• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La fille et le film coupés en deux...

La fille et le film coupés en deux...

Je sais que des choses (fort intéressantes, d’ailleurs) ont déjà été écrites sur Agoravox concernant le dernier Chabrol mais, sachant qu’il est encore en salles de cinéma ces derniers temps, j’en profite (donc) pour donner mon avis, ici, sur ce dernier cru chabrolien... en diable. A déguster sans modération !

Ce que j’ai aimé dans le dernier Chabrol, La Fille coupée en deux, c’est que c’est justement, aussi, un film coupé en deux. On pourrait s’attendre à une grosse charge critique contre les faux-semblants du monde moderne (notamment la télé), la société des apparences, les nouveaux riches et, en même temps, Chabrol nous raconte, dans cette bourgeoisie étalée à l’écran à cran, une vraie histoire d’amour contrariée, entre l’écrivain érotomane âgé, Charles Saint-Denis (François Berléand), et sa jeune héroïne à la fois innocente et fatale, Gabrielle Deneige (Ludivine Sagnier), journaliste météo à la TV, tombant réellement amoureuse de lui. La preuve, pour satisfaire sa libido, ses fantasmes et parce qu’elle l’aime, elle est prête à se promener fesses à l’air, à quatre pattes, avec une queue de paon ! Oui, c’est un film qui est difficile à saisir et qui nous file quelque peu entre les doigts à l’instar des filés lumineux rouges sur fond noir du générique du début car il joue sans cesse entre vérité (nue) et fausseté, voire artifice (d’ailleurs il y a une certaine fausseté à l’œuvre dans le jeu des acteurs, qui posent plutôt artificiellement dans le plan, notamment dans le sur-je(u) cabotin de Benoît Magimel), et la preuve en est également la magnifique pirouette finale mélancolique du film, lorsque l’oncle, Denis Deneige (Etienne Chicot), magicien de son état, sauve in fine par l’artifice sa chère nièce du néant affectif et sentimental. Comme chez Hitchcock appréciant ces fables lumineuses sur la grâce perdue et retrouvée, pour notre cinéaste français aussi, puisque tout est faux autant choisir de mettre en scène le faux, ainsi « le salut dans un univers truqué ne peut venir que d’un trucage supplémentaire » (Chabrol).

Ce vieux cinéaste, selon moi, tel un entomologiste hors pair, capte bien notre époque clivée, notamment en ce qui concerne tous les faux-semblants et les hypocrisies autour de la sexualité. Un personnage (style vieux riche) le dit dans le club libertin - on n’a jamais vu autant de fesses, de nichons exposés sur les affiches et dans les médias et d’un autre côté, c’est « attention, pas touche ! ». Il s’agit bien d’un film contemporain qui brosse le portrait d’une société française contemporaine écartelée, telle La Fille sur la balançoire, entre le libéralisme mondialisé et les illusions de la libéralisation des mœurs de 68, entre le puritanisme et l’obsession du sexe (via la pornographie tous azimuts). Oui, sous couvert de faire un film de fiction, en fait Chabrol, tel un vieux maître qui se régale à brouiller les pistes et qui ne craint personne, met en avant, ni plus ni moins, la f(r)iction d’un état des lieux réaliste d’une paranoïa ambiante généralisée. Chapeau, c’est bien un cinéma de magicien, parce qu’il joue ad libitum, en avançant quelque peu masqué, sur le cacher-montrer et fait office de révélateur !


En outre, soulignons le plaisir que l’on a à retrouver le grand Etienne Chicot. Etienne, Etienne, Etienne (Chicot), oh ! Tiens-le bien ! Oui, j’ai envie ici de vous parler du trop rare Chicot, croisé tout dernièrement dans ce très malicieux Chabrol, La Fille coupée en deux. Il y campe dans des scènes toujours trop courtes au vu de sa justesse de je(u) et de son calibre, Denis Deneige, l’oncle de l’héroïne Gabrielle Deneige, un oncle magicien trop souvent absent parce qu’intermittent du spectacle, donc itinérant, mais présent à 100 % quand il se montre, pas intermittent du cœur pour un sou, donc.
Pour en revenir à Chicot, ce mec-là, dans le plan, c’est une tête cabossée, dépolie et taillée comme du vieux cuir, puis un corps charpenté, las, mais sans chiqué, des yeux fatigués, comme « pochés », et surtout une belle voix chaude, reconnaissable entre toutes, grave et sensuelle, qui rend cet acteur puissamment dense, habité, crépusculaire, unique. Et pour enfoncer davantage le clou (qui sait, il y a peut-être des directeurs de casting qui lisent les pages Culture et Loisirs d’Agoravox !), parmi plein de bons films dans sa filmo (Monsieur Klein, Un mauvais fils, Le Choix des armes, Hôtel des Amériques, Mortelle randonnée, Désordre, Imposture... ), évoquons aussi, selon moi, son plus grand rôle dans le dérangeant 36 fillette (1988) de Catherine Breillat, avec d’ailleurs un autre acteur bord-cadre, à savoir Jean-Pierre Léaud. Dans ce « 36, Quai de la libido en berne », Chicot, pas sur un mode chic, joue Maurice, un quadra allumé par une jeune fille toute boulotte désirant une première expérience sexuelle pour se sentir femme et non plus simple "ado boutonneuse". Bref c’est une adolescente en vacances, comme tant d’autres, ne sachant comment concrétiser ses premiers émois sexuels, mais du fantasme (des deux) à la réalité, il y a une marge et Breillat travaillait justement et avec quelle subtilité dans cette béance, dans ce grand écart, entre joie (de l’attente) et frustration (du résultat - choc entre l’image mentale et le réel, sa crudité), et Etienne Chicot, acteur tout simplement génial, jouait cet homme un peu perdu, dans l’attente d’un je-ne-sais-quoi à la Michel Houellebecq, avec un flegme rarissime et une sensibilité exquise esquisse, dirait un Gainsbarre. Bref, Chicot, je le kiffe, grave, j’aimerais le voir plus souvent à l’écran, pas vous chez Agoravox !?

