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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La douleur de tuer, ou non, l’être aimé

La douleur de tuer, ou non, l’être aimé

Deux films asiatiques, sortis en 2006, mettent en scène un trio amoureux : le patron, la femme ou la maîtresse du patron, et l’amoureux, destiné à tuer la femme sous les ordres du patron. Le cinéaste coréen Kim Jee-Woo avec A bittersweet life et le réalisateur thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang avec Vagues invisibles (qui vient de sortir sur les écrans français) en proposent deux visions différentes.

Synopsis

Dans [Vagues invisibles->http://www.vaguesinvisibles-lefilm.com/], Kyoji (incarné par Asano Tadanobu) est contraint d’assassiner l’amour de sa vie, Seiko. C’est la mission qu’il reçoit de son patron, qui n’accepte pas que son épouse ait un amant, mais sans révéler si oui ou non il sait que c’est Kyoji qui est l’amant. Ce dernier s’exécute pour se retrouver immédiatement submergé par la culpabilité. Pour fuir autant ses tourments que l’enquête policière, il quitte la ville et traverse la Thaïlande. Sur un bateau, il se lie d’amitié avec une séduisante jeune femme, Noi, mère d’une petite Nid. Cependant, un autre danger survient : un tueur est à ses trousses, engagé par son patron, pour tuer l’amant de sa femme.

Dans [A bittersweet life->http://www.bitter-sweet.co.kr/], un chef de gang suspecte sa petite amie Hee Su d’avoir une liaison avec un autre homme. Il demande à son bras droit, Sun Woo, de suivre Hee Su et de l’éliminer s’il la surprend en galante compagnie. Sun Woo s’exécute mais, sous le charme de Hee Sun, il ne peut appliquer la sentence exigée de son patron. Il fait prendre la fuite à l’amant, et promet d’oublier ce qui s’est passé ce soir-là. Le patron apprend la faiblesse de son homme de main, et engage des tueurs pour le punir, pour le liquider.

Malgré ces points communs (le trio amoureux, l’ordre de tuer, la chasse à l’amant voulue par le patron), les deux films sont différents.

A Bittersweet Life est marqué par l’esprit de vengeance. D’abord celle du patron qui tue sa maîtresse. Puis à nouveau celle du patron après la faiblesse de son homme de main. Et enfin celle de l’homme de main qui cherche à son tour à punir son patron, dont il n’a pas compris la décision. Et c’est sans compter avec les autres protagonistes du film, importants ou vraiment secondaires, souvent hommes de main ou truands, qui complexifient les relations et tissent un réseau de personnages cherchant à se venger les uns les autres. Bref, il en résulte un film fondé sur une colère et un esprit de vengeance froids et aveugles. Ainsi, A bittersweet Life est un film brutal, où la violence, esthétisée, va crescendo pour s’achever dans un bain de sang réunissant les principaux protagonistes du film.

A l’inverse, Vagues invisibles est plus un film marqué par le remords, même si la vengeance n’en est pas absente (je n’aborderai pas ce point pour ne pas déflorer l’intrigue du film qui vient juste de sortir en France). En quelque sorte, en même temps qu’il a tué Seiko, Kyoji s’est tué lui-même. Pen-Ek Ratanaruang dit d’ailleurs de son film que « c’est une histoire de fantômes, celle d’un fantôme vivant ». Lorsqu’il s’enfuit sur le bateau, Kyoji n’a plus de perspective, d’envie, d’espoir. Plus rien ne fonctionne. Curieusement, c’est dans une formidable scène burlesque (qui tranche avec le ton plus mélancolique du film) que la difficulté du rapport au monde de Kyoji ressort. Alors qu’il est dans sa cabine, les éléments vont tous contre lui : le lit qui ne veut pas rester horizontal (et finalement le fait), le robinet de la douche qui commande le lavabo, le robinet du lavabo qui commande la douche, etc. Et c’est sur ce même bateau que Kyoji fait la connaissance de Nio ; puis à terre, celle de son tueur qui lui en dira plus sur son patron, ce qui provoquera une formidable dernière scène.

Mais, pour en connaître tous les tenants et aboutissants, il faudra aller voir ce beau film thaïlandais, Vagues invisibles, infiniment plus sensible et drôle que le sanglant A bittersweet life.


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1 réactions à cet article    


  • Eldebaran (---.---.185.32) 17 juillet 2006 12:55

    Si je puis me permettre, « être » étant un nom masculin, l’othographe correcte est donc « La douleur de tuer, ou non, l’être aimé ».

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