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« La faute d’orthographe est ma langue maternelle » sic Picouly

Quel beau présage de s’être produit cet été à « la Chapelle du Verbe incarné » à Avignon pour un homme amoureux des mots et de la langue française, l’ancien enseignant devenu écrivain reconnu est donc aujourd’hui au théâtre, cette fois sur la scène du Tristan Bernard à Paris.

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LA FAUTE D’ORTHOGRAPHE EST MA LANGUE MATERNELLE
photo © Alain Beauvais

Tel un griot, Daniel Picouly est certes plus un raconteur d’histoires qu’un comédien à part entière, et, devant un tableau noir, il égrène ses souvenirs tirés d’un texte autobiographique « la faute d’orthographe est ma langue maternelle » mis sobrement en scène par Marie-Pascale Osterrieth.

Comme l’a chanté Alain Souchon « J'ai dix ans- Je sais que c'est pas vrai mais j'ai dix ans - J'ai dix ans - Je vais a l'école et j'entends… », l’enfant Picouly se projette dans son école primaire de la fin des années 50 « debout sur le bureau, les mains sur la tête, un cahier accroché autour du cou » et il entend l’instituteur remplaçant qui, outré par le nombre de fautes d’orthographe jusqu’à 26 fautes ¾ dans une même dictée lui jettera un dédaigneux « il faut être bête à manger du foin ».

Ce qu'il ignore ce maître d'école, c'est que la mère du petit Daniel fait aussi beaucoup de fautes. Dans l'esprit de l'enfant, le professeur vient d'insulter sa mère. De cette humiliation, Daniel Picouly tire son envie de revanche, sa rage d’écrire pour laver les affronts faits à sa famille déjà exposés dans « Le Champ de personne (1995) » dans lequel l’auteur décrit son enfance à Villemomble, avec beaucoup de tendresse et de truculence, son père ouvrier d’origine martiniquaise, sa mère et les treize enfants.

Donc pour son one man show, dans une décor en image projetée de salle de classe avec pupitres, planisphère, planche anatomique, quelques mots d’anglais au mur, (Décors de Pierre-François Limbosch - Lumières de Laurent Castaingt), Daniel Picouly va donner une conférence et répondre aux questions des élèves qui tardent à arriver.

Et voilà l’adulte, devant une chaise géante, symbole du pouvoir du maître, qui se rappelle comment une humiliation subite peut insuffler l’envie de tuer son instituteur, comment on attend la cloche de la récré salvatrice.

Son esprit vagabonde au gré des souvenirs, telles des madeleines de Proust, auteur qu’il s’est mis à lire pour impressionner une fille, laquelle restera insensible, mais pour lui ce fut une belle avancée dans le monde merveilleux de la littérature.

Daniel Picouly que l’on appelle parfois Daniel Piccoli ou même carrément Michel, l’inverse n’étant jamais le cas car on ne peut pas confondre le grand comédien avec lui, occupe bien la scène, sait donner de la vie à son enfance avec ses soldats Mokarex ou ses Dinky toys.

Son langage clair, précis est imagé. Il a en outre l’art de la formule « On doit écrire en amant et se relire en mari ! » et, avec sa voix douce et chantante, il distille humour, sincérité et émotion.

Comme le professeur qu’il fut pendant de nombreuses années se tenant sur une estrade face à des écoliers, Daniel Picouly se retrouve aujourd’hui sur l’estrade théâtrale face à un public qui apprend pourquoi il dit « la faute d’orthographe est ma langue maternelle ».

Chapeau bas d’avoir osé le seul en scène pour celui qui, parce qu’il était nul en orthographe, et dont la maman faisait beaucoup de fautes, est devenu écrivain et a été récompensé par le prix Renaudot pour "L'Enfant léopard" (2000). L’offense reçue comme une gifle est effacée, les blessures se sont refermées sur l’éducation et la transmission, la rage s’est muée en joie de vivre.

photo © Alain Beauvais 

LA FAUTE D'ORTHOGRAPHE EST MA LANGUE MATERNELLE - **.. Cat's Theothea.com - de Daniel Picouly - mise en scène : Marie Pascale Osterrieth - avec Daniel Picouly - Théâtre Tristan Bernard

 


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2 réactions à cet article    


  • Nautile 7 novembre 2012 16:41

    « une humiliation subite peut insuffler l’envie de tuer son instituteur »

    Il s’agissait en l’espèce d’un remplaçant.
    D. Picouly n’avait pas le même sentiment à l’égard de l’enseignant habituel !


    • L'enfoiré L’enfoiré 7 novembre 2012 17:59

      Le titre n’est pas « La fôte d’ortograf est la lang de ma mère » ?

       smiley

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