Documents joints à cet article

La fille et le film coupés en deux...

Moyenne des avis sur cet article :  4.66/5   (35 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 24 septembre 2007 12:22

    ben chat alors ! la gallery d’art serait elle encore fermée au jourd’hui ? CHABROL à la place des magnifiques vernissages au bout du monde ?

    Que cela ne tienne , les amateurs de peinture auront droit à ce magnifique article refusé pour cause d’élitisme qui aurait poussé trop haut le niveau de la critique peinturesque

    Théodule Machu , artiste valentiniste contemporain

    Du 27 octobre au 4 novembre 2007 , vous pourrez admirer au Blanc Mesnil la démonstration du grand peintre du dimanche Théodule Machu , qui sur injonction de son épouse Agathe ( née zeblouse) , a du poser une semaine de RTT pour repeindre les plafonds de la cuisine et du salon de leur modeste T3 dans la citée HLM rue Youri Gagarine .

    Le samedi débutera par une expédition dans les rayons du Leroy Merlin de Saint Denis , où comme par enchantement il brandira triomphalement les pots de peinture cherchées pendant deux plombes et verra son rêve s’écrouler quand Agathe lui conseillera de les remettre en place et de privilégier la marque untel afin de bénéficier des 10% de réduction à la caisse . Théodule Machu est un ancien de l’école ripolinienne où , du haut de son escabeau , i l a bariolé des dizaines de plafonds dans un feu d’artifices de couleurs allant du blanc mat acrylique à la merveilleuse glycéro blanche satinée . C’est là que l’on voit l’artiste , le vrai ,la face mouchetée de postillons blanchâtres et les doigts encore collants prêts à recevoir la douce caresse du white spirit aux parfums envoûtants . Ayant atteint les sommets de son art en haut de l’escabeau mais se sentant inachevé , Théodule essaya la valentine qui postillonnait moins , mais le transformait en panthère noire du pinceau dans la jungle des plafonds . Théodule est la référence valentiniste du moment et quoique dise Agathe, qui trouve qu’il passe plus de temps à s’enfiler des canons sur le coin de la table de la cuisine recouverte de la toile cirée offerte par mamy Georgette que juché sur son escabeau , l’œuvre finit toujours par être achevée avant la prochaine fois où il masquera le jaunissement prématuré dû à la fumée des roulées que l’artiste roule à longueur de journée , ce qui lui donne un bon prétexte pour glander un max , on est artiste ou on ne l’est pas ! Théodule n’a pas été tenté par l’avant-gardisme des adeptes del’avi3000 , trouvant leur démarche trop osée à peine fini le deuxième millénaire .

    N’essayez pas de voir l’artiste à l’œuvre le premier novembre , car Agathe a décidé que ce jour serait consacré à aller déposer le pot de chrysanthèmes sur la tombe de tante Germaine avant d’aller savourer un bon cassoulet chez tonton Robert qui est un as pour vous préparer ces plats contribuant à perforer la couche d’ozone . Théodule en artiste à la pointe de l’information retirera son escabeau , ne voulant pas risquer qu’une saboteuse viet-min salope son oeuvre avec du rouge à lèvres , ils avaient pas tant d’audace du temps où on crapahutait dans les rizières en Indochine ! Le plafond théodulien restera immaculé , scintillant de son reflet éburnéen dans un renouvellement incessant de blancheur exacerbée . Oui, Théodule Machu , artiste de dimension interplanétaire Mérite cet hommage digne de la qualité et de l’originalité de son œuvre triviale !

    Tout comme le chimiste colombien Diego Ramirez , tout comme Berthe Sylva dont la blancheur des roses restera gravée à jamais dans la mémoire des amateurs d’art floral , tout comme Jacob Delafon le célébrissime sculpteur de latrines , mais loin des excentricités chapellesixtinesques d’un certain Michelange , Théodule Machu a déjà marqué son époque par la blancheur inouïe de ses extraordinaires plafonds .


    • LE CHAT LE CHAT 24 septembre 2007 12:52

      qui sait, il y a peut-être des directeurs de casting qui lisent les pages Culture et Loisirs d’Agoravox !),

      Je pense pas , sinon D.W aurait peut être eu un oscar avec un rôle de troll dans le seigneur des anneaux ... smiley


      • ernst 24 septembre 2007 20:06

        Arrête de rêver, Pépère !...

        Le cinéma français est mort avec le pharmacien, jamais capable de faire un plan simplement correct, une lumière de chiasse, des cadres à vomir, des scénars mal foutus.

        Et crois moi, Pépère, je sais de quoi je parle. Plus vieux con prétentiard que Chabrol, tu meurs !...Et c’est cette génération de péteux qui a éradiqué les René Clair ?... les Renoir ?...les Autant-Lara ?...heureusement que Klapish a survécu, Kassovitz, Jeunet !...

        On te laisse les deux motiés de ta femme afin que tu puisses librement exercer ta libido désaxée !...


        • pluskezorro pluskezorro 26 septembre 2007 10:41

          Très bel article.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires