.

Terrible aveu d’impuissance en miroir sans aucun doute mais, assurément, au service d’une parfaite réussite en salle Richelieu du tandem de circonstances, Marivaux - Kessler !

photo © Brigitte Enguérand

LA DOUBLE INCONSTANCE - **** Theothea.com - de Marivaux - mise en scène Anne Kessler - avec Catherine SALVIAT, Éric GÉNOVÈSE, Florence VIALA, Loïc CORBERY, Stéphane VARUPENNE, Georgia SCALLIET, Adeline D’HERMY et les élèves-comédiens de la Comédie-Française Claire BOUST, Ewen CROVELLA, Charlotte FERMAND, Thomas GUENÉ, Solenn LOUËR & Valentin ROLLAND - Comédie Française


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