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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La genèse et l’inflation romantique à tous les temps

La genèse et l’inflation romantique à tous les temps

En cette fin de XVIII ème siècle, les idées révolutionnaires furent un embrasement qui se répandit sur toute la terre. Ses sources, et les artificiers de génie qui présidèrent à sa mise à feu, au siècle des lumières brillèrent de mille feux.

L’un d’eux parmi les plus influent en matière de sédition, Jean-Jacques Rousseau , fut sans doute le plus paradoxal, le plus attachant, le plus radicalement révolutionnaire, et pourtant le rêveur le plus impénitent d’un monde qui se meurt.

Par une démonstration anodine, une simple intuition, une idée sans conséquence, il me plait à expliquer qu’une personnalité tendre et sentimentale peut dans son mal être participer à la métamorphose du monde

« Cependant une voix s`était élevée si mâle et si forte qu`elle couvrit tout le bruit du XVIIIe siècle. [...] et c`était un pauvre enfant de Genève qui avait été un vagabond, un mendiant, un laquais ! »
Dans l`Histoire socialiste de la Révolution française Jean Jaurès voit en Rousseau « le premier germe du socialisme français » et plusieurs publications marxistes lui attribuent un pareil rôle fondateur. Son histoire de vie est suffisamment atypique pour constituer un cas exemplaire d`une vie d`écrivain marquée par une humble extraction sociale..
La conception qu’a Rousseau de l’état de nature est complexe : l’homme est naturellement bon mais rapidement la société le corrompt, jusqu’à ce que chacun agisse bientôt égoïstement en vue de son intérêt privé. Le contrat social, tel qu’il est théorisé dans " Du contrat social ", a pour but de rendre l’homme souverain, et de l’engager à abandonner son intérêt personnel pour suivre l’intérêt général. L’Etat est donc créé pour rompre avec l’état de nature, en chargeant la communauté des humains de son propre bien-être. Le contrat social rousseauiste ne charge pas un tiers de la sauvegarde de la vie ou de la liberté et de la propriété de chacun, mais charge les citoyens eux-mêmes de cette sauvegarde par le principe de la volonté générale. Le contrat rousseauiste est un pacte d’essence démocratique, dans lequel le contrat social n’institue pas un quelconque monarque, mais investit le peuple de sa propre souveraineté.
L’aimable, le doux, le tendre, l’humble, le douloureux Jean-Jacques décrit ici une arme de guerre redoutable qui tuera le père, décapitera le roi de France détenteur de l’investiture canonique, le roi de droit divin. Dieu sur la terre en quelque sorte.

A sa maman spirituelle et maitresse Mme de Warens, il rend grâce des efforts qu’elle fit pour le "civiliser" :

A peine à ses regards j’avais osé paraitre,
Que, ma bienfaitrice apprenant mes erreurs,
Je sentis le besoin de corriger mes moeurs.
J’abjurai pour toujours ces maximes féroces,
Du préjugé natal fruits amers et précoces,
Qui, dés les jeunes ans, par leurs âcres levains
Nourrissent la fierté des coeurs républicains.
J’appris à respecter une noblesse illustre,
Qui même à la vertu sait ajouter du lustre.
Il ne serait pas bon dans la société
Qu’il fût entre les rangs moins d’inégalité.
...
Cest à toi de juger, ami, sur ce modèle
Si je puis, près des grands implorant de l’appui,
a la fortune encor recourir aujourd’hui.
De la gloire est-il temps de rechercher le lustre ?

Etrange vocabulaire pour l’auteur du contrat social ! Le paradoxe de la complétude.

