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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La haine : 1995-2005

La haine : 1995-2005

Jusqu’ici tout va bien : un regard sur les événements récents en banlieue, à travers le prisme d’un film. C’est l’histoire d’un gamin tabassé par la police. Révolté, son quartier s’embrase. Et le jour, trois amis, Vinz, Saïd, Hubert traînent leur chômage, leurs rêves et leur solitude, de l’autre côté du périphérique. Voilà ce que filmait Mathieu Kassovitz en 1995. Un film-témoin sur une époque qui devrait aujourd’hui être révolue, celle où l’espoir des jeunes de banlieues n’existait pas.

2005. Constat d’échec. Rien n’a changé, ou plutôt tout s’est aggravé. Qui aurait cru que le « discours » de La haine retentirait si fort aujourd’hui aux yeux et aux oreilles des Français ?

Retour sur La haine, le film. Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, trois Césars. Un véritable coup de tonnerre, une avalanche de critiques dithyrambiques pour le jeune cinéaste.

Derrière le destin de ces trois jeunes hommes, cherchant de l’espoir dans leurs vies difficiles, c’est le destin d’une micro-société à la dérive, errant entre l’économie souterraine, la « délinquance de l’ennui » et l’abandon, qu’a filmé Kassovitz.

Kassovitz a su saisir avec une justesse incroyable la vie d’une banlieue, avec ses codes, sa « hiérarchie », son langage. Filmer sans stigmatiser, filmer pour témoigner, filmer pour réveiller les consciences. Un acte politique, un acte citoyen ? Simplement le témoignage d’un cinéaste, son regard à la fois distancié et humain, à travers l’œil de la caméra, mais au cœur des hommes.

Par la force de son sujet et la grande qualité de sa réalisation, La haine a marqué les esprits, un film « culte » comme on pourrait le dire, un film « important » en réalité.

Nappé dans un noir et blanc électrique, Kassovitz filme la lente descente aux enfers, l’enchaînement des événements, l’errance. Une musique, un morceau mêlant Edith Piaf et Assassin, une émeute sur un air de Bob Marley, et vous êtes emportés.

De la banlieue à Paris, un monde. Le périphérique, le RER, l’argent, le respect. Tout les sépare, alors que la banlieue et la ville ne devraient qu’une seule et même unité.

En témoignent ces scènes où les trois héros du film se retrouvent dans la capitale, comme en voyage, mais dans un « monde » où ils ne peuvent se projeter, où ne se sentent pas chez eux. Tragique parallèle avec les événements qui se passent en ce moment.

Dix années à regarder le monde tomber. Mais « l’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ».

Comment et quand la France va-t-elle atterrir ?


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4 réactions à cet article    


  • stef (---.---.20.123) 22 novembre 2005 15:54

    Et crois tu qu’un seul politique a vu ce film, je ne le pense pas !!! Jusqu’ici tout va bien...plus dur sera la chute, ayez confiance disent certains, n’ayez pas peur, etc... Ne penses tu pas, que la situation était bien connue et « presque » volontairement mise en place, pour pas dire volontairement. Le but est atteind, les Français se voient rassurer sous un couvre feu, enfin, on recoupe les fichiers informatiques, enfin, on regarde et on va stopper cette économie soutairaine....et pourquoi ne l’ont il pas fait avant....Parce que le travail au noir mis en place ou economie soutairaine, les ouvriers sous pression, l’immigration soit disant incontrôlée....n’avait qu’un but , crée l’etat sécuritaire tant voulu par ces neo feodaux. Qui n’ont que faire de nos ideaux républicain. Diviser pour mieux reigner est encore plus fort que jamais. La haine sera encore plus forte, car le problème est devenue internationale. L’exemple est simple, car avec l’aide de leur complice de la sphère médiatique (qui doivent vendre du papier ou de l’audimat), nous en sommes venus au temps des comparaisons des soi disants modèle sociaux entre états « nations ».

    La racaille , comme on dit aujourd’hui est dans la sphère politique et des medias....l’histoire se répète déjà, car on est repartie dans la démago.... A quand des nouvelles têtes, puisque eux même avouent leurs echecs.....les règles devraient être simple et honnête dans une « démocratie », mais, on aura toujours les mêmes (ils ne lacheront pas le morceau, car ils n’ont qu’un seul but, le POUVOIR)...et ceux qui suivent, confondent carrière politique markétisé et être au service de la nation....qui pour moi devrait enlever toute ambition personnelle... Mais jusqu’ici tout va bien.....


    • Sylvio (---.---.15.177) 22 novembre 2005 18:39

      Il y’a 9 ans lorsque j’étais en terminal dans un lycée de Chambéry le haut (la « zup », « banlieue » de chambéry) j’entendais déjà des amis qui habitait dans la cité (moi j’étais dans un petit village à 20km, rien à voir) être furieux contre le racisme, Le Pen et ces politiques qui les oublient voir les ignorent. Ils parlaient déjà à demi-mot de monter à Paris pour tous brûler.

      Alors si rien n’est fait, ce n’est pas en 2015 que l’atterissage sera brutal, mais au lendemain de l’élection présidentielle de 2007 lorque Sarkozy sera élu grâce à sa mise en scène du mal dans les cités. Comment voulez-vous que ces exclus de la France voient ça autrement qu’une provocation de l’ensemble de leurs compatriotes Français.

      Que j’ai raison ou tort sur ce que je dis, nous verrons bien comment se passe la nuit du 6 au 7 mai 2007.

      La « haine », c’est elle qui gagne aujourd’hui.


      • Alexandre Santos Alexandre Santos 22 novembre 2005 21:12

        Je suis très pessimiste sur la suite des événements.

        Les émeutes favorisent les politiciens « sécuritaires », qui ont tout à gagner à atiser la haine et la peur.

        Il n’y a pas de propositions capables d’ouvrir une porte de sortie aux populations stigmatisées.

        On était dans une société de discrimination larvée et implicite, et on va passer à une situation ou la discrimination est explicite et se produit au grand jour (état d’urgence pour une partie de la population, etc).

        Ce que je trouve le plus dommage dans cette affaire est l’incapacité des gens des cités à s’organiser politiquement. Il est évident que personne ne va les aider, syndicalistes, politiciens, etc. Il faut qu’ils construisent leurs propres structures qui leur permettent de peser sur le débat régional et national.

        Si les basques, bretons, corses y arrivent, pourquoi pas les gens des cités ?


        • Charliek 23 juin 2012 11:15

          A tous,


          Nous sommes 7 années après cet article, après un quinquennat sarkozyste. 

          Quel est votre point de vue sur la situation actuelle ? 

          Merci, Rene A.Miller

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