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La grande bellezza

Réalisateur : Paolo Sorrentino.

Avec : Toni Servillo, Sabrina Ferilli, Isabella Ferrari.
Italie / France, 2013
 
La grande bellezza a un parfum de décadence, de luxe, de vanité, d'égoïsme et de potentialités gâchées. Figure incontournable de la jet-set romaine, Jep Gambardella célèbre ses 65 ans et s'interroge sur le sens de sa vie. Auteur dans ses jeunes années d'un unique roman couronné de succès, il n'a plus écrit et a consacré son existence aux fêtes et aux soirées. Sortir. Être un mondain comme désir ultime.

Dans une adéquation parfaite entre le fond et la forme, Sorrentino promène le spectateur comme Jep Gambardella promène son ennui, avec un sentiment de hasard, sans qu'on n'imagine jamais qu'il puisse y avoir un but au voyage.
On croise ainsi toute une constellation de personnages sans âge : les vieux ont l'air faussement jeunes et les jeunes ont déjà l'air vieux. Une naine rédactrice en chef d'un magazine culturel, une strip-teaseuse quadragénaire et gravement malade (magnifique Sabrina Ferilli !), une ex-présentatrice de télé monstrueuse, un évêque qui prêche à coup de recettes de cuisine, une gamine bête de foire de l'art contemporain... peuplent un très curieux bestiaire, pitoyable et fascinant. Ils se côtoient depuis des décennies, s'amusent, se jalousent et cultivent leurs habitudes. Ils ne s'aiment pas. Ils ne se haïssent pas non plus.
Et Rome bien sûr, comme personnage ultime, puisque seule elle restera. Mais la ville demeure toujours à distance : elle n'est vue que de très loin, dans de magnifiques plans panoramiques, parfaits mais inhabités. Les mondains investissent des lieux splendides, mais toujours fermés, toujours secrets, où l'histoire a remplacé l'humanité. La grande bellezza est là tout autour mais elle est inaccessible.
 
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Jep Gambardella, sur sa terrasse avec vue sur le Colisée.


Si Jep Gambardella pose un regard lucide sur cette micro-société qui l'entoure et sur ses propres lâchetés, rien ne l'ébranle jamais vraiment, ni la mort, ni les douloureuses réminiscences d'un premier amour, ni les prodiges d'une improbable Mère Teresa. Un mondain ne change pas.

J'ai beaucoup aimé ce long film de Sorrentino (2 heures 20), son humour italien, sa poésie romaine et son regard douloureux sur les êtres. La scène où une vieille aristocrate déchue pleure sur son passé dans un musée, devant un vieux berceau, en écoutant l'audio-guide dérouler sa propre histoire, est tout simplement splendide !

 

 

 

 


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4 réactions à cet article    


  • béatrice 26 juin 2013 23:21

    Partie voir ce film avec un a priori plus que favorable, je ne pourrais en dire autant. Ce film ne m’a fait aucun effet de profondeur et à peine de surface dans une Rome que je ne reconnais pas. Film mondain donc comme son héros.


    • Gabriel Gabriel 27 juin 2013 10:11

      Les héros de ce film sont le parfait reflet de nos sociétés mondaines dont les acteurs peuplent de vacuité leurs ennuis de nantis désœuvrés, remplissent leurs plannings d’inutilités distractives en compagnie de faux amis éphémères fabriqués dans l’instant pour noyer une solitude et une sécheresse de cœur triste à pleurer. Ce sont des enfants gâtés qui jouent à paraître ce qu’ils aimeraient être mais qu’ils ne seront jamais vraiment par fainéantise de corps et d’esprit car, quand tout vous est dû, vous ne possédez jamais que le superflu et le mérite sans effort n’a que la valeur des pierres tombales.


      • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 27 juin 2013 13:30

        Film pour moi décevant et creux comme la société qu’il fabrique pour affecter de lui tomber dessus. Le regard est complaisant, presque complice de ce qu’il prétend dénoncer tout en s’y vautrant à grand coups de techno...

        Comme on est loin d’ il Divo !

        Belles images pourtant, presque felliniennes, d’une Rome hors du temps, hors-société, d’une Rome-fiction donc, irréelle et impalpable... Mais de belles images qui desservent la démarche soit-disant socio-critique en accentuant le côté artificiel du contenant avec celui du contenu fabriqué à cette fin.

        On pourrait presque dire qu’en fabricant pour la dénoncer cette société frivole, celle-ci s’en venge en frivolisant la démarche ! Le film mangé par son sujet, objectivement mais incomplètement traité, trop esthétiquement et complaisamment étalé... Quelle ironie !

        Les belles images dans les chœurs de musique sacrée, magnifiques au demeurant, ça ne suffit pas.
        Dommage.


        • Orélien Péréol Orélien Péréol 25 juillet 2013 18:08

          Excellent film.
          Le début est absolument flambant avec ses accélérés et ses points de vues si divers, sans coupes...
          La vie des oisifs n’est pas si commode pour garder au fond de soi estime de soi... il ne leur reste bien souvent que la nostalgie... et la nostalgie, c’est doux comme un loukoum.
          On va pas les plaindre, juste les regarder et dans ce film, on les voit bien.
          Sans parler de Rome !...

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