J.J. Rousseau est à la recherche d’une fusion avec un idéal. Il veut dépasser ses limites, tout être. C’est un idéaliste aux aspirations multiples. Son excitation mentale provoque un élan, un enthousiasme pour les idées novatrices. Il se passionne, c’est la flamme amoureuse. Il verbalise ses émotions, explique, s’emballe. Son humilité, à l’instar d’un volcan gris, contient la puissance qui en un moment soudain modifie la carte géopolitique du monde. C’est l’inflation des désirs, le ferment du Romantisme.
En amont de la révolution française il traversera le vivier du rationalisme et de l’anticléricalisme de la philosophie des lumières, alimentera la cause révolutionnaire de 1789, pour se retrouver en esprit errant entre la restauration 1814-1830 et la monarchie de Juillet 1830-1848, en réaction à la rigidité du classicisme.
Les visionnaires traversent les siècles allègrement et se jouent du temps linéaire.
Le romantisme est avant tout plusieurs choses, une période de l’histoire littéraire, le début du XIXème siècle (1814-1848), une révolte contre l’ordre établi, les classiques, une insolence, une exaltation, un désir d’émancipation, une place importante aux sentiments, sentiments de soi, de la nature, une flamme de jeunesse. Le romantisme a exalté en nous et jusqu’à aujourd’hui des sentiments parfois contradictoires. Le terme de romantisme désigne donc à la fois une période de l’histoire littéraire mais également un certain nombre de caractères qui continuent à faire la sensibilité de chacun d’entre nous comme par exemple le sentiment de notre individualité, notre sentiment sur la nature, sur notre désir d’émancipation.
Le romantisme est à l’image d’un souffle, une aspiration à la vérité, à la profondeur de l’être. Enigmatique, le héros romantique est porté vers l’avenir, il s’inscrit dans le temps, le prend en compte autant que son environnement, la foule. Le romantique est un être de désirs. Il aime, il souffre, il est seul. Le romantique à l’opposé du classique ne peut maîtriser des sentiments par la raison.

Ainsi parlait J.J. Rousseau au terme de son existence terrestre dans les rêveries du promeneur solitaire :
Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit parr un accord unanime. Ils ont cherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment tous les liens qui m’attachent à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux même. Ils n’ont pu qu’en cessant de l’être se dérober à mon affection.

C’est l’état paranoïde, la mort du cygne d’un authentique romantique.

Léo Ferré en contre poids, dans un poème tendre et joyeux évoque les romantiques et l’inflation des désirs.

Ils prenaient la rosée pour du rosé d’Anjou
Et la lune en quartiers pour Cartier des bijoux
Les romantiques
Ils mettaient des tapis sous les pattes du vent
Ils accrochaient du crêpe aux voiles du printemps
Les romantiques

Ils vendaient le Brésil en prenant leur café
Et mouraient de plaisir pour ouvrir un baiser
Et regarder dedans briller le verbe "aimer"
Et le mettre au présent bien qu’il fût au passé

Ils ont le mal du siècle et l’ont jusqu’à cent ans
Autrefois de ce mal, ils mouraient à trente ans
Les romantiques
Ils ont le cheveu court et vont chez Dorian Guy
S’habiller de British ou d’Italiâneries
Les romantiques

Ils mettent leurs chevaux dans le camp des Jaguar
En fauchant leur avoine aux prairies des trottoirs
Avec des bruits de fers qui n’ont plus de sabots
Et des hennissements traduits en "stéréo"

Ils mettaient la Nature au pied de leurs chansons
Ils mettent leur voiture au pied de leurs maisons
Les romantiques
Ils regardaient la nuit dans un chagrin d’enfant
Ils regardent l’ennui sur un petit écran
Les romantiques

Ils recevaient chez eux dans les soirs de misère
Des gens "vêtus de noir" qu’ils prenaient pour leurs frères
Aujourd’hui c’est pareil mais, fraternellement
Ils branchent leur destin aux "abonnés absents"

Référence : La poésie des romantiques de Bernard Vargaftig Librio
Chateaubriand, Folio classique Atala
 

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15 réactions à cet article    


  • John Lloyds John Lloyds 31 mars 2010 14:08

    Dommage que cette belle retrospective ne contienne son élément central, le maître absolu du romantisme : Goethe. Le romantisme n’est amour qu’à son départ : « Il est mal à l’aise dans sa peau, celui qui regarde dans son coeur » (Xénies). Il devient ensuite prélude au très Nietzschéen « par delà le bien et le mal » : « Quel est donc l’homme souverain ? Celui qu’on ne peut empêcher de courir au bien et au mal » (Aphorismes). Il devient en finalité initiation, en vertu de la seconde naissance (Faust) : « Il faut que l’homme soit de nouveau détruit » (Eckermann, entretiens)

    Rousseau a laissé sombrer le romantisme dans l’utopie. C’est déjà un décadent avant l’heure, pour preuve, son contrat social, un voeu pieux, on voit aujourd’hui dans quels enfers a dérivé le contrat social : non pas la souveraineté de l’homme, mais son asservissement absolu. Le meilleur tenant de l’aboutissement de la souveraineté de l’homme, après Nietzsche, est probablement Léo Strauss : « Le droit naturel dans sa forme classique est lié à une perspective téléologique de l’Univers » (droit naturel et histoire).

