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La ferme

Art-performance d’Olivier Renouf, de la compagnie L’Yeuse. Danse, art plastique… proche de sa vie comme un journal (?)

Pour en voir des moments : https://vimeo.com/138662966

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L’ambivalence du titre est volontaire. La ferme est à la fois le nom le plus pratiqué pour les exploitations agricoles et une injonction à se taire. Exploitation agricole n’est pas un beau mot et on y répugne. GAEC, moins connu, encore plus. Il s’agit à chaque fois de formes juridiques. Fermage et métayage ont été les deux formes juridiques les plus courantes : fermage, c’est location et métayage le partage de la récolte. On n’a pas vraiment de nom pour le travail des paysans, comme charpentiers, maçons (maison), enseignants, déménageurs…

Quand on pense à une ferme, on voit le travail, les machines, les bêtes, les granges... on voit aussi la famille installée depuis plusieurs générations, avec le goût de chacune et chacun pour le pays, son paysage, la ligne des collines devant la maison, le climat, le travail, les bêtes s’il y a des bêtes, les cultures… un savoir fin qui est une connaissance. Et cependant, ces paysans sont des taiseux, leur connaissance, leur proximité, leur intimité avec la nature et son travail… ils ne voient pas l’intérêt de la dire, ils ne savent pas la dire, la plupart du temps.

Le titre La ferme porte ce grand écart. J’y entends La terre. La terre, présente concrètement dans le spectacle… et qui poursuit le jeu de mot, se taire… ces taiseux de culs-terreux…

La ferme est une installation qui fait flèche de tout bois. Et le bois est présent concrètement, comme la terre, dans le spectacle.

Olivier Renouf nous présente une métaphore de sa vie, onirique et « ancrée » (encrée ?).

Avec trois éléments : des vrais éléments bruts ou quasi bruts, tels que trouvés alentour de la ferme :

des bâtons (piquets, branches) ;

de la terre ;

et un élément récent, moderne, de haute technologie et qui vaut dans le travail paysan, ce que valent les palettes ailleurs, ou les trombones, et même les containers sur les énormes bateaux du commerce mondial : des sacs de toile plastique blancs… un fongible, toujours l’économie...

Avec ces trois éléments, Olivier Renouf compose, décompose et recompose plusieurs tableaux, pleins de surprises qu’il ne faut pas éventer. Il travaille, il est sur scène et il travaille… à créer ces lieux imaginaires, ces situations qui deviennent des dispositifs de danse. Il plante son décor et il y danse. Il refait un autre décor et il y danse. Ses bois, qui pourraient être des mikados géants primitifs deviennent comme une poutre, ou un fil sur lequel il marche… cela m’a fait penser au bouc qui devient cerf-volant dans les limbes du Pacifique de Tournier, cela ne regarde que moi, je suis sans doute le seul à avoir volé dans le ciel avec ces couleurs de terre, de plantation, volé enraciné… Lui-même a des jambes bâton (couleur bâton) et un haut sac (couleur sac)…

La fin est merveilleuse, il ne faut surtout pas la dire, terre-soleil et danseuse-étoile sur fond de cette parole rare et maladroite de ces paysans si riches de leur être au monde et si ignorants de cette richesse… Comme le parcours dansé d’Olivier (un nom d’arbre) en raccourci.

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1 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 22 mars 2016 21:43

    Et aussi (déjà) trois pièces courtes de danse d’Erika Zueneli : Day Break 07/14 avec Erika Zueneli ; Incontri avec Juan Benitez, Sébastien Jacobs, Olivier Renouf ; Tant’amati (tant aimés) avec Erika Zueneli et Sébastien Jacobs.
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-danse-d-erika-zueneli-154550


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