    Ce que dit plus clairement Simone Goyard-Fabre (les embarras philosophiques du droit naturel) : « Croire que l’homme est capable d’édifier des systèmes juridiques en négligeant le moment transcendantal de leur possibilité conduit à ne construire qu’un appareil instrumentalisé visant une sorte de maîtrise technicienne du monde et des hommes. Une telle présomption, ôtant au droit sa consistance et sa prégnance, le fait entrer en crise ».

    Oui, le romantisme ouvre la porte au révolutionnaire, mais pas au révolutionnaire syndical, défendant un droit du contrat social, mais bien à une dimension initiatique inconnue des inventaires sociaux, celle-là même que l’anthropologie récente nous a fait redécouvrir : « L’abolition du temps profane et la projection de l’homme dans le temps mythique ne se produisent qu’aux intervalles essentiels, cad ceux où l’homme est véritablement lui-même. Le reste de la vie se passe dans le temps profane, et est dénué de signification » (M. Eliade, le mythe de l’éternel retour

    Merci en tous cas à l’auteur de remettre au goût du jour ce moment exquis que fut l’invention du romantisme, mais qui n’est en fait que la réécriture du classicisme grec.


    • jack mandon jack mandon 31 mars 2010 15:04

      John Lloyds

      Bien sur vous avez raison, ce papier se replie sur l’hexagone, mais c’est volontaire.
      De plus J.J. Rousseau est né à Genève...l’Helvétie collabore.
      Son premier admirateur praticien-réducteur fut Robespierre, un homme du nord.
      La révolution française de 1789 fut bourgeoise, les bourgeois avaient l’argent,
      ils enviaient les titres de noblesse, la puissance de l’être.
      Nous sommes aux antipodes d’une révolution populaire.
      Goethe lui même, malgré son génie et sa hauteur de vue, faillit perdre la vie à la naissance.
      Il dira plus tard, avec le recul du sage « Le romantique est un classique malade »
      En un mot tout avait curieusement commencé.
      Mais vous le dites fort bien c’est la résurgence de la Grèce antique, en moins bien.
      Je trouve que Léo Ferré en quelques lignes évoque la tragi-comédie.
      Merci pour votre intervention éclairée


      • sisyphe sisyphe 1er avril 2010 02:47

        @ John Lloyds

        Rousseau a laissé sombrer le romantisme dans l’utopie. C’est déjà un décadent avant l’heure, pour preuve, son contrat social, un voeu pieux, on voit aujourd’hui dans quels enfers a dérivé le contrat social : non pas la souveraineté de l’homme, mais son asservissement absolu

         ??????
        Ce serait le « contrat social » qui aurait conduit à l’asservissement absolu de l’homme ?

        J’aimerais beaucoup que vous explicitiez ce tour de passe-passe ...
         smiley


        • ARMINIUS ARMINIUS 1er avril 2010 03:11

          Merci pour cet article, et à JL pour son commentaire .Espérons que les lumières et le romantisme continueront à scintiller, « longtemps après que les poètes ont disparu...et bravo aussi pour le choix l’illustration, Caspar David Friedrich était à la peinture ce que Goethe était à l’écriture, son questionnement emprunt de mysticisme transparait dans beaucoup de ses œuvres majeures dont ce » voyageur au-dessus de la mer des nuages"...


          • jack mandon jack mandon 1er avril 2010 08:07

            @ A tous
             :J.J. Rousseau est un visionnaire, sa peinture, sa perspective sont le fruit d’un cerveau à la fois génial, mais aussi tourmenté, sa société n’existe pas. Des pensées aux préceptes pour édifier un état en devenir. Sa démarche est normative.
            Deux thèmes clés émergent. Rousseau tente de nous montrer les modalités du passage des hommes isolés et solitaires vers un corps social en réalité politique. L’Etat constitué doit être conduit ; c’est le vouloir et le gouvernement du corps social qui est à cerner. Mais l’infaillibilité n’existe pas. On ne peut remettre en question l’apport du contrat social dans le mouvement de l’histoire.
            Les critiques fusent car les paradoxes de J.J. sont toujours criants.
            J.J.R. est avant tout un immense artiste, toute proportion gardée c’est l’artiste qui se lance dans l’économie politique...Coluche ou Bedos rédigeant un manifeste.
            Merci pour vos brillantes interventions


            • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 1er avril 2010 10:26

              Oui, un utopiste qui ne m’est pas sympathique. Mais un styliste de grande envergure. Il aurait du se contenter d’être poète. Et contrairement à Coluche, certainement plus humaniste que lui, pas une once d’humour.


              • sisyphe sisyphe 1er avril 2010 10:44

                Comparer Rousseau à Coluche : il fallait le faire !! smiley

                Il aurait pu faire des tournées en racontant « Le contrat social » : un triomphe comique sous la Royauté !

                Rousseau était un précurseur de génie, qui a perçu, longtemps à l’avance, les dévoiements futurs de la « démocratie » à l’anglaise, telle qu’elle fut généralisée.

                Son discours est on ne peut plus visionnaire et ACTUEL : (je cite) :

                Rousseau s’opposait également avec force au principe de la démocratie représentative et lui préférait une forme participative de démocratie, calquée sur le modèle antique. Se borner à voter, c’était, selon lui, disposer d’une souveraineté qui n’était qu’intermittente ; quant à la représentation, elle supposait la constitution d’une classe de représentants, nécessairement voués à défendre leurs intérêts de corps avant ceux de la volonté générale.

                On ne saurait mieux définir ce qu’est devenue la parodie de démocratie à l’occidentale..


              • jack mandon jack mandon 1er avril 2010 11:45

                Bonjour Armelle

                l’humour au premier degré de J.J. Rousseau

                LE CORBEAU ET LE RENARD, fable.

                * Maître corbeau, sur un arbre perché,
                Maître ! que signifie ce mot en lui-même ? que signifie-t-il au devant d’un nom propre ? quel sens a-t-il dans cette occasion ?
                Qu’est-ce qu’un corbeau ?
                Qu’est-ce qu’un arbre perché ? L’on ne dit pas sur un arbre perché, l’on dit perché sur un arbre. Par conséquent, il faut parler des inversions de la poésie ; il faut dire ce que c’est que prose et que vers.
                * Tenait en son bec un fromage.
                Quel fromage ? était-ce un fromage de Suisse, de Brie ou de Hollande ? Si l’enfant n’a point vu de corbeaux, que gagnez-vous à lui en parler ? s’il en a vu, comment concevra-t-il qu’ils tiennent un fromage à leur bec ? Fai sons toujours des images d’après nature.
                * Maître renard, par l’odeur alléché,
                Encore un maître ! mais pour celui-ci, c’est à bon titre : il est maître passé dans les tours de son métier. Il faut dire ce que c’est qu’un renard, et distinguer son vrai naturel du caractère de convention qu’il a dans les fables.
                Alléché. Ce mot n’est pas usité. Il le faut expliquer ; il faut dire qu’on ne s’en sert plus qu’en vers. L’enfant demandera pourquoi l’on parle autrement en vers qu’en prose. Que lui répondrez-vous ?
                Alléché par l’odeur d’un fromage ! Ce fromage, tenu par un corbeau perché sur un arbre, devait avoir beaucoup d’odeur pour être senti par le renard dans un taillis ou dans son terrier ! Est-ce ainsi que vous exercez votre élève à cet esprit de critique judicieuse qui ne s’en laisse imposer qu’à bonnes enseignes, et sait discerner la vérité du mensonge dans les narrations d’autrui ?
                * Lui tint à peu près ce langage :
                Ce langage ! Les renards parlent donc ? ils parlent donc la même langue que les corbeaux ? Sage précepteur, prends garde à toi : pèse bien ta réponse avant de la faire, elle importe plus que tu n’as pensé.
                * Eh ! bonjour, monsieur le corbeau !
                Monsieur ! titre que l’enfant voit tourner en dérision, même avant qu’il sache que c’est un titre d’honneur. Ceux qui disent monsieur du Corbeau auront bien d’autres affaires avant que d’avoir expliqué ce du.
                * Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
                Cheville, redondance inutile. L’enfant voyant répéter la même chose en d’autres termes, apprend à parler lâche ment. Si vous dites que cette redondance est un art de l’auteur, qu’elle entre dans le dessein du renard qui veut paraitre multiplier les éloges avec les paroles, cette excuse sera bonne pour moi, mais non pas pour mon élève.
                * Sans mentir, si votre ramage
                Sans mentir ! on ment donc quelquefois ? Où en sera l’enfant si vous lui apprenez que le renard ne dit sans mentir que parce qu’il ment ?
                Répondait à votre plumage,
                Répondait ! que signifie ce mot ? Apprenez à l’enfant à comparer des qualités aussi différentes que la voix et le plumage ; vous verrez comme il vous entendra.
                * Vous seriez le phénix des hôtes de ces bois.
                Le phénix ! Qu’est-ce qu’un phénix ? Nous voici tout à coup jetés dans la menteuse antiquité, presque dans la mythologie.
                Les hôtes de ces bois ! Quel discours figuré ! Le flatteur ennoblit son langage et lui donne plus de dignité pour le rendre plus séduisant. Un enfant entendra-t-il cette finesse ? sait-il seulement, peut-il savoir ce que c’est qu’un style noble et un style bas ?
                * A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie,
                Il faut avoir éprouvé déjà des passions bien vives pour sentir cette expression proverbiale.
                * Et, pour montrer sa belle voix ,
                N’oubliez pas que, pour entendre ce vers et toute la fable, l’enfant doit savoir ce que c’est que la belle voix du corbeau.
                * Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
                Ce vers est admirable : l’harmonie seule en fait image. Je vois un grand vilain bec ouvert ; j’entends tomber le fromage à travers les branches : mais ces sortes de beautés sont perdues pour les enfants.
                * Le renard s’en saisit, et dit : Mon bon monsieur,
                Voila donc déjà la bonté transformée en bêtise. Assuré ment on ne perd pas de temps pour instruire les enfants.
                * Apprenez que tout flatteur
                Maxime générale ; nous n’y sommes plus.
                * Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
                Jamais enfant de dix ans n’entendit ce vers-là.
                * Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
                Ceci s’entend, et la pensée est très bonne. Cependant il y aura encore bien peu d’enfants qui sachent comparer une leçon à un fromage, et qui ne préférassent le fromage à la leçon. Il faut donc leur faire entendre que ce propos n’est qu’une raillerie. Que de finesse pour des enfants !
                * Le corbeau, honteux et confus,
                Autre pléonasme ; mais celui-ci est inexcusable.
                * Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
                Jura ! Quel est le sot de maître qui ose expliquer à l’en fant ce que c’est qu’un serment ?
                Voilà bien des détails , bien moins cependant qu’il n’en faudrait pour analyser toutes les idées de cette fable, et les réduire aux idées simples et élémentaires dont chacune d’elles est composée. Mais qui est-ce qui croit avoir besoin de cette analyse pour se faire entendre à la jeunesse ? Nul de nous n’est assez philosophe pour savoir se mettre à la place d’un enfant. Passons maintenant à la morale.
                Je demande si c’est à des enfants de six ans qu’il faut apprendre qu’il y a des hommes qui flattent et mentent pour leur profit ? On pourroit tout au plus leur apprendre qu’il y a des railleurs qui persiflent les petits garçons, et se moquent en secret de leur sotte vanité : mais le fro mage gâte tout ; on leur apprend moins à ne pas le laisser tomber de leur bec qu’à le faire tomber du bec d’un autre. C’est ici mon dernier paradoxe, et ce n’est pas le moins important.
                Suivez les enfants apprenant leurs fables, et vous verrez que, quand ils sont en état d’en faire l’application, ils en font presque toujours une contraire à l’intention de l’auteur, et qu’au lieu de s’observer sur le défaut dont on veut les guérir ou préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des autres. Dans la fable précédente les enfants se moquent du corbeau, mais ils s’affectionnent tous au renard ....

                Pas surprenant que Voltaire se plaisait à l’allumer
                Merci Armelle


              • jack mandon jack mandon 1er avril 2010 12:21

                @ Sisyphe,

                Vous soulevez un point important sur la vision de J.J. Rousseau.
                Ses paradoxes, au demeurant bien humains, n’entamez pas
                l’originalité de son intuition.
                Merci de votre intervention


              • jack mandon jack mandon 1er avril 2010 17:08

                @ sisyphe,

                En me relisant je constate que j’ai fait une faute d’orthographe qui avec une mauvaise ponctuation déforme absolument mes propos.Vous soulevez un point important sur la vision de J.J. Rousseau.
                Ses paradoxes, au demeurant bien humains, n’entamaient pas l’originalité de son intuition.
                Ce que les biographes nomment les trois forfaits pèsent lourdement dans l’opinion que les femmes ont de J.J. Rousseau, principalement sa vie avec Thérèse et les nombreux enfants qu’il abandonna à l’assistance publique. mais Il eut le courage de s’en confesser à la terre entière.
                De toute façon, son génie, dans sa vision de l’organisation du monde ne saurait être remis en question...nous en avons disposé avec plus ou moins de bonheur.
                Merci de votre intervention.


              • rocla (haddock) rocla (haddock) 1er avril 2010 11:19

                Bonjour ,

                Peut-être .

                Mais la révolution me laisse un drôle d’ arrière-goût dans la bouche .

                Ceux qui veulent apprendre à vivre aux autres en les raccourcissant me font un peu perdre la tête .
                Salut Jack .... smiley


                • jack mandon jack mandon 1er avril 2010 11:55

                  Cher capitaine

                  Quelle chance que vous puissiez sentir cet arrière goût dans la bouche.

                  Au temps de Robespierre, les « capitaines aux longs cous » étaient rares.

                  Bref comme disait Pépin, vous avez émergé de la bienveillance d’Hergé,

                  de plus, votre humour et votre bonhommie vous protègent de la terreurs

                  des sadiques et des fous...

                  tous mes voeux de bonne et longue vie mon ami.


                  • jack mandon jack mandon 1er avril 2010 12:08

                    La terreurs avec un « s »... à l’évocation de la terreur, après l’intervention du capitaine,
                    signifie que nous sommes au moins deux à être térroriséss.


                    • vivien françoise 3 avril 2010 00:54

                      JJ Rousseau, un précurseur des idées républicaines ?
                      Un infâme misogyne, un père indigne, un « pisse-froid » expression reprise d’un article de Séverine 1889.
                      Toute femme est bonne pour ce que l’ homme en fera.
                      C’est bien à ce romantique que les femmes doivent leur asservissement, au lieu d’une liberté bien méritée comme les hommes pendant la révolution française.
                      La déclaration universelle des droits de l’homme c’est à ce romantique que nous la devons.
                       Si JJ Rousseau avait sû qu’il possédait la moitié du patrimoine génétique de sa mère et que c’est grâce à lui qu’il avait ce don d’écrivain, il se serait suicidé bien avant d’écrire son contrat social ou le « délicieux traité de l’éducation ».
                      J’en conviens, je n’aime pas du tout ce Jean-jacques Rousseau qui au soir de sa vie se plaignait d être seul. Pas de frère pas d’enfants.
                      Un nuisible ce romantique.
                      Il aurait adoré notre siècle, celui du clonage d’homme sans passer pas le choix d’une femme ;
                       Je crois que j’aurais eu la tête tranchée en 1793,
                      aujourd’hui aussi surement.


                      • jack mandon jack mandon 3 avril 2010 04:34

                        Françoise

                        Aujourd’hui c’est pareil mais, fraternellement
                        Ils branchent leur destin aux « abonnés absents »

                        L’absence, le manque...le défaut de cuirasse romantique, le décalage entre le pouvoir et le vouloir. C’est une caractéristique humaine, « le pécher originel », la faute commune, mais c’est de l’humain dont il s’agit...la femme peut être concernée.
                        Dans mon titre j’évoque l’inflation, c’est à dire l’inflation des désirs. Chez la tête de turc que vous prenez pour cible, le besoin fusionnel traduit une fonction sentiment infantile. C’est le point commun des romantiques, don juan appartient à cette famille en quête de l’inaccessible étoile. Il faut se rendre à l’évidence que cela n’exclut pas une forme de générosité...très abstraite pour une femme qui porte l’humanité viscéralement et se trouve naturellement centrée dans sa maternité.
                        Votre intervention montre combien la femme dans le destin du monde, pour plus d’humanité, est une évidence et complète celle de l’homme qui ne répond pas aux même critères comportementaux.
                        Pour revenir à Rousseau, il a perdu sa mère à la naissance, il a donc rêvé la femme, a projeté toute sa vie sur des femmes de passage...par la même occasion, il a fait de même avec l’humanité. Son oeuvre repose sur un sophisme, des bases humainement incertaines.
                        La vérité se promène entre votre vision, celle d’Armelle qui n’est pas plus tendre et celle de Sisyphe par exemple qui souligne les aspects plus créatifs de Rousseau.
                        Les paradoxes de Rousseau sont ceux de l’humanité entière.
                        Ne faites pas ce que disent nos amis Suisses, ne jetez pas l’enfant avec l’eau du bain et surtout faites de la politique avec Armelle, on a besoin de votre différence.
                        Merci pour « Jean-Jacques » 

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